Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Choisir
judicieusement ses menus permettrait de limiter les risques de
maladies cardiovasculaires, de cancers, ou encore de stimuler
ses défenses immunitaires. Cest ce que prouvent les études
épidémiologiques et fondamentales les plus récentes.
Aujourdhui,
la tendance est à la réhabilitation dun bon équilibre alimentaire.
Nous sommes passés du "moins manger" du temps des allégés
au "mieux manger". Et certains aliments se trouvent
valorisés, dotés de vertus quasi médicamenteuses. Lapparition
du néologisme " alicament " hasardeux mélange
entre aliment et médicament et de son homologue "aliment
à valeur santé" illustre bien cette nouvelle conception.
Mais de nombreux professionnels (médecins et nutritionnistes)
préfèrent employer le terme "aliment fonctionnel", cest-à-dire
aliment ayant une action sur le fonctionnement de lorganisme
susceptible daméliorer le bien-être, de maintenir un bon
état de santé, et de réduire le risque de certaines pathologies.
Il correspond mieux à la réalité des connaissances et évite le
risque de confondre le panier de la ménagère avec larmoire
à pharmacie !
Une
arme de prévention
Il a été
démontré que 75 à 80 % des cancers étaient le résultat dune
accumulation des agressions de lenvironnement pollution,
stress, habitudes alimentaires. Cest pourquoi la plupart
des études épidémiologiques et fondamentales portent sur limpact
de la nutrition en matière de prévention.On sait aujourdhui
que les "radicaux libres", molécules instables produites
par lorganisme, sont les principaux responsables de processus
dits "oxydatifs" (1). Cette activité oxydante, très
néfaste pour les cellules, aboutit à un dérèglement de leurs fonctions.
Un organisme jeune peut parfaitement lutter contre ce phénomène,
parce quil maintient léquilibre de deux processus
opposés : antioxydation et oxydation. En revanche, avec lâge,
cet équilibre se dérègle et loxydation lemporte, favorisant
la survenue de cancers et de maladies cardiovasculaires, premières
causes de mortalité et de morbidité (taux de maladie) dans les
pays industrialisés. Il est possible de freiner ce cycle infernal,
en apportant à lorganisme un "contrepoison" à
loxydation.
Les fruits
et les légumes sont particulièrement riches en molécules anti-oxydantes.
Au premier rang de celles-ci on retrouve des vitamines: la vitamine
E (ou tocophérol), la vitamine C (ou acide ascorbique), et les
caroténoïdes dont les représentants les plus célèbres sont le
ß-carotène et le lycopène (pigment rouge de la tomate). Dautres
substances végétales ont également montré un fort pouvoir anti-oxydant:
les "flavonoïdes", aux propriétés préventives contre
le cancer et les maladies cardiovasculaires et les "saponines"
qui réduisent la concentration sanguine du cholestérol (2). Le
soja, qui en renferme en grande quantité, est laliment protecteur
par excellence. "Cerise sur le gâteau" il est
également intéressant dans le traitement des troubles de la ménopause
et en prévention à lostéoporose. Dautres aliments
possèdent les mêmes bienfaits, ce qui permet une variété de menus
"santé" compatibles avec les plaisirs de la table :
pois chiches riches en saponines, graines de lin, céréales, fruits
(surtout dans la peau), thé et vin où abondent les flavonoïdes.
Les tomates font également leur apparition dans la ronde des aliments
protecteurs.
Plusieurs
travaux suggèrent un effet positif de la tomate et de ses dérivés
contre les cancers de la prostate, du pancréas, du poumon et du
côlon ; le lycopène quelle contient aurait également des
propriétés cardio-protectrices. Il faut cependant noter que labsorption
intestinale du lycopène par conséquent son efficacité
est maximale lorsque la tomate est cuite dans un corps gras
bien entendu, il faut alors choisir une huile végétale riche en
graisse monoinsaturée (lhuile dolive par exemple).La
prévention en matière de santé passe aussi par une protection
vis-à-vis de nos ennemis extérieurs (bactéries, virus). En réponse
à une infection, les cellules immunitaires ont recours à un véritable
réseau de communication, permettant de recruter les "combattants"
sur le lieu de linfection (lymphocytes, macrophages, plasmocytes,
etc.). Pour bien fonctionner, ce réseau dalerte a besoin
de divers nutriments : magnésium, vitamines C, cuivre Heureusement
que le lobby du "tout allégé" est en perte de vitesse,
car dans le camp des graisses nous navons pas que des ennemis,
bien au contraire. Les acides gras monoinsaturés (huile dolive,
de colza ), outre leur effet préventif contre les maladies
cardiovasculaires, ont une influence bénéfique sur les réactions
inflammatoires, de même que les acides gras polyinsaturés
appelés "oméga 3" quand on les trouve dans les algues
et les poissons, et oméga 6 quand ils sont dorigine végétale.
Cest ce qui explique pourquoi, lalimentation des poules
étant supplémentée en farine de poisson, on trouve dans le commerce
des ufs enrichis " naturellement " en oméga 3!
