Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Près
de Bâle, en Suisse allemande, la Lukas Klinik accueille exclusivement
des cancéreux. Cet établissement, dinspiration anthroposophique,
propose un élargissement du champ thérapeutique.
45 lits. Une
ambiance qui rappelle plus celle dun collège des années
60 quune clinique. Des malades habillés normalement qui
suivent différentes thérapeutiques et des ateliers de musique
et de peinture. Telle est la Lukas Klinik. Les blouses blanches
dune douzaine de médecins et du personnel montrent toutefois
que lon est dans un établissement de soins.
Barbara, 51
ans, est atteinte dun cancer du poumon inopérable, et pour
lequel les hôpitaux du New Hampshire, son État de résidence aux
États-Unis, ne voulaient plus rien faire. Elle est là depuis cinq
semaines. " Quand je suis arrivée, tout métait égal,
vivre ou mourir peu mimportait. Mon état était si
grave que les médecins américains ne me proposaient plus aucune
solution. Physiquement, je ne me sentais pas mal, seulement vide,
comme sil ny avait personne à lintérieur de
moi. Jai accepté tout ce quon me proposait ici : intraveineuses
dIscador M (voir page 26), sous-cutanées dIscador
U, inhalations dIscador, cataplasmes dachillée millefeuilles
sur le foie, massages dits rythmiques sur le cou et le dos, séances
deurythmie (voir page 26), travail avec une psychologue
lors des séances de "biography" Durant quatre
semaines, je nai pas senti de grande amélioration. Et puis,
il y a quelques jours, quelque chose est arrivé : je ne sais pas
quoi, ni comment, jai senti "bouger" en moi...
Deux jours plus tard, les examens de sang ont montré que les marqueurs
tumoraux, pour la première fois depuis deux ans, avaient baissé.
Maintenant, affirme-t-elle en éclatant de rire, je veux vivre.
Mais cest une telle responsabilité ! Cest tout un
travail damour : je veux aimer ma vie. "
À la Lukas
Klinik, on considère le cancer comme une désorganisation des forces
intérieures aboutissant à une perte didentité du "
Je ". LIscador, utilisé contre le cancer, possède une
activité antitumorale et des propriétés immuno-stimulantes. Ces
dernières favorisent la restauration des fonctions immunitaires
nécessaires à lorganisme pour se battre, être soi. Par ailleurs,
toutes les thérapies complémentaires (peinture, musique )
sont destinées à réorganiser de lextérieur les forces qui,
mal orientées, ont conduit à la naissance du cancer. Mais, la
Lukas Klinik ne renonce pas aux traitements classiques : chimiothérapie,
radiothérapie, chirurgie, hormonothérapie quand les médecins
spécialistes du centre jugent quils sont indispensables.
Se
recréer en créant
Latelier
de peinture et de modelage, par exemple, doit permettre aux malades
de se réapproprier les couleurs, les formes, le monde, à travers
les éléments : eau, terre (tous les pigments de peinture sont
naturels), feu, air Et, selon les besoins individuels évalués
à la lumière de la conception anthroposophique de lhomme,
chaque malade est orienté vers tel ou tel travail. Par exemple,
ce patient, porteur dune tumeur au cerveau, peint les fruits
dune " nature morte ", cela pour concentrer son
attention de telle façon que son esprit ne vagabonde pas et ne
ressasse pas des idées noires. " Aujourdhui, il a peint
durant une heure sans difficulté, analyse Frau Heiligtag, art-thérapeute,
alors quau début de son séjour il ne pouvait se concentrer
quune dizaine de minutes. " Une autre malade sexerce
à peindre le ciel et les nuages que lon voit par la fenêtre.
" Au cours des séances, cette dame a successivement peint
le fond de leau et sa lumière, puis la sortie de leau
et la pluie, maintenant le ciel, explique lart-thérapeute.
Cela lui a permis de simprégner de la couleur bleue dont
elle a personnellement besoin pour calmer les angoisses de son
univers intérieur "sombre". " À une autre table,
une troisième malade sapplique à modeler de la terre. "
Lun de mes problèmes, explique Barbara, est que je pense
trop, toujours, tout le temps. Le fait de modeler de la glaise
moblige à donner une forme à ce bloc. Joriente mes
pensées vers une finalité concrète. Je ne suis plus "évaporée",
je suis un tout, à la fois dans ma tête et dans les doigts qui
font naître des objets. "
Latelier
de musique offre des dizaines dinstruments : flûtes, harpes,
cithares, violoncelles, tambourins, tambours " Lun
des buts de latelier, explique Frau Mangold, est damener
les participants à jouer ensemble quelque chose dagréable
et de beau, et de les faire accéder ainsi à une autre dimension
de lexistence. La séance passe systématiquement par trois
phases : les mélodies qui font travailler la mémoire des sons,
donc la tête, les harmonies qui font appel aux sentiments, au
cur, et les rythmes que lon bat des pieds, des mains
et qui stimulent lactivité générale. "
Quatre
femmes participent ce jour-là à latelier.
