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ALIMENTATION

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Lumineuses carottes et mauvaises cacahuètes

Pour l’anthroposophie, l’alimentation doit répondre aux besoins du corps, de l’âme et de l’esprit tout en tenant compte de la nature des aliments.

"Ce qui nous intéresse, explique Joël Acremant, à la fois cuisinier à l’école Rudolph Steiner de Chatou (78) et animateur de formations en alimentation dynamique, ce n’est pas seulement que l’alimentation réponde aux besoins corporels, c’est aussi qu’elle agisse sur l’état de conscience. En allégeant le corps, on rend vivante la vie de l’esprit. "Toute la pensée anthroposophique, y compris sa vision de l’alimentation, est sous-tendue par une certaine conception de l’être humain et de sa place dans l’univers. Pas de recettes donc, ni de calculs nutritionnels ou de règles diététiques, mais un regard sur les aliments et leur lien avec l’être humain. Aussi la nourriture sera-t-elle plutôt frugale – pour alléger le corps – et suivra-t-elle les règles de l’alimentation saine : fruits et légumes en quantité, céréales, produits laitiers et peu de viande, le tout issu de l’agriculture biologique, ou mieux biodynamique… Mais ces règles doivent être adaptées aux besoins de chacun. " Si nous avons de la sympathie pour le végétarisme, reconnaît Joël Acremant, nous ne nous sentons pas le droit d’interdire à quiconque de manger de la viande. D’autant que certains ont besoin, plus que d’autres, de graisse, de viande, de légumes ou de céréales. "Autre notion importante : celle de vitalité digestive, qui fortifie l’organisme. " Cette vigueur, précise Joël Acremant, doit être stimulée mais pas trop. On se méfie autant des crudités plus difficiles à digérer que des apports alimentaires trop facilement assimilés et déséquilibrés. " Dans cet esprit, les régimes dissociés (on ne prend qu’une catégorie d’aliments) ou les cures de jus de fruits ou de légumes n’ont pas leur place et ne sont pas conseillés, hors prescription médicale. De même, les céréales complètes sont, pour les anthroposophes, des aliments bruts qui exigent un effort digestif plus important pour les " humaniser ", c’est-à-dire les rendre assimilables par l’organisme. Certains individus ont perdu cette vigueur digestive qui leur permettrait d’assimiler ce type de nourriture, il faut donc en tenir compte. Pour activer et favoriser la digestion, l’usage des aromates qui font saliver (au sens propre comme au sens figuré) est à favoriser.

Plaisir et sagesse de manger

De même, les légumineuses doivent être utilisées avec précaution. Car elles ont, selon certaines études (voir encadré), tendance à " embrumer la conscience ", provoquant une sorte d’endormissement de la réflexion et une perte de la vigilance. " Nous arrivons à cette conclusion, indique Joël Acremant, à partir d’observations botaniques qui nous révèlent les rapports des plantes avec leur environnement : la lumière, l’ombre, leur mode de développement. " L’exemple du champignon est intéressant. Abrité sous son chapeau, il se cache du soleil et n’aime que l’ombre et l’humidité. C’est un végétal de la terre, qui pousse à l’air tout en refusant la lumière. En revanche, la carotte croît sous terre mais sa couleur orangée signale qu’elle est tout de même remplie de lumière. Ainsi, les uns et les autres n’auront pas la même incidence sur la digestion…Les aliments sont par ailleurs classés en deux catégories : les aliments proprement dits et ceux qui possèdent des vertus presque médicinales. Par exemple, aux yeux des anthroposophes, la tomate et la pomme de terre sont à utiliser avec parcimonie, car elles appartiennent à la famille des solanacées, qui comprend de nombreuses plantes aux vertus pharmaceutiques qui peuvent être toxiques comme la mandragore, la jusquiame, la belladone, le datura… " Pour autant, sourit notre cuisinier, si les enfants veulent leur purée de légumes avec une pomme de terre, je rajoute cette pomme de terre. "Une mise en garde sévère concerne un seul aliment : la cacahuète. L'arachide est allergisante" C’est un être végétal carrément pathologique, explique Joël Acremant. Son arbre est complètement tordu… quand on en mange, c’est la "casquette de plomb" garantie. " Il est vrai que le temps de germination de la graine est bref, que la plante ne monte pas, qu’il s’agit d’un petit arbuste avec des racines pivotantes. À la floraison, lorsque la fleur s’allonge et se fane, le pédoncule du fruit descend pour s’enfoncer dans la terre au lieu de monter à la lumière. Ce n’est pas un vrai fruit, il se comporte comme une racine absorbant les éléments nutritifs de la terre. Chose curieuse, les nutritionnistes les plus sérieux ont, depuis ces assertions faites par Rudoph Steiner, démontré le côté allergisant de l’arachide !Enfin, à l’inverse de ceux qui conseillent de commencer un repas par des crudités, les anthroposophes préfèrent prendre un peu de potage. " C’est un aliment chaleureux, qui apporte de la chaleur à celui qui le boit. D’ailleurs, ceux qui n’aiment pas la soupe sont ceux qui ont assez de chaleur en eux-mêmes ", explique Joël Acremant. En précisant toutefois que le plaisir de la variété est primordial. Alors rien n’empêche de prendre ensuite une crudité !

Adeline Laffitte impatient@medecines-douces.com

Pour en savoir plus;
Du grain au pain W. CH. Simonis, éd. Triades, une étude sur les céréales et certaines plantes comme le soja ou la pomme de terre.

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