Alternative Santé - L'Impatient, le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Alternative Santé l'Impatient. Etre responsable de sa santé, prévenir la maladie, se soigner par des médecines douces, alternatives et naturelles médecines alternatives, médecines douces, santé, magazine de santé, journal de santé, Association de soutien au journal alternative santé l'impatient, défense des droits des patients et malades, vaccination, médecine non conventionnelle, environnement
     

 

 

 

 

Avril 1999

35 heures :

menace sur les femmes et la santé

 

 
bvert1.gif (123 octets) Bouleversement
bvert1.gif (123 octets) Associer les acteurs de santé
bvert1.gif (123 octets) Drôles d'horaires
bvert1.gif (123 octets) Bon appui-conseil
orange1.gif (606 octets)
orange1.gif (606 octets) Sources de pollution
orange1.gif (606 octets) Composés Organiques Volatils
orange1.gif (606 octets) Les sources d'humidité
orange1.gif (606 octets) Interview
orange1.gif (606 octets) Principaux polluants
orange1.gif (606 octets) Maisons en bois de pays
orange1.gif (606 octets) Ventilation
orange1.gif (606 octets) Conséquences d'une
mauvaise ventilation
orange1.gif (606 octets) Matériaux et techniques
orange1.gif (606 octets) Laine de verre radioactive?
orange1.gif (606 octets) Labels écologiques
orange1.gif (606 octets) Isolation
 
 

 

 

 

La santé, pensait-on, ne pourrait que profiter de la réduction du temps de travail à 35 heures. Mais les contreparties exigées par les employeurs : flexibilité, travail de nuit, allongement des journées, vont dans de trop nombreux cas, la mettre à rude épreuve, détruire la vie de famille et écarter les femmes de l’emploi.

 

Femme accordéon. DOMPrécisons d’emblée que nous ne sommes ni contre les 35 heures ni contre la création d’emplois !
Néanmoins, l’analyse des accords passés de juin à décembre 1998 (depuis la loi Aubry), voire avant, avec la loi de Robien, montre que la santé est trop souvent oubliée dans les négociations sur la réduction du temps de travail (RTT).

Celle-ci devait favoriser la qualité de vie et la création d’emplois. Les prévisionnistes, sollicités pour les rapports gouvernementaux, annonçaient, en janvier 1998, la création de 450 000 à 700 000 emplois en trois ans, or, la loi Aubry sur les 35 heures n’a créé que 8 500 emplois en six mois (de juin à décembre 1998).

Reste la qualité de vie ! Nous avons passé au peigne fin, bilans, évaluations, congrès et recherches sur les liens entre santé, aménagement et réduction du temps de travail depuis 1995. Peu d’études analysent les conséquences sur la santé de la mise en œuvre de la RTT.

Les organismes gouvernementaux veulent d’abord que les accords soient signés. Les employeurs, eux, en attendent de multiples contreparties : aides financières importantes de l’État et aménagements à leur gré des conditions de travail. Les syndicats, enfin, espèrent des créations d’emplois. Ces derniers réalisent seulement aujourd’hui qu’ils ont souvent apposé leurs signatures au bas d’accords faisant fi de la santé des salariés, et ils se promettent de mieux négocier à l’avenir. Quant à ceux qui avaient vocation d’aborder les questions de santé et d’inviter à réaliser des études en la matière – médecins du travail, ergonomes, épidémiologistes, représentants du personnel aux CHSCT (comités hygiène, sécurité et conditions de travail)… – ils ont été écartés des débats sur les nouveaux horaires et les modes d’organisation !

"Les questions de santé sont peu prises en compte dans les démarches de réorganisation du temps de travail, reconnaît Antoine Masson, de l’Anact (Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail). Elles font rarement l’objet d’une réflexion et sont souvent absentes des négociations comme des accords."

Il est cocasse d’entendre ici et là les gestionnaires de la très officielle Anact clamer l’insurmontable difficulté d’évaluer les troubles de la santé (voir Travail et changements n° 239, sept. 1998). Des études sur les liens entre santé et travail peuvent être menées en France. Il s’en réalise dans le monde entier. Mais, comme les rares travaux existant chez nous (et qui nous ont servi dans cette enquête) viennent confirmer ce que l’on craignait, on ne tient pas à leur faire trop de publicité.

"Si l’on veut éviter de réduire le temps de travail n’importe comment, les recommandations à rappeler et à respecter sont connues, ce sont celles qui concernent le travail posté", affirme Charles Gadbois, du CNRS et du Laboratoire d’ergonomie physiologique et cognitive de l’Ecole pratique des hautes études (EPHE). L’instauration du travail posté en 2 x 8, avec une équipe du matin et une équipe d’après-midi, a comme conséquence immédiate le lever tôt pour la première, avec l’interruption du sommeil qu’elle implique."

