Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Gérer
ses émotions :cest dabord les connaître et comprendre
leur utilité. Un conseil de spécialiste : apprendre à les exprimer
dès le plus jeune âge.
SE
LIBÉRER DE SES ÉMOTIONS
Le
réveil sonne. Trop tôt ! Un petit noir ? La cafetière est
en panne. Restons zen, il fait beau. Sur le chemin de lécole,
au milieu des cris des enfants, la vie reprend son cours. Quand
un chauffard vous coupe la route. Vous freinez à temps Arrivée
au bureau, surprise. Quelquun est assis dans votre fauteuil
Tous les jours, des centaines démotions, plus ou moins violentes,
plus ou moins déstabilisantes nous accompagnent. On voudrait les
dominer, elles nous surprennent toujours. « Dans notre société
occidentale, nous sommes spécialement inhibés dans lexpression
de nos émotions, explique Béatrice Bellisa (Béatrice Bellisa est
autrice de Intelligence émotionnelle et Bonheur dapprendre,
éd. Marabout..) Car ce nest pas socialement correct. Cela
tient dune part à notre éducation et à notre culture qui
poussent à leur non-expression et dautre part au fait que
nous ne pouvons pas faire le tri dans nos émotions. Nous les connaissons
mal et surtout nous ne savons pas interpréter leur message.»Les
émotions informent sur une situation donnée. « La colère, par
exemple, signale un problème et permet de changer ce qui ne nous
convient pas, souligne Simonne Mortera, psychothérapeute et auteur
de Gérer ses émotions (Gérer ses émotions, Olivier Nunge et Simonne
Mortera, éd. Jouvence..) Il est important de lexprimer par
la voix, le cri, la décharge dénergie. Toutefois sans tomber
dans lanarchie. Plusieurs conditions sont à respecter :
ne pas se faire mal, ne pas faire mal à lautre et ne pas
casser dobjets. Même remarque au niveau de la tristesse
: elle favorise une restructuration de la vie en fonction dune
perte, dun deuil. Il ne faut pas sempêcher de pleurer,
de dire son mal, de se faire prendre dans les bras. »Chaque chose
en son temps. À condition toutefois de prendre conscience de ses
blocages. « Cet apprentissage est dautant plus efficace
quil commence dès le plus jeune âge », estime Simonne Mortera.
« Lélimination émotionnelle est aussi importante que lélimination
physique, souligne de son côté Béatrice Bellisa. Léducation
devrait nous apprendre à gérer les émotions sans les fuir, comme
nous apprenons à contrôler nos sphincters. Nous enseignons à lenfant
à ne pas uriner nimporte où mais nous ne lempêchons
pas duriner, car les conséquences seraient mortelles. Lenfant
naura aucun mal à prendre de bonnes habitudes. »
Émotions
made in USA !
Aux États-Unis,
une expérience originale de développement de lintelligence
émotionnelle est menée depuis plusieurs années par les instituteurs
et psychologues dune école de San Francisco : la Nueva Learning
Center.La méthode consiste à prendre en charge les tensions et
les traumatismes de la vie des enfants au jour le jour. Les maîtres
abordent des questions concrètes : le rejet, lenvie, les
disputes. Au début de chaque cours, pendant trente minutes, tous
les enfants sont réunis et libèrent leurs angoisses et leurs peurs
de la manière qui leur semble la plus adéquate : parler, crier,
courir. Conséquence, ils sont plus attentifs durant les leçons.
« On devrait faire ce travail tous les matins, enchaîne Olivier
Nunge, psychothérapeute et formateur en relation humaine. Car
lun des dangers dune mauvaise gestion des émotions
reste laccumulation. »Tous les milieux où évolue lenfant
sont concernés, dans le cercle familial comme à lécole.
