Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Le
Téléthon a familiarisé le public avec des maladies génétiques
lourdes et invalidantes comme la myopathie et la mucoviscidose.
Il en est dautres plus rares, tout aussi difficiles à vivre,
appelées "orphelines".
Histoire
de famille.
"En 1983,
raconte Marguerite, mon mari était opéré durgence pour une
tumeur bénigne au cervelet. Quatre ans plus tard, le médecin scolaire
notait chez ma fille âgée de 15 ans un champ visuel anormal. Des
examens plus complets révélaient la présence dune tumeur
bénigne sur un nerf optique. Lannée daprès, on diagnostiquait
le même problème chez mon fils. Lune et lautre subirent
lablation de lil touché. De fait, tous les trois
avaient la maladie de Von Hippel-Lindau (VHL). "Il sagit
dune maladie génétique héréditaire, caractérisée par le
développement de tumeurs variées, le plus souvent bénignes, affectant
le système nerveux central et la rétine, mais aussi les reins,
les glandes surrénales et le pancréas. Marguerite et Michel, son
mari, devaient apprendre ultérieurement que leur famille et la
maladie qui y était attachée étaient bien connues dun professeur
de médecine passionné de généalogie, qui avait découvert que la
parenté de Michel comptait déjà un grand-père et un arrière-grand-père
morts aveugles et un père décédé dun cancer du rein. "
Mais nous ne connaissions que des bribes de ces antécédents, regrette
Marguerite. La loi française interdit de prévenir les familles
du risque encouru, aussi navons-nous fait le rapport entre
tous ces événements que lorsque les enfants ont été atteints.
"Les deux enfants du couple, désormais grands, ont chacun
de leur côté réfléchi aux moyens déviter que cette lourde
hérédité ne pèse sur leur descendance. Tous les deux pensent à
une procréation médicalement assistée. Avec diagnostic préimplantatoire
pour la jeune femme, afin déliminer les embryons porteurs
du gène VHL. Avec, pour le jeune homme, une sélection préalable
de ses spermatozoïdes. " Tout cela est difficile à supporter
psychologiquement, reconnaît Marguerite. De nombreux couples confrontés
à de telles difficultés en viennent à saccuser mutuellement
de "leurs tares familiales" et à se séparer. Et le fait
quil sagit daffections très rares environ
500 personnes en France occasionne parfois un manque de
délicatesse de la part du corps médical. Par exemple, le chef
du service dans lequel était hospitalisée ma fille (de 15 ans)
a fait examiner son il malade par la quinzaine dinternes
qui suivaient la visite en précisant : "Regardez bien, vous
naurez pas souvent loccasion de voir une chose pareille"
! Quant aux thérapies géniques dont on nous rebat les oreilles,
elles ne pourront pas sappliquer avant de longues années
à cette maladie, puisque celle-ci concerne plusieurs gènes et
que les premiers résultats sur un seul gène sont déjà aléatoires.
"
Protéines
interdites.
Clélia, 8
ans, joue, court, rit et va à lécole comme toutes les petites
filles de son âge. Pourtant, elle nest pas tout à fait comme
les autres, elle est atteinte dhomocystinurie, une maladie
génétique qui transforme en poison toutes les protéines quelle
mange. Quil sagisse de viande, de lait, dufs,
de poisson, de céréales, de légumineuses. Et à moins de suivre
un régime excluant tous ces aliments, Clélia risque daggraver
ses problèmes cardiovasculaires. Heureusement, sa maladie a été
dépistée très tôt, dès lâge de 8 mois, et sa maman a, dès
cette époque, modifié son alimentation. Autrement elle aurait
pu développer un retard mental, des difficultés oculaires et articulaires
qui conduisent certains enfants à se déplacer en fauteuil roulant.
Ses gènes sont incapables dordonner la fabrication de lenzyme
nécessaire à la dégradation des protéines. Il sagit dune
maladie génétique héréditaire qui vient de ses deux parents brésiliens
(cest une enfant adoptée) qui sont, eux, indemnes de toute
homocystinurie bien que porteurs chacun de lanomalie génétique.
Pour quelle sexprime, il faut que lenfant hérite
ce caractère à la fois de son père et de sa mère. " Si un
jour Clélia veut elle-même concevoir un enfant, reconnaît Martine,
sa maman française, elle devra tenir compte de cette hérédité.
Et sassurer que son compagnon (père de lenfant projeté)
nest pas lui aussi porteur de la maladie. Dans son malheur,
Clélia a de la chance, car sa forme dhomocystinurie est
sensible aux vitamines du groupe B, ce qui nest pas le cas
de tous les autres enfants. Aussi peut-elle manger 50 g de protéines
par jour quun apport quotidien en vitamines B 12, B 6 et
B 9 permet de transformer. " Et je marrange, explique
Martine, je morcelle son quota de protéines pour quelle
puisse en "reprendre" afin déviter trop de frustrations.