Frau Mangold
donne le ton en jouant un morceau de harpe. Aucune des malades
présentes ne dit savoir jouer dun instrument. Et pourtant
cest une uvre collective musicale quelles élaborent
peu à peu. Lune delles porte à la ceinture une pompe-distributrice
de chimiothérapie. Éprouvant de grandes difficultés psychologiques
à participer au travail de groupe, elle demandera à quitter la
pièce avant la fin de lheure. Son départ ne rompt aucunement
lambiance à la fois chaleureuse et attentive. Lart-thérapeute
a distribué des cithares aux tonalités différentes. Elle leur
montre comment glisser la main sur les cordes dans un mouvement
souple. Puis elle entonne une mélodie et dun simple geste
invite, tour à tour, chacune à jouer de son instrument. Après
un temps dajustement, la mélodie rebondit dune cithare
à lautre, les voix se mettent à fredonner, le tempo impulsé
par Frau Mangold saccélère, ralentit et finit par satténuer
paisiblement.
Les patientes
sont ensuite invitées à se lever et reçoivent deux bâtonnets.
Il sagit cette fois de marquer le rythme. Chacune entrechoque
ses bâtonnets, puis ceux de ses voisines, tandis que lon
marque le tempo avec les pieds et que la ronde sébranle
dans un sens et dans lautre. Cela finit dans un grand éclat
de rire La joie et la paix se lisent sur les visages, lheure
de musique passe vite, trop vite. Frau Mangold égrène à nouveau
quelques notes sur la harpe
Marysa, 52
ans, tout juste opérée dun cancer du sein, exprime son sentiment
après deux semaines de séjour à la Lukas Klinik. " Un mot
résume bien mon état desprit, cest : ouf ! Je trouve
ici le temps et le type dactivités pour me reposer enfin,
lâcher prise. On baigne dans un cocon confortable qui nous laisse
la possibilité de réfléchir à la suite. Cest une opportunité
pour réorienter sa vie.
"Comme
tous les malades de la Lukas Klinik, Marysa a un programme de
soins bien rempli. Hydrothérapie du côlon, massages
rythmiques, et eurythmie en font partie. Elle aime particulièrement
leurythmie, travail qui renforce sa confiance en la vie.
" La thérapeute me demande de marcher à reculons dans la
pièce ce que jai eu beaucoup de mal à faire sans
angoisse au début et de revenir vers elle en arrondissant
les bras autour de moi dans un geste de protection. En même temps,
elle chantonne la lettre " O " dont la forme résonne
avec mon mouvement. " Leurythmie constitue pour les
anthroposophes un moyen de simprégner des rythmes fondamentaux
de lunivers. La position du " I ", où lon
tend la tête et un bras vers le haut, et la position du "
A ", jambes écartées plantées dans le sol, vont dans deux
sens opposés. Elles sont reliées, harmonisées au milieu par le
" O ". Si on pratique cela en le répétant, en accélérant
et en ralentissant, on obtient que " les trois forces de
lâme : penser, ressentir, vouloir, simbriquent dune
manière qui régénère ". Toutes les voyelles et bon nombre
de consonnes servent à la pratique de leurythmie.
(3)Un gong appelle pour le dîner On y sert à midi un déjeuner
végétarien, biologique, dexcellente qualité, consommé sur
une table bien dressée dans une ambiance très courtoise. Décidément,
la Lukas Klinik est une clinique unique au monde !
(1)
Renseignements sur la Lukas Klinik, voir Fiches pratiques page
31 de notre mensuel
(2)
Lhydrothérapie du côlon nest pas spécifique à lanthroposophie.
Elle consiste à pratiquer des lavements du côlon destinés à éliminer
les toxines de lorganisme.
(3)
Eurythmie, art du mouvement et thérapie, de Ilse Horny. Collection
Conscience et santé, p
Le
cancer nest pas une maladie comme les autres
Le cancer
se développe aux dépens dun organisme. Il déjoue la vigilance
du système immunitaire, capable de repérer et déliminer
les développements anormaux des cellules. Cela aboutit
à la formation dun véritable État dans lÉtat qui fait
mourir à petit feu le support dont il se nourrit. Cest en
réfléchissant à ces particularités que Rudolph Steiner, fondateur
de lanthroposophie (voir fiches pratiques page 30 de notre
magazine), eut lidée dutiliser contre cette maladie
de lextrait de gui. Cette plante présente des analogies
avec le cancer.
Comme lui,
elle est une " aberration " de la vie (végétale), elle
reste verte et produit ses fruits en hiver. Comme lui, elle parasite
un autre organisme devenu incapable de reconnaître cet ennemi
mortel. Les travaux scientifiques ont démontré depuis que lextrait
de gui contient une substance anticancéreuse et dautres
capables de stimuler le système immunitaire, fondement de la défense
et de lidentité. La Lukas Klinik propose aux malades
cancéreux de compléter le traitement à lextrait de gui par
la pratique des arts-thérapeutiques. Visant ainsi à remettre lindividu
au cur de lui-même et à le ré-harmoniser avec son environnement.