Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Alors
que la Belgique vient dadopter une loi réglementant les
médecines non-conventionnelles, la France continue à sopposer
au pluralisme thérapeutique. Après lhoméopathie, les plantes
médicinales sont victimes de mesures répressives. Notre pétition
continue, avec désormais le soutien de cinq députés Verts.
Trois
mois de prison avec sursis et une amende pour M. Paul Gabard,
des établissements HerbAtlantic, à Champ-sur-Layon ; seize
heures de garde à vue pour Mme Claudine Vallée, des établissements
Vallée, à Chanzeaux ; un responsable des établissements Martin-Bauer,
à Valanjou, lui aussi placé quelques heures en garde à vue ; les
établissements Proherba de Mozé-sur-Louet perquisitionnés
La région de Chemillé, en Maine-et-Loire, spécialisée dans la
production de plantes médicinales depuis cent cinquante ans, est
aujourdhui la plus durement frappée. Mais, dans toute la
France, inspections et perquisitions se multiplient. "Les
transformateurs et distributeurs de plantes médicinales sont victimes
dune véritable chasse aux sorcières", dénonce M. Patrick
de Longeaux, président de la Fédération française de la diététique
(FFD) (1).
Motif : exercice
illégal de la pharmacie. Depuis la suppression du diplôme dherboriste,
les plantes médicinales sont assimilées aux médicaments et, comme
ceux-ci, ne peuvent être vendues que par des pharmaciens. Un décret
de 1979 définit une liste très restrictive de 34 plantes médicinales
dont la vente est libre dans tout commerce. Une centaine dautres
plantes sont tolérées dans les rayons des plantes médicinales,
dans la mesure où ce sont des plantes à usage condimentaire, aromatique
ou cosmétique. Cest ainsi que le thym et le romarin, qui
ne figurent pas dans la liste des plantes en vente libre, font
partie de la liste des plantes condimentaires. Toutes les plantes
médicinales qui ne figurent pas dans ces deux listes sont réservées
à la pharmacie. Les plantes en vente libre doivent être conditionnées
"en létat", un terme flou pour dire quelles
ne doivent pas subir de transformation comme une teinture
, pouvant les assimiler à des médicaments.
Depuis vingt
ans, le marché des plantes médicinales ne cesse de croître. Les
consommateurs souhaitent acheter en magasins spécialisés ou dans
les supermarchés, des plantes plus nombreuses et présentées sous
des formes plus faciles à utiliser que les tisanes. Aussi les
gélules, gouttes, comprimés, ampoules et sirops se sont-ils multipliés.
Ces présentations étaient jusquici tolérées. Cependant pour
lOrdre des pharmaciens, il ne sagit plus de plantes
en "létat" mais de formes "prédosées"
quil considère comme des médicaments, et cest lune
des raisons des poursuites effectuées.
Fédération
française de la diététique, 14, terrasse Bellini, 92800 Puteaux.
Tél. : 01 47 75 03 09
Des
interprétations restrictives
Par ailleurs,
la notion de complément alimentaire sest imposée pour désigner
de nouveaux produits aux propriétés nutritionnelles reconnues,
type extraits de fruits ou de légumes en comprimés. De nombreuses
plantes exotiques ont progressivement été mises en vente libre
sous le couvert de cette appellation : plantes chinoises, africaines
ou américaines. Tant que ces plantes ne figurent pas dans les
pharmacopées françaises et européennes, listes officielles qui
définissent les plantes relevant du monopole pharmaceutique, elles
sont tolérées à la vente libre, comme complément alimentaire.
Mais, périodiquement, des interprétations plus restrictives de
cette notion aboutissent au retrait de certaines plantes.
La législation
concernant les plantes médicinales est complètement dépassée,
remarquions-nous à lautomne dernier (dossier Les plantes
qui soignent, Alternative Santé - LImpatient, octobre 1998).
Cette situation pénalise doublement le consommateur privé de plantes
utiles et laissé à la merci de fraudes sur la qualité des plantes.
La liste des plantes en vente libre doit être revue et élargie.
Les formes sous lesquelles elles peuvent être vendues doivent
être redéfinies ainsi que la notion de complément alimentaire.
Des discussions sont en cours au niveau français et européen.