Je lui donne dabord deux tranches de saucisson pour quelle
ait le plaisir den reprendre une troisième. Cest une
exigence et une vigilance de tous les instants. Il a fallu la
changer décole car le directeur ne voulait pas entendre
parler dun quelconque régime trop contraignant pour la cantine
; jai proposé de fournir les repas mais il a refusé. "Les
parents de Clélia et dautres enfants ont crée lAssociation
des enfants du jardin (voir fiches pratiques, page 32) pour faire
face aux multiples problèmes que leur pose cette maladie.
Pleine
de bosses.
Il y a six
ans, Elisabeth a donné naissance à une bien jolie petite fille,
pleine de santé. " Pendant ma grossesse, se souvient-elle,
jai davantage eu peur de la trisomie que de la maladie dOllier
dont je suis atteinte. " Il sagit dune maladie
génétique, dapparition spontanée (on parle de néo-mutation
génétique), découverte au XIXe par un dénommé Ollier. Elle occasionne
le développement de tumeurs bénignes sur les os, les empêchant
de grandir. Elisabeth est restée petite. Elle claudique, lune
de ses jambes étant plus grande que lautre. Même chose pour
les bras. Et ses mains sont déformées par la présence de bosses
le long des doigts. Au vu de son ascendance et de ce quil
savait de la maladie dOllier auquel est parfois associé
un syndrome dit de Maffucci , le généticien consulté en
tout début de grossesse lavait rassurée sur la probabilité
quasi nulle de transmettre la maladie à ses enfants. Des échographies
régulières ont suivi le développement du bébé afin de déceler
la présence éventuelle de ces fameuses tumeurs. Et la naissance
a été rapidement suivie dune radiographie complète du squelette
de lenfant. Tout sest bien passé. Même si Elisabeth
a appris à vivre avec, même si ce handicap lui a forgé une certaine
force morale, le doute et la révolte lont souvent assaillie
et parfois momentanément vaincue. " Ce que je supporte très
difficilement, rage-t-elle, cest la pitié que je sens chez
les autres vis-à-vis de mon entourage. " " Cest
vrai, confirme son compagnon, se promener dans la rue avec une
femme pleine de bosses, ce nest pas facile. La présenter
à sa famille, ce nest pas évident. Au fil des années, notre
cercle de relations se rétrécit. "Ils ont créé, Il y a un
peu plus dun an, lAssociation Ollier-Maffucci (voir
fiches pratiques, page 32) , qui rassemble dautres personnes
touchées par la maladie. Il sagit dune maladie extrêmement
rare on recense une centaine de cas seulement aux États-Unis.
Pour sa part, Elisabeth a poursuivi sans problème des études universitaires.
Aujourdhui, elle est enseignante et mène une vie normale.
Sauf quelle ne peut pas marcher longtemps, ni rester debout,
et que les difformités de ses bras et de ses mains lui rendent
difficiles les gestes du quotidien.
Un
amour de Domitille
Elle ne parle
pas, elle ne marche pas, elle mange toutes les deux heures, même
la nuit. Domitille a 6 ans et sa maman lhabille dans du
2 ans. Elle est atteinte de la maladie de Wolf-Hirschorn, qui
se traduit par un polyhandicap consécutif à des défauts de fermeture
des organes et des tissus qui présentent des symétries : palais,
lèvre (le fameux bec de lièvre), cur, cerveau et dautres
aberrations ; une maladie qui correspond à un défaut sur
le chromosome 4 dont un bout manque. Doù labsence
de toutes les fonctions correspondant aux gènes actifs qui y sont
normalement inscrits." Le retard de Domitille était évident
dès les premiers mois de grossesse, se souvient Morgane, sa maman.
On a alors multiplié les examens et réalisé une analyse standard
des chromosomes (cest-à-dire un caryotype) qui na
rien révélé danormal. On nous a rassurés mon mari et moi.
Alors quon aurait dû procéder à un caryotype haute résolution
qui aurait mis en évidence lanomalie chromosomique de Domitille.
Pour ma part, jaurais fait le choix de garder tout de même
lenfant. Mais je me demande si le corps médical va jusquau
bout des investigations nécessaires et possibles pour éclairer
réellement la décision, qui revient aux parents, dinterrompre
ou non la grossesse. " Responsable de magasin avant la naissance
de Domitille, Morgane a cessé son travail pour soccuper
delle et de la petite sur (pour laquelle un caryotype
haute résolution a été cette fois pratiqué et sest révélé
normal). " Je ne regrette rien, déclare Morgane. Domitille
séveille à son rythme. Elle comprend ce que je dis. Elle
est tonique, adroite, accompagne sa sur à la chorale. Mais,
lavenir, je ny pense pas trop. Pour le moment, elle
passe ses journées dans un Institut médico-éducatif, mais lannée
prochaine elle ny aura plus accès et les structures pour
polyhandicapés qui existent à Lille, où nous vivons, ne sont pas
adaptées à son handicap. " Voilà autant dhistoires
vraies qui fournissent un aperçu du monde fascinant et difficile
de la génétique dont les découvertes ouvrent déjà de nouveaux
horizons à laventure humaine du troisième millénaire
et qui nen est quà ses balbutiements !