Le travail en 2 x 8 concerne notamment les industries, les hypermarchés, les hôpitaux, les brasseries… On cherche ainsi à allonger la durée de fonctionnement des machines ou de l’entreprise, ou celle d’un service.

Un premier exemple nous est fourni avec les accords signés dans une usine de Rumilly, en Haute-Savoie, au titre de la loi de Robien (La semaine de travail comprimée, Skis Salomon à Rumilly, V. Devillechabrolle (Santé et travail, 1997). C’est à 2 h 30 et 3 h du matin que se lèvent désormais les salariés de ce fabricant de skis. L’aménagement-réduction du temps de travail a été négocié en six mois. Il conduit chacun à commencer à 4 heures plusieurs fois par semaine, quand il est de l’équipe du matin, ou à 13 heures, quand il est de l’équipe de l’après-midi. Tous réalisent une semaine de quatre journées de neuf heures, suite aux accords sur la réduction du temps de travail. Fini donc le commencement du travail à 6 heures, comme lorsqu’on faisait cinq journées de huit heures.


1er Cas Augmentation du travail posté

De nombreux accords sur les 35 heures favorisent le travail en plusieurs équipes et des débuts de journée en pleine nuit pour la première équipe. Ces nouveaux horaires posent les mêmes problèmes que le travail de nuit. Or il est établi que le travail de nuit… nuit à la santé.

caisse Photo Jolyot/BSIPDe plus, comme beaucoup d’autres, l’accord de Rumilly avait ajouté à la réduction du temps de travail, la "modulation" des horaires hebdomadaires. Ceux-ci variaient en fonction de périodes hautes, moyennes et basses, avec des horaires hebdomadaires très différents. Cette modulation n’a pas été supportée par les salariés qui ont craqué. "Un an après la signature, nombre de salariés avaient atteint les limites de la résistance physique", explique Catherine Daver, déléguée syndicale CFDT. L’entreprise a abandonné la modulation à laquelle s’étaient ralliés les trois syndicats signataires.

Dans beaucoup d’accords, la réduction du temps de travail s’accompagne aussi d’un allongement de la journée de travail, qui passe de huit à neuf heures, voire de dix à douze heures. Et sans qu’aucune modification du contenu du travail ne vienne alléger la pénibilité accrue. Or la résistance à l’allongement de la durée de la journée dépend des gestes, des postures ou des conditions de travail. Une station debout qui se prolonge davantage provoquera des varices. Un geste répété plus longtemps suscitera davantage de troubles musculo-squelettiques (TMS). "Du fait des cadences, de l’amplitude et du poids des skis manipulés, affirme Catherine Daver, une dizaine d’opératrices sont frappées de maladies articulaires, sans compter celles qui n’osent pas l’avouer."

Le rythme naturel du sommeil non respecté

On sait que les horaires de travail qui ne respectent pas les rythmes circadiens naturels, c’est-à-dire liés à l’alternance du jour et de la nuit, désynchronisent les horloges biologiques (sommeil, repas, etc. ). Certains rythmes biologiques se modifient vite (en deux ou trois jours). D’autres changent plus lentement (en plusieurs semaines). Leur équilibre est alors perturbé. La fatigue survient, ainsi que des problèmes de sommeil et de santé. Et cela persiste souvent après des années de travail de nuit.

Il faut protéger le "sanctuaire du sommeil", c’est-à-dire la période entre minuit et 5 heures du matin, à chaque fois que c’est possible. Cela implique d’être attentif à l’horaire de début de journée de travail comme aux durées de transport ou aux délais d’endormissement après un travail éprouvant. Or les équipes du matin obligent les employés à se lever avant 5 heures, amputant une partie du sommeil très favorable à la récupération.

"Cette réorganisation des horaires peut avoir des effets néfastes sur la santé, reconnaît Joël Maline, directeur de l’Aract (Agence régionale pour l’amélioration des conditions de travail) de Haute-Normandie. Des travaux de recherche sur les horaires décalés ont mis en évidence la double désynchronisation biologique et sociale à laquelle les salariés peuvent être soumis. Avec des perturbations du sommeil, des troubles gastro-intestinaux, cardiovasculaires, nerveux." On devrait, le sachant, tenter de les prévenir. Ce n’est pas le cas.

