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Juillet 1999

Astre au logis

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Picturesque/Sunset

 

coups de Lune

Elle règne sur nos nuits, nos rêves, notre imaginaire, voire nos peurs. Influence-t-elle les êtres humains, les plantes, les animaux ? Joue-t-elle un rôle sur notre santé ? Les avis sont… partagés !

Le seul astre qui me donne mal à la tête, c’est la Lune », avait coutume de dire le grand savant Isaac Newton (1642-1727). Et avec raison : ses divers mouvements (rotation, oscillation, libration de l’axe) sont infiniment complexes. En fait, on en dénombre plus de mille, qui vont des phases que tout le monde connaît (pleine lune, quartier, etc.), jusqu’à d’infimes bizarreries de rotation. Mais joue-t-elle un rôle sur la santé de l’espèce humaine, voire sur ses folies ? Le débat sur cet astre pacifique est l’objet de polémiques, parfois virulentes. Il suffit de lancer la conversation sur ce sujet pour s’en rendre compte : chacun avance preuves et arguments, sans parvenir en général à convaincre les autres. Comment répondre sérieusement ?

D’abord il faut rappeler quelques points de la carte d’identité de la Lune. Elle est le satellite naturel de la Terre. En fait, si on examine attentivement le tandem Terre-Lune, on se rend compte qu’il s’agit plutôt d’une double planète ou d’un couple ! tournant l’une par rapport à l’autre autour d’un point d’équilibre. La Lune, est à peu près équivalente en masse au tiers de la Terre, ce qui est proportionnellement très important pour un satellite. Située à 360 000 km en moyenne, elle exerce donc une attraction sur notre globe. L’astrophysicien franco-américain Trinh Xuan Thuan (Le Chaos et l’harmonie, Trinh Xuan Thuan, éd. Fayard, 1998), titulaire d’une chaire à l’université de Virginie aux États-Unis, rappelle que « l’équilibre de la Terre sur son axe doit beaucoup à la présence de la Lune ». En son absence « l’axe de rotation de la Terre se comporterait de façon tout à fait fantasque, entraînant des changements climatiques catastrophiques pour la vie de la Terre ».

L’origine des marées

La Lune est à l’origine des marées. La même force gravitationnelle qui exerce une traction sur l’axe terrestre, déforme également la surface des océans, produisant une élévation de l’eau. Marge/SunsetAinsi la marée est haute dans les régions du globe qui se trouvent tournées vers la Lune. Mais, par effet inverse, la marée est également haute dans les régions diamétralement opposées, puisque, à ces endroits, l’attraction gravitationnelle de la Lune y est au plus faible. Si bien qu’il se produit en permanence sur Terre deux marées hautes et deux marées basses, chacune décalées d’un peu plus de 12 heures. Fait moins connu, cette attraction ne se contente pas seulement de déformer les masses océaniques : elle agit également sur l’écorce terrestre. C’est ce qu’on nomme les marées gravimétriques (qui modifient la gravitation). La Terre, en effet, n’est pas rigide, et sous l’action des forces lunaires, elle se déforme. Là où l’attraction lunaire s’exerce le plus directement, la pesanteur diminue : les couches qui entourent le noyau et qui se trouvent en-dessous du sol terrestre se soulèvent de plusieurs dizaines de centimètres. Cette machinerie est assez compliquée : la déformation varie selon la proximité de la Lune, les perturbations océaniques ou les irrégularités de l’écorce terrestre… Cette force d’attraction réciproque de la Terre et la Lune freine leur vitesse de rotation. Il y a 350 millions d’années, la Terre tournait plus vite sur elle-même et un tour complet ne durait que 22 heures. C’est à cause de ce ralentissement mutuel, que la Lune nous montre toujours la même face. Pourtant, elle n’est pas immobile : elle tourne sur elle-même dans le même temps où elle fait le tour de la Terre, exactement comme si elle faisait une ronde autour de nous. Elle accomplit ce tour sur elle-même en 27,3 jours. Mais lorsque la Lune a effectué son tour complet de Terre, celle-ci s’est déplacée dans l’espace. En conséquence, pour retrouver le même alignement Terre-Soleil-Lune, il faudra encore 2,2 jours. D’une pleine lune à la pleine lune suivante, on comptera donc 29,5 jours. Au vu de ces quelques explications astronomiques, une chose est sûre, la Lune a un effet mécanique important sur la Terre. Peut-on penser qu’elle a la même influence sur les êtres vivants et la végétation ? Sur les humains, on lui attribue généralement deux grands types d’influence : psychique et physique. Pour ce dernier, ce sont surtout les femmes qui y seraient sujettes, le cycle féminin de 28 jours étant comparé à celui de la Lune. Elle a également la réputation, lors de la pleine lune de favoriser les naissances. Côté psychique, elle influencerait également les esprits faibles, nuirait au sommeil et augmenterait même le nombre des crimes et des agressions. Le psychiatre Marc Schwob (Être au top à chaque heure, Marc Schwob, éd. Hachette, 1998.) est spécialiste en chronobiologie, science de l’étude des rythmes biologiques touchant les processus vitaux d’un organisme vivant, de la cellule au corps entier. Aucune enquête, selon lui, n’a pu confirmer clairement un effet de la Lune, et les études les plus sérieuses rendent des conclusions contradictoires.

