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Le
nombre des utilisateurs de téléphones mobiles explose. Ils étaient
1,5 million en France en 1996. Ils seront au moins 5 millions
en lan 2 000. Cette technologie sest développée sans
que son impact sur la santé ait été étudié. Il nest pas
trop tard pour évaluer ses effets et prendre les mesures de précaution
nécessaires.
Pratique,
utile, discret (quand il est éteint), tout-terrain, le portable
est laccessoire devenu indispensable des " branchés
" si lon peut dire ! affranchis des postes
téléphoniques fixes, et des jeunes loups constamment sur la brèche.
Le bout du monde à portée de voix au plus profond du désert :
une vraie révolution en matière de communication. Révolution dont
on commence à sinquiéter. Ne menace-t-elle pas la santé
des utilisateurs et celle des personnes dont lhabitat ou
la chambre à coucher jouxte les antennes relais installées sur
le toit dimmeubles ? Car le " kit " vendu à lutilisateur
est indissociable des antennes érigées par les opérateurs (Itineris,
SFR et Ola) sur lensemble du territoire.
Branchés
sur un micro-ondes
Les téléphones
portables et leurs antennes relais fonctionnent chacun à la fois
comme émetteur et comme récepteur, et à la même fréquence quand
ils appartiennent au même réseau. Le signal émis par le téléphone
portable est capté par lantenne relais la plus proche qui,
elle, renvoie le signal soit vers le réseau téléphonique traditionnel,
soit vers dautres antennes relais, soit encore vers un autre
téléphone portable, celui-ci étant alors le récepteur de la communication.
La transmission
des communications se fait par ondes électromagnétiques qui se
propagent dans lair ambiant entre lantenne relais
et le poste portatif (ou vice-versa). Les réseaux utilisent les
fréquences (la gamme des hyperfréquences ou micro-ondes) qui leur
sont attribuées de même quil existe des fréquences
démission réservées aux stations radio. Soit la bande des
900 mégahertz pour le réseau GSM (1) dItineris
et SFR, soit celle des 1800 mégahertz pour le réseau DCS (2)
dOla. Comme lensemble de ces bandes est près dêtre
saturé, on prévoit dattribuer bientôt aux portables la bande
de 2 000 mégahertz. On se rapproche de plus en plus de la fréquence
de 2450 mégahertz utilisée dans les fours à micro-ondes (3).
Avec tout de même une différence notable entre les deux : le four
à micro-ondes a une puissance comprise entre 500 et 1000 watts,
les téléphones mobiles portables ont une puissance de 1 à 2 watts
et ceux des voitures de 7 à 8 watts. Les antennes stations relais
ont quant à elles une puissance démission de lordre
de 400 watts (4). Mais le four
à micro-ondes est blindé, les portables et les antennes ne le
sont pas.
Que sait-on
de leffet sur la santé de cette technologie nouvelle pour
lhomme de la rue, mais depuis longtemps utilisée et très
réglementée dans le domaine militaire ?
(1)
GSM pour Global system for mobil communication.
(2)
DCS pour Digital communication system.
(3)
La bande des micro-ondes ou hyperfréquences est comprise entre
300 mégahertz et 300 gigahertz.
(4)
Donnée fournie par le CEFE, le Centre détudes et de formation
en écologie de Namur. La puissance des émetteurs est de 8 watts,
mais celle-ci est multipliée par le coefficient damplification
de lantenne, qui selon les opérateurs serait de 50. Le fabricant
allemand Kathrein signale une puissance maximale de 600 watts.
Perturbation
du cerveau
Leffet
principal des hyperfréquences est de provoquer un échauffement
(principe du four à micro-ondes) dont lintensité est liée
à la puissance de lappareil et qui varie en fonction du
carré de la distance dexposition entre lappareil et
la surface exposée. Plus lappareil est près, plus cest
dangereux.
Dans laide-mémoire
n° 183 examiné en mai 1998, lOrganisation mondiale de la
santé fait le point. " Il a été signalé que lexposition
à des champs de radiofréquences trop faibles (cest le cas
des téléphones mobiles) pour provoquer un échauffement pouvait
tout de même perturber lactivité électrique du cerveau chez
le chat ou le lapin. Cet effet a également été décrit dans des
tissus et des cellules isolées. Dautres études laissent
supposer que les champs de radiofréquences agiraient sur le taux
de prolifération de cellules, lactivité des enzymes ou les
gènes de lADN cellulaire
Il faut poursuivre les recherches
(5) pour dresser un tableau plus
complet des risques sanitaires, notamment des risques éventuels
de cancer résultant de lexposition à des champs de radiofréquences
de faible intensité. "
Ces préoccupations
font suite à une étude publiée en 1998 dans un journal médical
australien (6) faisant état dun
lien possible entre laugmentation du nombre de tumeurs cérébrales
dans lOuest australien (de 1982 à 1994) et le développement
de lutilisation du téléphone mobile dans la population.
Linquiétude est là-bas très grande, au point que lAutorité
de régulation des communications australiennes a décidé, le 1er
février dernier, de limiter lexposition du public aux champs
électromagnétiques provenant des téléphones mobiles et de leurs
stations relais.
De son côté,
le Centre international de recherche sur le cancer, à Lyon, vient
de lancer une étude internationale sur le risque de tumeurs du
cerveau, de la glande parotide (glande salivaire située dans la
joue) et du nerf auditif lié à lutilisation de téléphones
portables. La Commission européenne est elle aussi en état dalerte.
Lune de ses directions, la DG XIII, étudie les effets sur
la santé des fréquences utilisées dans les radiocommunications,
dont le téléphone portable.