Mais, selon la FFD, des groupes de pression, en tête desquels
figure lOrdre des pharmaciens, sopposent, en France,
à tout élargissement du nombre de plantes en vente libre, et surtout
à la vente libre des présentations en gélules, gouttes, comprimés,
ampoules, sirops."Les plantes présentées sous ces formes
restent assimilables aux plantes "en létat" et
non à des médicaments.", proteste M. de Longeaux.
La FFD fait
signer dans tous les magasins diététiques une pétition qui réclame
une liste des plantes libérées identique à celle des pays européens
voisins (2) et la possibilité de vendre ces
plantes sous toutes les formes alimentaires, y compris donc en
comprimés, gouttes, gélules, etc. La FFD annonce avoir rassemblé
150 000 signatures. Interrogé le 6 avril, à lAssemblée nationale,
par Jean-Michel Marchand, député Vert du Maine-et-Loire, le secrétaire
dÉtat à la Santé Bernard Kouchner minimise les mesures répressives
vis-à-vis des grossistes et détaillants en plantes médicinales
et ne juge pas utile que la France modifie les règles de commercialisation
des plantes médicinales comme les autres pays européens.
Trois
cent soixante plantes sont en vente libre en Belgique et deux
cents en Italie
Hors
de lAgence, point de salut !
Les défenseurs
de lhoméopathie se heurtent à la même fin de non-recevoir,
malgré les trois cent mille cartes postales qui ont été adressées
au Secrétaire dÉtat. "Interpellée sur labsence
de concertation avec les médecins homéopathes, avant sa décision
dinterdire certains médicaments homéopathiques
(lire notre numéro de mars 99), lAgence du médicament
sest contentée de répondre que cette mesure relevait de
la sécurité virale. Elle estime que lévaluation de cette
sécurité relève de ses experts et quil ny avait pas
lieu de consulter les médecins homéopathes. Un comble !",
sindigne le Dr Michel Desruelles, de la Coordination nationale
des médecins homéopathes français.
Quatre députés
ont interrogé la ministre de la Solidarité Martine Aubry et le
secrétaire dÉtat à la Santé Bernard Kouchner sur les motifs
de cette interdiction. Il sagit de Georges Tron, député
(RPR) de lEssonne, François Sauvadet, député (UDF) de la
Côte-dOr, Rudy Salles (RPR) et André Aschiéri (apparenté
Verts), tous deux députés des Alpes-Maritimes. Début avril, Bernard
Kouchner répondait à André Aschiéri en affirmant que lhoméopathie
nest pas victime de mesures discriminatoires, mais quil
convient dattendre les résultats de lévaluation en
cours, concernant la sécurité des produits visés !
À la demande
du Collectif pour la défense
et lévaluation des médecines alternatives, André Aschiéri
sest enquis par ailleurs auprès de Bernard Kouchner des
mesures quil allait prendre, suite à la Résolution du Parlement
européen sur le statut des médecines non conventionnelles. "Je
suis assez surpris par lostracisme qui règne dans le monde
médical, le manque douverture. Je pense quil faut
reconnaître dautres moyens de se soigner : lhoméopathie,
la chiropraxie, lostéopathie, la naturopathie, par exemple,
et je suis prêt à agir en ce sens. Mais il y a des sujets tabous
en France. La prévention nintéresse personne, pas plus que
des soins moins durs et moins coûteux", explique André Aschiéri.
La réponse de Kouchner à ce sujet se fait attendre.
Le
silence de la presse
La Belgique,
elle, nattend plus. Après un an de débats, nos cousins doutre-Quiévrain
viennent de reconnaître de manière éclatante le pluralisme thérapeutique
dans leur pays. Sur les quinze membres
de lUnion européenne, elle devient le neuvième État à disposer
dune réglementation adaptée à ces médecines. Qui vous en
a parlé dans la presse française ? Personne. Raison de plus pour
signer et faire signer notre pétition pour le pluralisme thérapeutique.
Avec une bonne nouvelle : aux 35 000 signatures déjà reçues, sajoutent
désormais celles de cinq députés du groupe des Verts. Aux côtés
dAndré Aschiéri et Jean-Michel Marchand, cités ci-dessus,
on peut compter Noël Mamère, député-maire de Bègles (Gironde),
bien connu comme ancien présentateur du journal de France 2, ainsi
que Yves Cochet, député dIlle-et-Vilaine et André Hascoët,
député du Nord.