« Cela commence en famille, souligne Béatrice Bellisa : Ne
fais pas trop de bruit, Reste tranquille, Les
garçons nont pas peur, Ils ne pleurent pas
Apprendre à écouter les émotions de ses enfants, leur donner la
possibilité de les exprimer selon leur caractère, pleurer quand
ils en ont besoin, crier, rire, se défouler est essentiel pour
leur développement psychologique. Le risque est daccumuler
tous ces refoulements qui sexprimeront de toute façon, dune
manière ou dune autre. On retrouve cette même attitude au
niveau de lécole. Si les pédagogues sont ouverts, sensibles
et attentifs, ils généreront la confiance en laissant les émotions
sexprimer. Sils sont obtus, insouciants ou doctrinaires,
ils provoqueront des blocages.
Gérer
pour que ça ne dégénère pas !
Que faire
donc pour approcher une gestion optimale de ses émotions ? Pour
Béatrice Bellisa, cela passe par quelques exercices simples. «
Dans un premier temps, il faut donner la préférence aux gestes
sur la parole. Les mots sont généralement un support insuffisant
à lexpression des émotions et 90 % des messages affectifs
passent par une expression physique. Il faut également accepter
ses propres mouvements internes, ses peurs, ses peines. Avec les
enfants, on essaye souvent de rationaliser la peur, or la peur
ne se rationalise pas. La vraie question à poser à lenfant,
quand il a peur, nest pas Pourquoi as-tu peur ? »,
mais Que puis-je faire pour que tu te sentes rassuré ?.
Il vous donnera le plus souvent la réponse : lire une histoire,
laisser une lumière allumée, laisser la porte entrouverte
Enfin, il faut encourager la pratique des matières artistiques.
Chacun peut renouer le contact avec ses sensations en sadonnant
au théâtre, à la peinture, à la musique. Le chant est une excellente
thérapie ; il allie une dépense physique, libératrice des tensions,
à lexpression dune sensibilité, dun ressenti.
»
Obtenir
réparation
Une fois à
lâge adulte, les réflexes sont souvent bien ancrés et le
travail est plus difficile. Mais « on peut faire évoluer sa gestion
émotionnelle à nimporte quel âge », affirme Olivier Nunge.
Il parle dexpérience. Son travail consiste à organiser des
séminaires dentreprises où pendant une semaine, sous forme
dexercices, il apprend aux stagiaires à se libérer intelligemment
de leurs émotions. « Pour la colère, par exemple, je leur demande
de choisir une colère quils vivent actuellement. Puis de
décrire la situation : une promesse non tenue, une limitation
de liberté, une intrusion dans son territoire. Je leur suggère
de décrire ce qui se passe au niveau physique. Ensuite je leur
demande de prendre conscience de leur imaginaire à propos de cette
peur, et dexpliquer ce quil attendent de la situation.
Ils doivent expliquer ce quils vont faire pour obtenir un
changement, pour essayer de modifier un comportement gênant. Obtenir
réparation. Redéfinir les territoires respectifs. Pour conclure,
je leur suggère de mexpliquer la manière quils ont
choisie pour exprimer cette colère, et quand ? Puis ils le font.
Ces exercices se pratiquent de la même manière avec toutes les
formes démotions et offrent de bons résultats si la personne
poursuit ce travail chez elle tous les jours. » La difficulté
dans la gestion des émotions est aussi daccepter de les
vivre ! « Une personne triste qui refuse sa tristesse, souligne
Simonne Mortera, contrarie son processus de deuil
et accumule sans le savoir des blessures non cicatrisées. » Or
leffet de laccumulation pousse parfois à des extrêmes.
Des réactions psychosomatiques du corps, voire certains cancers.
Dans certaines situations, cela peut aller jusquà une remise
en cause totale dun plan de vie (divorce, séparation) et
même jusquau suicide. Savoir gérer ses émotions, cest
retrouver une certaine confiance en soi, cest améliorer
sa faculté dadaptation, connaître ses limites, ses forces
et ses faiblesses. Cest aussi être capable de tirer les
leçons de son expérience et de prendre de recul.