Alternative
Santé - L'Impatient,
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aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
"
La médecine du travail souffre de graves dysfonctionnements "
La
mainmise du patronat sur la médecine du travail empêche celle-ci
de jouer son rôle. Doù de graves retards dans la prise en
considération des problèmes de santé liés à lamiante et
le désordre dans lequel seffectue le désamiantage.
Marie
Pascual est conseillère à la Fédération nationale des accidentés
du travail et des handicapés (Fnath) et conseillère technique
de lAssociation nationale de défense des victimes de lamiante
(Andeva).
ALTERNATIVE
SANTÉ - LImpatient
: Face aux dangers que représente lamiante, la France a-t-elle
réagi à temps ?
Marie
Pascual : Non. Depuis les années 1970, on sait que lamiante
est un matériau très dangereux. Or, jusquil y a peu de temps,
cétait le Comité permanent amiante (CPA), financé par des
compagnies comme Eternit ou Saint-Gobain, qui fixait la politique
de la France. Il préconisait " lusage contrôlé "
de lamiante. Cette hypocrisie a masqué la gravité de la
situation. Alors que, dans le même temps, la plupart des pays
européens prenaient leurs précautions, répertoriaient les lieux
amiantés, mettaient au point une stratégie de décontamination
et des plans de surveillance. Le " paravent " de lusage
contrôlé a permis de faire traîner le problème et de ne pas agir.
Depuis quand
les choses ont-elles changé ?
Depuis 1995,
sous limpulsion du mouvement associatif notamment
de lAndeva relayé par les médias. Cela sest
concrétisé par les textes de 1996 concernant la prévention (décrets
de février), linterdiction de lamiante à partir du
1er janvier 1997 et les avancées de 1998 concernant la réparation
des victimes.Sur le terrain, il y a eu un réel effort de certaines
caisses régionales dassurance maladie (Cram) et de certains
inspecteurs du travail pour effectuer des inventaires, proposer
des solutions techniques, informer les professionnels, prendre
des mesures de prévention, etc. Mais, dune part, cet effort
nest pas soutenu financièrement par le gouvernement qui
ne donne pas de moyens supplémentaires et, dautre part,
rien nest fait pour que les trois acteurs de la prévention,
Cram, inspection du travail, médecins du travail, uvrent
ensemble. Ce nest pas prévu dans les textes !
Mais le dysfonctionnement
le plus grave concerne aujourdhui la médecine du travail.
Globalement les choses nont pas bougé. Ces médecins sont
toujours aussi décalés de la réalité. Il leur faudrait une formation
spéciale et que leur activité soit totalement repensée. Les médecins
du travail ont découvert, en 1995, que beaucoup des professions
du bâtiment maçons, couvreurs, électriciens, peintres
étaient largement concernées par lamiante. Les ouvriers
nétaient ni surveillés, ni informés. Ils ne le sont guère
plus aujourdhui. Le système, dans son ensemble, souffre
dun immobilisme impressionnant.
Comment
en est-on arrivé là ?
Tous les services
médicaux du travail sont directement gérés par les organisations
patronales. Ainsi, le patronat a toute liberté dexercer
très subtilement des pressions. Quun médecin fasse consciencieusement
son travail et il est immédiatement repéré. Quil insiste
sur des choses dérangeantes et il " saute " ! Sil
veut la paix, il ne doit rien faire. Sil exerce réellement
son métier, il sera au mieux déplacé, voire licencié.
Dans
le cas de lamiante, comment cela se traduit-il ?
On constate
des manquements graves à la prévention. Tout dabord dans
le secteur du bâtiment. Des mesures doivent être prises pour un
repérage plus complet de lamiante, avec accès pour tous
à linformation, comme le demande le rapport Got. Des mesures
de prévention indispensables doivent être mises en uvre.
Toutes les professions exposées doivent bénéficier dune
surveillance médicale spéciale, ce qui est loin dêtre le
cas. Autre exemple, des mesures draconiennes doivent être prises,
en application des textes, pour les chantiers de désamiantage.
Mais personne nest là, par manque de personnel inspecteurs
du travail, inspecteurs de la Cram et médecins du travail ,
pour surveiller leur application.
Craignez-vous
une explosion du nombre de malades par exposition passive ?
Il y a plusieurs
types dexposition passive. Il faut différencier létudiant
qui passe trois ou quatre ans en fac à Jussieu et linfirmière
qui en passe vingt au sein de son hôpital floqué. Il y aura sans
doute des victimes dexposition dite passive. Mais, pour
linstant, la question concerne avant tous les travailleurs
qui interviennent au contact de lamiante. À lAndeva
et à la Fnath, nous avons 1 200 dossiers de victimes, des centaines
de procès en cours pour " faute inexcusable de lemployeur
" et plusieurs procès au pénal LAndeva se bat
sur tous les fronts, notamment sur celui des indemnisations. Nous
réclamons une loi dindemnisation de toutes les victimes
qui prenne en compte tous leurs préjudices.