 

2ème cas L’allongement de la journée de travail

usine. Photo Decout/READes entreprises, voire les équipes elles-mêmes – plus soucieuses d’augmenter leur temps de loisir que de préserver leur santé – optent pour des journées de travail de dix ou douze heures. "Les résultats des études sur ces journées de grande amplitude sont contradictoires, dit Charles Gadbois. Ils dépendent de la pénibilité, notamment physique, du travail." En fait, ces expériences perdurent surtout quand elles bénéficient de situations favorables. "À titre d’exemple, les services municipaux de Genève ont souhaité réaliser des journées plus longues pour profiter plus souvent d’un week-end, poursuit-il. Ce projet a été négocié avec la direction, qui a accepté sa mise en place. Les agents des équipes d’incinération des ordures ont trouvé ce type d’horaire en douze heures intéressant mais épuisant. Ils sont retournés à l’horaire antérieur. Les agents du service de traitement des eaux, qui est plus tranquille, ont considéré que cet horaire en douze heures leur convenait très bien."

3ème cas Les horaires coupés

Quand elles n’ont pu être déjà implantées, les formes les plus pénalisantes d’organisation du travail sont très souvent mises en place lors des accords sur les 35 heures. Aujourd’hui, on rencontre un nombre croissant d’"horaires coupés" dans une même journée (même pour des temps partiels !) dans les maisons de retraite ou les services sociaux, par exemple ; c’est le cas aussi des équipes de ménage ou des caissières des grandes surfaces. "Ces horaires de quelques heures de travail correspondent aux pics d’activité du matin puis du déjeuner dans des maisons de retraite, dit Charles Gadbois. On observe un creux l’après-midi. Puis un nouveau pic d’activité le soir." L’employeur tend à faire venir travailler les salariés lors des pics d’activité, leur demandant de repartir lors de la baisse et de revenir lors de la nouvelle hausse. "On observe un système similaire d’ajustement à la demande dans la grande distribution, précise Charles Gadbois. Une grande surface peut ainsi embaucher et débaucher tous les quarts d’heures, en fonction de la prévision des flux de clients faite à partir des mois et des années passés. " Une étude menée dans cinq hypermarchés de la région parisienne souligne l’importante proportion de petits contrats de courte durée. L’espoir d’une véritable embauche pousse les caissières à tout accepter, les rendant corvéables à merci. En fonction de la demande de l’employeur basée sur ces flux de clients, elles viennent travailler quelques heures, repartent, sans toujours avoir le temps de rentrer chez elles, puis reviennent. Comme des imprévus demeurent, il peut leur demander, au pied levé, de prolonger leur service. "Quand ces caissières ne travaillent pas, il leur est demandé de rester à proximité du téléphone, chez elles, pour pouvoir répondre à toutes sollicitations, ajoute Charles Gadbois. On observe l’essor de l’usage du répondeur comme filtre chez les caissières." C’est pour elles la seule manière d’échapper à des requêtes auxquelles on ne tolère pas qu’elles répondent par la négative. " Si elles souhaitent garder cet emploi ou obtenir des arrangements, résume-t-il, elles doivent avoir été "arrangeantes" quand on le leur demandait…"

Partout, le spectre du chômage permet le chantage à la cessation d’emploi.

4 ème cas Suppression du travail de nuit

 

Il existe toutefois des exemples de réduction du temps de travail réussis. C’est le cas chez le fabricant de prothèses chirurgicales Smith Nephew Richards, à Orthez. Ses salariés travaillent désormais 33 heures par semaine, soit quatre journées de 8 h 15. La première équipe ne commence pas à 4 heures du matin, comme à la fabrique de ski de Rumilly, mais à 6 heures. Il existe des chevauchements de 30 minutes entre équipes successives, permettant une transmission des informations. En outre, tout a été fait pour favoriser la souplesse et l’autonomie de chacun au sein d’un collectif plus soudé.

La suppression du travail de nuit favorise un rythme de vie plus harmonieux, et aussi une meilleure sécurité contre les malfaçons. La reconnaissance de la compétence des salariés, comme dans le "compagnonnage", est gage de qualité du travail mais aussi de qualité de vie au travail. Avec pour conséquences l’absence de cadences, de gestes répétitifs ou de contrôle hiérarchique stressant. Mais il ne faudrait pas que les améliorations soient réservées à quelques équipes qualifiées effectuant une tâche pointue !

5ème cas Jours de congés supplémentaires

 

Entreprises et syndicats ont su opter, ailleurs, pour d’autres solutions sages. Les horaires des journées de travail ne changent pas. La diminution de l’horaire hebdomadaire à 35 heures se traduit, tout simplement, par des jours de repos supplémentaires. Cette voie n’est prise, malheureusement, que très rarement.

D’autres modes de réduction du temps de travail entraînent une moindre fatigue des salariés. Ainsi la réduction journalière du temps de travail (effet de "fin de journée" diminué) ou la semaine de quatre jours. "Dans une entreprise ayant opté pour la semaine de quatre jours, dit Antoine Masson, les salariés notent clairement un sentiment de fatigue moins important. Quand ils disposent de plusieurs journées de repos consécutives, ils disent mieux récupérer et mieux évacuer leur stress."

