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Mars 1999

Marie Pascual, médecin du travail


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" La médecine du travail souffre de graves dysfonctionnements "

 

 

La mainmise du patronat sur la médecine du travail empêche celle-ci de jouer son rôle. D’où de graves retards dans la prise en considération des problèmes de santé liés à l’amiante et le désordre dans lequel s’effectue le désamiantage.

 

Marie Pascual est conseillère à la Fédération nationale des accidentés du travail et des handicapés (Fnath) et conseillère technique de l’Association nationale de défense des victimes de l’amiante (Andeva).

ALTERNATIVE SANTÉ - L’Impatient : Face aux dangers que représente l’amiante, la France a-t-elle réagi à temps ?

Marie Pascual : Non. Depuis les années 1970, on sait que l’amiante est un matériau très dangereux. Or, jusqu’il y a peu de temps, c’était le Comité permanent amiante (CPA), financé par des compagnies comme Eternit ou Saint-Gobain, qui fixait la politique de la France. Il préconisait " l’usage contrôlé " de l’amiante. Cette hypocrisie a masqué la gravité de la situation. Alors que, dans le même temps, la plupart des pays européens prenaient leurs précautions, répertoriaient les lieux amiantés, mettaient au point une stratégie de décontamination et des plans de surveillance. Le " paravent " de l’usage contrôlé a permis de faire traîner le problème et de ne pas agir.

Depuis quand les choses ont-elles changé ?

Depuis 1995, sous l’impulsion du mouvement associatif – notamment de l’Andeva – relayé par les médias. Cela s’est concrétisé par les textes de 1996 concernant la prévention (décrets de février), l’interdiction de l’amiante à partir du 1er janvier 1997 et les avancées de 1998 concernant la réparation des victimes.Sur le terrain, il y a eu un réel effort de certaines caisses régionales d’assurance maladie (Cram) et de certains inspecteurs du travail pour effectuer des inventaires, proposer des solutions techniques, informer les professionnels, prendre des mesures de prévention, etc. Mais, d’une part, cet effort n’est pas soutenu financièrement par le gouvernement qui ne donne pas de moyens supplémentaires et, d’autre part, rien n’est fait pour que les trois acteurs de la prévention, Cram, inspection du travail, médecins du travail, œuvrent ensemble. Ce n’est pas prévu dans les textes !

Mais le dysfonctionnement le plus grave concerne aujourd’hui la médecine du travail. Globalement les choses n’ont pas bougé. Ces médecins sont toujours aussi décalés de la réalité. Il leur faudrait une formation spéciale et que leur activité soit totalement repensée. Les médecins du travail ont découvert, en 1995, que beaucoup des professions du bâtiment – maçons, couvreurs, électriciens, peintres… – étaient largement concernées par l’amiante. Les ouvriers n’étaient ni surveillés, ni informés. Ils ne le sont guère plus aujourd’hui. Le système, dans son ensemble, souffre d’un immobilisme impressionnant.

Comment en est-on arrivé là ?

Tous les services médicaux du travail sont directement gérés par les organisations patronales. Ainsi, le patronat a toute liberté d’exercer très subtilement des pressions. Qu’un médecin fasse consciencieusement son travail et il est immédiatement repéré. Qu’il insiste sur des choses dérangeantes et il " saute " ! S’il veut la paix, il ne doit rien faire. S’il exerce réellement son métier, il sera au mieux déplacé, voire licencié.

Dans le cas de l’amiante, comment cela se traduit-il ?

On constate des manquements graves à la prévention. Tout d’abord dans le secteur du bâtiment. Des mesures doivent être prises pour un repérage plus complet de l’amiante, avec accès pour tous à l’information, comme le demande le rapport Got. Des mesures de prévention indispensables doivent être mises en œuvre. Toutes les professions exposées doivent bénéficier d’une surveillance médicale spéciale, ce qui est loin d’être le cas. Autre exemple, des mesures draconiennes doivent être prises, en application des textes, pour les chantiers de désamiantage. Mais personne n’est là, par manque de personnel – inspecteurs du travail, inspecteurs de la Cram et médecins du travail –, pour surveiller leur application.

Craignez-vous une explosion du nombre de malades par exposition passive ?

Il y a plusieurs types d’exposition passive. Il faut différencier l’étudiant qui passe trois ou quatre ans en fac à Jussieu et l’infirmière qui en passe vingt au sein de son hôpital floqué. Il y aura sans doute des victimes d’exposition dite passive. Mais, pour l’instant, la question concerne avant tous les travailleurs qui interviennent au contact de l’amiante. À l’Andeva et à la Fnath, nous avons 1 200 dossiers de victimes, des centaines de procès en cours pour " faute inexcusable de l’employeur " et plusieurs procès au pénal… L’Andeva se bat sur tous les fronts, notamment sur celui des indemnisations. Nous réclamons une loi d’indemnisation de toutes les victimes qui prenne en compte tous leurs préjudices.

Propos recueillis par Jean-Christophe Maillard impatient@regain-sante.com


       

 

 

 

 

 

 

 

 
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