Pour nous
prémunir contre les infections, il existe dautres alliés
que nos seules cellules immunitaires. La flore intestinale, par
exemple. Elle représente une barrière vis-à-vis dorganismes
pathogènes bactériens ou viraux. Son efficacité est en grande
partie fonction de sa composition, quil est possible daméliorer
par la consommation régulière de produits laitiers fermentés (yaourts,
kéfir ). On appelle ce type daliment un "probiotique",
car il fournit à lorganisme des bactéries (Lactobacillus,
Bifidus, Streptococcus) et/ou des levures vivantes. Dautres
produits, qui améliorent la croissance des bactéries bénéfiques,
ont également le vent en poupe. Ce sont les probiotiques tels
que les fibres son, céréales complètes, ananas, poireaux,
etc. et les glucides complexes comme linuline (hydrate
de carbone, voisin de lamidon, que lon trouve dans
la racine de certains végétaux tels que les algues, lichens et
linule) et les FOS (fructo-oligo-saccharides) que lon
trouve dans la chicorée, les artichauts, les asperges, lail,
les oignons, etc. De nombreuses spécialités comme les céréales
du petit déjeuner et les yaourts sont désormais enrichis en probiotiques.Certains
flavonoïdes, ceux du soja notamment, ainsi que la vitamine E auraient
aussi des propriétés à la fois anti-allergiques, anti-inflammatoires,
antivirales et antioxydantes. Une étude (3) a ainsi montré quun
régime de quatre semaines comportant 25 % de protéines de soja
augmentait le taux danticorps, notamment les immunoglobulines
de type A (ou IgA). Ces dernières correspondent justement aux
anticorps sécrétés par les muqueuses (intestinale, respiratoire,
génitale) directement au contact avec lextérieur. Ces anticorps
représentent donc la première défense contre les virus ou les
bactéries pathogènes que nous rencontrons tous les jours. Certains
médecins , comme le Dr Jean Seignalet (4) de Montpellier, préconisent
même une adaptation du régime alimentaire pour lutter contre des
maladies multifactorielles, telles la sclérose en plaques ou larthrite
rhumatoïde, maladies dans lesquelles sont impliquées des réactions
auto-immunes, des bactéries pathogènes, et des modifications de
la muqueuse intestinale. Les aliments ayant un effet sur ces différentes
composantes devraient permettre dagir efficacement contre
lévolution de ces maladies. Toutefois, cet avis est loin
dêtre partagé par lensemble des praticiens Des
recherches plus poussées savèrent indispensables.
Un
peu de bon sens
Il nous faut
un apport quotidien de différents nutriments,
notamment chez les femmes au cours de la grossesse et chez les
enfants. Un déficit en iode, en fer, en zinc, en sélénium, ou
en cuivre, au cours de la gestation, peut altérer ultérieurement
les fonctions immunitaires de lenfant. Le zinc et le sélénium
sont également de puissants antioxydants qui aident à lutter contre
le vieillissement et la cancérisation. Daprès les études
épidémiologiques, il existe une corrélation entre un risque plus
faible de maladie cardiovasculaire et de cancer et une grande
consommation de vitamines antioxydantes (ou des taux élevés de
vitamines antioxydantes mesurés dans le sang). Même si nos besoins
varient au cours de la vie, la
plupart des spécialistes saccordent pour dire quun
choix alimentaire judicieux permet de les couvrir en partie
avec le plaisir gustatif en prime. Mais les mauvaises habitudes
en matière de nutrition sont tenaces et tentante est la
solution du complément alimentaire en gélules. Dautre part,
malgré une alimentation variée, il semble que les déficits en
vitamines et minéraux soient importants dans la population. Cela
est principalement dû à une diminution des apports caloriques
(moins daliments consommés et par conséquent moins de vitamines
ingérées), à la consommation de produits alimentaires préparés
par lindustrie agroalimentaire la cuisson détruit
ces nutriments et à laugmentation des situations
"oxydantes" stress, pollution, tabagisme. Les
compléments alimentaires (soupes, desserts, gélules, cachets effervescents,
comprimés ) peuvent alors savérer nécessaires. Dans
ce cas, il faut faire appel à un médecin nutrithérapeute qui pourra
évaluer au mieux les besoins individuels. Le fer et le cuivre,
par exemple, pris en excès deviennent au contraire pro-oxydants
(action favorisant loxydation néfaste, alors quà dose
correcte, ils protègent de loxydation). À lheure actuelle,
les professionnels étudient dailleurs de nouvelles recommandations
en matière de nutrition. Recommandations qui tendent plus vers
une amélioration de lhygiène de vie que vers des apports
quotidiens stricts. Ils vont dans le sens dune prévention
plus large, déjà entamée en 1998, sur les bons comportements alimentaires
(voir encadré). Ces attitudes de bon sens résisteront-elles à
lengouement pour les " petites pilules " et à
la pression exercée par les laboratoires pour nous vendre la santé
sous forme de " compléments alimentaires " ? La réponse
se trouvera toujours dans le panier de la ménagère !
(1)
Antioxidant Vitamins and Cardiovascular Disease. Gaziano JM.,
Proc. Assoc. Am. Physicians, 1999, Jan.-Feb. ; 111 (1) : 2-9.
(2) Clinical review 97 : Potential Health Benefits
of Dietary Phytoestrogens : a review of the clinical, epidemiological,
and mechanistic evidence. Tham DM., Gardner CD., Haskell WL.,
J. Clin Endocrinol Metab, 1998, Jul. ; 83 (7) : 2223-35.
(3) Effets physiologiques dun régime alimentaire
riche en protéines de soja chez lhomme. Van Stratum P.,
Rudrum M., Ten Hoor F., Wilson R., Pikaar NA. Ann. Nutr. Aliment.,
1978 ; 32 (2-3) : 377-89.
(4) La Médecine du troisième millénaire Jean Seignalet,
éd. F.-X. de Guibert.À LIRE.Programme de longue vie, Jean-Paul
Curtay, éd. du Seuil.