Par exemple, une étude de 1967 sur un demi-million de naissances à New York entre 1948 et 1957 démontrait 1,35 % de naissances en plus lors du demi-cycle lunaire allant de deux jours avant la pleine lune jusqu’à deux jours avant la nouvelle lune. Une autre étude du même auteur sur autant de nouveau-nés entre 1961 et 1963, montrait un excédent de 1 % sur la période du premier quartier au dernier quartier. En France, pour une étude de 1970 à 1975, l’excédent de naissances se situait autour de la nouvelle lune. Une autre grande étude statistique, en 1986, sur 6 millions de naissances entre 1968 et 1974, montrait une augmentation lors de la période comprise entre les quatre jours avant le dernier quartier et les dix suivants. Mais la différence n’était que de 0,25 %… De même pour le nombre des crimes et les taux de suicides. Qu’en penser ? Pour Marc Schwob : « Il y a une évidente contradiction entre ce qui est constaté dans les maternités, les hôpitaux, les asiles psychiatriques… et les statistiques. Les nuits de pleine lune sont généralement redoutées dans les urgences et il est indéniable qu’on prépare les produits calmants en quantité plus importante. En psychiatrie, il y a clairement une agitation plus grande chez les psychotiques. » Comment expliquer ce décalage entre l’observation empirique et les chiffres officiels ? « Les statistiques ne sont peut-être pas établies sur des périodes suffisamment longues, suggère Marc Schwob, ni sur des populations suffisamment importantes. En fait, les travaux statistiques sont trop rares. »

L’influence de la Lune serait-elle uniquement symbolique ? L’opinion de Marc Schwob est plus nuancée : « Que cet astre si proche et si important, qui provoque les marées, n’ait aucune importance sur l’être humain, cela heurte le bon sens… On ne peut nier absolument une influence psychique et biologique en corrélation avec la physiologie humaine, dont l’exemple le plus ancien serait le cycle menstruel des femmes. » Avec encore sur ce sujet deux réserves importantes : les grandes femelles mammifères, comme les chimpanzés qui partagent 99 % de leurs gènes avec l’espèce humaine, ont un cycle de 32 jours. Et, d’autre part, les plus récentes études sur les cycles féminins montrent que 28 jours n’est qu’une moyenne approximative, le cycle pouvant varier de plusieurs jours selon les âges et les populations. Quant à nos horloges internes, si importantes pour nos cycles biologiques, le seul signe d’une possible influence lunaire serait la corrélation entre le décalage journalier de la Lune et les rythmes circadiens, plus proches de 25 heures que de 24.

La biodynamie

Et les plantes ? observerait-on là aussi un décalage entre études scientifiques et observations empiriques ? Eh oui… Prenons l’exemple de l’agriculture biodynamique. Basée sur les travaux du philosophe Rudolf Steiner, la biodynamie accorde la plus grande importance aux lunaisons ou plus exactement à la position de la Lune par rapport aux constellations ainsi qu’à sa hauteur sur l’horizon. La biodynamie semble avoir de bons résultats, il n’est que de goûter certains vins comme « la Coulée de Serrant » de Nicolas Joly. Ou de discuter avec des viticulteurs comme Michel Grisard, de Savoie : « La biodynamie, ça marche ! Je suis strictement le calendrier lunaire et jamais mon vin n’a été aussi bon. Pourtant, honnêtement, je ne sais pas exactement comment ça marche… » L’opinion semble partagée par la grande majorité des spécialistes du jardinage : l’influence de la Lune s’exercerait à la fois dans son rythme mensuel des phases, mais aussi dans son cycle annuel, de la première lunaison de mars suivant l’équinoxe de printemps à la treizième bouclant l’année lunaire. Interrogé, Yvon Gautronneau, chargé de mission pour l’agriculture biologique à l’Institut national de recherches agronomiques (Inra), se veut modéré : « Je ne peux donner qu’un point de vue personnel, explique-t-il. D’un point de vue scientifique, il n’y a pas d’expérimentation possible concernant la mesure d’une influence lunaire, pour la bonne raison qu’il y a beaucoup trop de facteurs en jeu en agriculture ! Comment isoler le facteur “lune” ? Il faudrait imaginer des expériences dans l’espace… ou une enquête énorme à l’échelle internationale ! » Car d’autres influences peuvent être envisagées ; celle, par exemple, du magnétisme terrestre (thèse de Yves Rocard) et de son interaction avec l’atmosphère et la gravitation lunaire. Pour autant, faut-il jeter aux oubliettes de la superstition une influence directe de la Lune ? « On ne peut pas démontrer, nuance Yvon Gautronneau, cela ne veut pas dire que les faits sont faux ! » Et il faudrait encore parler des huîtres qui, même loin de la mer, se recalent spontanément sur les marées locales ; des nautiles, petits mollusques qui construisent leur carapace en suivant strictement le rythme lunaire. Et les cheveux qui doivent être coupés en Lune montante ? Et les régimes à commencer pendant le dernier quartier ? Et… La liste est sans fin ! Une seule solution, expérimenter soi-même !

Marthe Jaillard

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