Premières victimes : les femmes

Mais, dans la majorité des cas, la RTT contribue à exclure de nombreuses personnes de la vie professionnelle et sociale. À Rumilly, dans l’entreprise citée plus haut, on privilégie désormais les recrutements masculins. La nouvelle organisation du travail exclut les femmes enceintes, les personnes de plus de 40 ans ou souffrant de troubles tels que les maladies articulaires. À Rumilly comme ailleurs, on constate une inquiétante généralisation du choix du congé parental de trois ans pour les femmes : mieux vaut ne gagner presque rien que "craquer" pour un travail devenu inadapté.

Ces observations rejoignent les conclusions d’une étude de la Caisse nationale d’allocations familiales : la proportion de mères de 25-29 ans ayant deux enfants et travaillant a chuté entre 1994 et 1997, passant de 63,5 % à 52 %. La proportion de mères de 30 à 34 ans ayant un enfant de moins de 3 ans et travaillant est tombée de 70,5 % à 59 %. Ainsi, les mères de famille, qui ont le plus de mal à se plier aux sacro-saintes règles de flexibilité du temps de travail, renoncent à chercher un emploi.

Autres victimes : la santé et la vie de famille

enfant. Photo Westsock/SunsetLa volonté d’augmenter la durée d’utilisation des équipements ou d’ouverture des services provoque la généralisation du travail en équipe et la destructuration des journées, des semaines et des week-ends (alternances, horaires annoncés au dernier moment…). Fatigue, troubles du sommeil et de la nutrition sont observés lorsque les horaires de repos et de repas sont déstabilisés. Ils peuvent être accrus en raison de la difficulté d’équilibrer ses besoins en fonction des variations de ses activités. Pour les femmes, ils aggravent le phénomène des doubles journées, professionnelle d’une part, domestique et familiale d’autre part, empiétant sur le sommeil. De fortes tensions sont constatées en raison des difficultés sociales et familiales engendrées par les nouveaux horaires, surtout s’ils sont variables et non choisis et ne sont pas vraiment compensés par le bénéfice du temps disponible.

Des troubles psychologiques peuvent être provoqués par la réorganisation-réduction du temps de travail si celle-ci n’est pas soulagée par des embauches ou par des moyens technologiques accrus. Souvent, les agents "souffrent de devoir réduire la qualité de leur travail". Or, ils ressentent comme un "mépris de leur activité antérieure" qu’il soit jugé possible d’obtenir les mêmes résultats en moins de temps.

Certains aménagement tendent à concentrer le temps libre aux dépens de la durée journalière : vendredis après-midi libérés contre un départ plus tardif en semaine, ou semaine de quatre jours contre une augmentation de la durée journalière. Ces salariés risquent alors, du fait des horaires contraignants, de connaître une dégradation de leur sommeil et une perturbation de la vie familiale et sociale (suppression du repas du soir, indisponibilité…).

Pour couronner le tout, la volonté de "densification" du travail devient systématique. "Elle se traduit souvent par une "chasse aux temps morts", qu’ils soient temps d’attente ou moments de régulation informelle ", dit Antoine Masson. Se focaliser ainsi "sur les seuls temps visiblement productifs " – temps de face à face, temps facturé – peut conduire à "écraser", voire abolir, des temps jugés improductifs par des décideurs ne connaissant pas le travail réel, alors qu’ils sont en fait "nécessaires à l’efficacité globale" de la mission d’une institution ou d’un établissement. En termes de santé, cette traque aux temps d’échange, de récupération ou de réflexion, revient très souvent à isoler la personne. Elle lui retire les possibilités d’élaborer avec ses collègues des stratégies de résolution des difficultés. Elle favorise en cela le stress, la souffrance psychique et le désespoir.

Alors que l’esprit des 35 heures est trop souvent détourné, un pactole substantiel est accordé par l’État à l’employeur pour chaque salarié qui réduit son temps de travail et pour chaque nouvel embauché à horaire réduit. Entreprise de 326 salariés qui en a engagé 20 en passant aux 35 heures, Samsonite, à Hénin-Baumont, a touché 14 000 F par salarié, soit 4 984 000 F. Et ce sont quelques milliards qui ont été ainsi distribués par l’État depuis juin 1998. C’est payer fort cher le mépris de la santé des personnes. Et qui réglera la note du coût sanitaire de la réduction du temps de travail ?

Richard Belfer impatient@medecines-douces.com

NB: Temps et travail, Actes du 33e congrès de la Self, sept. 1998,
rens. 01 44 41 71 61.

 

 

 

 

 

 

 
Abonnement à notre News Letter
E-Mail :
Nom (optionnel) :
  Inscription Désinscription

Retour

Accueil - Dossiers - S'abonner - Email - Livres conseillés - Forum - News letter -
Copyright Alternative-Santé L'Impatient © 1998 - 2002