Dautres
effets ont été rapportés (7) :
dégénérescence tissulaire de la rétine, de la cornée et de liris
de lil ; modifications de la chimie du cerveau avec
des interactions possibles avec certains médicaments ; altérations
des fonctions dattention et de la mémoire ; altérations
de la formule sanguine ; altérations du système immunitaire (notamment
de lhormone mélatonine) ; augmentation de la pression artérielle
de 10 % chez les utilisateurs de portables.
Par ailleurs,
il a été mis en évidence que les téléphones portables peuvent
influencer et dérégler les appareils médicaux électroniques :
déclenchement dalarme dappareils dassistance
cardiorespiratoire, fauteuil roulant devenu incontrôlable, pompe
à insuline déréglée, prothèse auditive brouillée, pacemaker affolé.
" Une zone de sécurité est préconisée, souligne Daniel Comblin,
ingénieur industriel, éco-conseiller du Centre détudes et
de formation en écologie de Namur, qui va de 4 à 5 mètres, pour
les téléphones mobiles de 2 watts, à plus de 10 mètres pour les
mobilophones des voitures. "Enfin
dans son ouvrage Téléphones cellulaires : danger ? (7)
Roger Santini, docteur ès sciences, enseignant-chercheur à lInstitut
national des sciences appliquées de Lyon, sinquiète du taux
dabsorption des ondes dhyperfréquences plus important
chez les enfants (selon des expériences effectuées sur des têtes
en tissus artificiels). Ce qui devrait inciter à limiter lusage
des appareils portables par les adolescents.
Taux d'absorption spécifiques (TAS)
d'une onde hyperfréquence de 835 Mhz
générée par un téléphone mobile
cellulaire dans des modèles de: |
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tête d'adulte
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d'un enfant de 10 ans
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d'un enfant de 5 ans
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Echelle des valeurs du
TAS en W/kg
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| Figures publiées avec l'autorisation
de l'auteur |
(5) LOMS a initié, dès 1996, un projet EMF
international qui a pour objet dévaluer les effets sanitaires
et écologiques de lexposition à des champs électriques et
magnétiques ou variables dans le temps des fréquences comprises
entre 0 et 300 Gigahertz. Ce projet devrait sachever en
2005.
(6)
MJA 1998. 168 : 48 Brain tumours and mobiles phones. J. A. Davidson.
(7)
Téléphones cellulaires : danger ? de Roger Santini. Ouvrage disponible
par correspondance contre un chèque de 185 FF (TTC franco) à lordre
des éditions Marco Pietteur, 39, avenue du Centenaire, B-4053
Embourg, Belgique ou en librairie (DG Diffusion), 208 pages, 1999
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Antennes
relais

En ce qui
concerne les antennes relais, leurs concepteurs se défendent de
tout effet néfaste, considérant que lémission de micro-ondes
est directionnelle, selon des angles bien définis, dans les plans
horizontaux et verticaux. " Mais il existe, considère Roger
Santini, autour de lantenne, derrière elle et sous lhorizontale
des zones plus petites où des hyperfréquences sont également émises.
Celles-ci peuvent, par exemple, entrer en résonance avec larmature
métallique en béton ou les poutres de soutien en acier présentes
sur le toit. Ce phénomène risque alors de transformer les structures
métalliques du toit en "ré-émetteurs passifs" pouvant
affecter les occupants des appartements. "
Par ailleurs,
toute personne susceptible dintervenir sur le toit : pompier,
policier, couvreur, électricien, voire sur un bâtiment très proche,
peut se trouver directement dans le cône démission maximale
de lantenne durant des temps plus ou moins importants.Une
réglementation délimite lexposition professionnelle aux
hyperfréquences, mais les intervenants occasionnels ne sont pas
forcément prévenus des risques encourus qui sont, en outre, fonction
des caractéristiques propres à chaque antenne. Surtout, on mesure
dans lenvironnement de ces stations relais des niveaux de
radiations dhyperfréquences importants. Un document gouvernemental
australien (8) de 1996 fait état
de mesures effectuées à 250 mètres dune station relais de
téléphones mobiles, à lextérieur et à lintérieur dune
école. Les valeurs trouvées, exprimées en watts par centimètre
carré, vont de 15 à 45 microwatts par cm2.
Ces valeurs
dépendent du nombre de communications transitant par la station
relais, elles varient donc selon le moment de la journée et de
lannée. " Or, des études, note Roger Santini, font
état deffets sur la reproduction, de perturbations comportementales
et dune augmentation du risque de cancer dès, respectivement,
80 microwatts, 10 microwatts et 1 microwatts par centimètre carré.
" Selon le même rapport australien, des personnes habitant
à 200 mètres dune station relais de téléphones mobiles se
plaignent de troubles divers tels que ménopause prématurée, fatigue
chronique, perturbation du sommeil, allergies multiples
Ce qui est
sûr, cest que le développement du téléphone mobile et de
ses stations relais participe à laugmentation du champ électromagnétique
autour de la Terre. Comme le font les antennes de stations radio
ou de télé et lensemble des activités qui font appel à lélectricité.
À titre de comparaison, le rayonnement radioélectrique naturel
du Soleil et des étoiles au-niveau du sol, toutes fréquences confondues,
est de 0,1 microwatt par mètre carré. Actuellement ce rayonnement
est estimé selon des mesures réalisées au cours des années
80 aux États Unis ! à 10 microwatts par m2 à la campagne
(sans source émettrice proche) et entre 20 et 50 dans les villes.
Il est grand temps détudier limpact de ces modifications
environnementales sur la santé publique. Et peut-être de résister
à lengouement pour le portable quand celui-ci nest
pas absolument nécessaire, ou au moins den limiter lusage.
(8)
Rapport australien. A local governement and community
ressource document : Mobiles phones and their transmitter base
stations. The evidence for health hazards. EMfacts information
service. 1996, 240 pages.
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