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Juin 1999

Interview

dr Dominique Daelde

"Tout consommateur qui s’interroge peut nous faire part de ses remarques"

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Le Dr Dominique Baelde, de la DGCCRF (Direction générale de la concurrence de la consommation et de la répression des fraudes: 59, boulevard Vincent-Auriol, 75013 Paris), fait le point sur la législation concernant l’étiquetage et la publicité des denrées alimentaires présentées avec des allégations "santé".

 

 

ALTERNATIVE SANTÉ - L’Impatient : Quelle est la réglementation en matière d’allégation " santé " concernant les aliments ?

Dr Dominique Baelde : Tout d’abord, il faut rappeler ce qu’on entend par le terme d’allégation. Il s’agit d’un message, d’une mention, ou d’une représentation, impliquant ou suggérant des propriétés ou des caractéristiques particulières d’une denrée alimentaire (liées à sa nature, à sa composition, à sa valeur nutritive, à son mode de production, etc.). En France et en Europe, seules sont autorisées les allégations nutritionnelles (par exemple : "riche en vitamine C ; à teneur réduite en matière grasse…"). Les allégations fonctionnelles (par exemple : "le calcium participe au maintien du capital osseux") et les allégations de santé (par exemple : "le calcium améliore la densité osseuse") sont également admises. Bien sûr, ces allégations doivent reposer sur des preuves établies de façon scientifique. Sont interdites les allégations relatives à une maladie (par exemple : " le calcium prévient l’ostéoporose ").

Quels sont les organismes chargés de contrôler l’application de la réglementation concernant l’alimentation ?

En ce qui concerne la DGCCRF, sa mission est de contrôler les denrées alimentaires, et notamment les produits diététiques et les compléments, en matière de respect de la composition, d’étiquetage et de publicité. Certains aspects sanitaires reviennent aux Services vétérinaires. Les administrations (DGCCFR, Direction générale de la santé…) font appel à deux commissions techniques, chargées de leur donner un avis de spécialistes. Il s’agit du CSHPF (Conseil supérieur d’hygiène publique de France), dont la mission porte surtout sur l’expertise toxicologique, et la Cedap (Commission interministérielle d’étude des produits destinés à une alimentation particulière), plutôt chargée d’évaluer les aspects nutritionnels (laits pour bébé, substituts de repas, produits pour diabétiques…). J’aimerais signaler à vos lecteurs que les enquêtes peuvent être déclenchées par simple demande à la DGCCRF. Tout consommateur qui s’interrogerait sur le bien-fondé d’un étiquetage peut nous faire part de ses remarques – en joignant une photocopie de l’étiquette.

La loi n° 98-535, du 1er juillet 1998, indique la création d’autres organismes : Comité national de sécurité alimentaire, Institut de veille sanitaire, Agence française de sécurité sanitaire des aliments. Sont-ils en fonction, et quels "plus" apportent-ils ?

La France a été bouleversée par l’épisode de la "vache folle" notamment, et les consommateurs sont inquiets face aux organismes génétiquement modifiés (OGM) tels le soja ou le maïs. Le gouvernement a donc décidé de mettre en place ces nouvelles structures. Les décrets d’application étant parus au début du mois d’avril, elles devraient être opérationnelles à la rentrée de septembre. Il s’agit de renforcer les moyens actuels et d’améliorer l’évaluation des risques.

Il y a harmonisation européenne. Qu’en est-il des autres pays exportant vers la France et l’Europe leurs produits alimentaires ?

Lorsqu’il y a harmonisation européenne, les denrées alimentaires entrant sur le territoire sont soumises aux mêmes réglementations et doivent être conformes aux normes européennes (intégrées dans nos textes nationaux). Si l’harmonisation n’existe pas, elles sont alors soumises aux textes français.

Que se passe-t-il en cas de non-conformité ?

Le droit alimentaire correspond à deux pratiques de fond : "On ne met pas de substances ou d’ingrédients interdits dans les aliments" et "Il ne doit pas y avoir tromperie du consommateur ". Si ces deux principes ne sont pas respectés, les produits doivent être rendus conformes, ou retirés de la vente. Par exemple, nous sommes intervenus très lourdement sur les produits à base de carnitine, dont les fabricants vantaient la propriété de "brûler les graisses". Le Cedap n’ayant trouvé aucune preuve scientifique, cette allégation a été considérée comme mensongère, leur publicité interdite et les produits retirés de la vente.

En fonction des données scientifiques, comment la réglementation devrait-elle évoluer ?

Il est évident que de nombreux arguments scientifiques plaident en faveur d’un rôle préventif de l’alimentation. Mais, dans l’état actuel de la réglementation, il reste interdit de mentionner sur l’étiquette qu’un aliment prévient le cancer ou traite l’infarctus. Mettre sur le même plan les aliments et les médicaments constituerait une menace pour le monopole pharmaceutique français. En termes de prospective, une telle idée semble néanmoins pointer. Et les enjeux économiques sont considérables.

Nathalie Bisetti impatient@medecines-douces.com

 



       

 

 

 

 

 

 

 

 
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