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Juillet 1999

l’écoute de soi

orange3.gif (1014 octets)L'art de gérer ses émotions
bvert1.gif (123 octets) Emoi,émoi,émoi
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Gérer ses émotions :c’est d’abord les connaître et comprendre leur utilité. Un conseil de spécialiste : apprendre à les exprimer dès le plus jeune âge.

SE LIBÉRER DE SES ÉMOTIONS

Zaluzny/Fotogram-Stone Images

 

Le réveil sonne. Trop tôt ! Un petit noir ?… La cafetière est en panne. Restons zen, il fait beau. Sur le chemin de l’école, au milieu des cris des enfants, la vie reprend son cours. Quand un chauffard vous coupe la route. Vous freinez à temps… Arrivée au bureau, surprise. Quelqu’un est assis dans votre fauteuil… Tous les jours, des centaines d’émotions, plus ou moins violentes, plus ou moins déstabilisantes nous accompagnent. On voudrait les dominer, elles nous surprennent toujours. « Dans notre société occidentale, nous sommes spécialement inhibés dans l’expression de nos émotions, explique Béatrice Bellisa (Béatrice Bellisa est autrice de Intelligence émotionnelle et Bonheur d’apprendre, éd. Marabout..) Car ce n’est pas socialement correct. Cela tient d’une part à notre éducation et à notre culture qui poussent à leur non-expression et d’autre part au fait que nous ne pouvons pas faire le tri dans nos émotions. Nous les connaissons mal et surtout nous ne savons pas interpréter leur message.»Les émotions informent sur une situation donnée. « La colère, par exemple, signale un problème et permet de changer ce qui ne nous convient pas, souligne Simonne Mortera, psychothérapeute et auteur de Gérer ses émotions (Gérer ses émotions, Olivier Nunge et Simonne Mortera, éd. Jouvence..) Il est important de l’exprimer par la voix, le cri, la décharge d’énergie. Toutefois sans tomber dans l’anarchie. Plusieurs conditions sont à respecter : ne pas se faire mal, ne pas faire mal à l’autre et ne pas casser d’objets. Même remarque au niveau de la tristesse : elle favorise une restructuration de la vie en fonction d’une perte, d’un deuil. Il ne faut pas s’empêcher de pleurer, de dire son mal, de se faire prendre dans les bras. »Chaque chose en son temps. À condition toutefois de prendre conscience de ses blocages. « Cet apprentissage est d’autant plus efficace qu’il commence dès le plus jeune âge », estime Simonne Mortera. « L’élimination émotionnelle est aussi importante que l’élimination physique, souligne de son côté Béatrice Bellisa. L’éducation devrait nous apprendre à gérer les émotions sans les fuir, comme nous apprenons à contrôler nos sphincters. Nous enseignons à l’enfant à ne pas uriner n’importe où mais nous ne l’empêchons pas d’uriner, car les conséquences seraient mortelles. L’enfant n’aura aucun mal à prendre de bonnes habitudes. »

Émotions made in USA !

Aux États-Unis, une expérience originale de développement de l’intelligence émotionnelle est menée depuis plusieurs années par les instituteurs et psychologues d’une école de San Francisco : la Nueva Learning Center.La méthode consiste à prendre en charge les tensions et les traumatismes de la vie des enfants au jour le jour. Les maîtres abordent des questions concrètes : le rejet, l’envie, les disputes. Au début de chaque cours, pendant trente minutes, tous les enfants sont réunis et libèrent leurs angoisses et leurs peurs de la manière qui leur semble la plus adéquate : parler, crier, courir. Conséquence, ils sont plus attentifs durant les leçons. « On devrait faire ce travail tous les matins, enchaîne Olivier Nunge, psychothérapeute et formateur en relation humaine. Car l’un des dangers d’une mauvaise gestion des émotions reste l’accumulation. »Tous les milieux où évolue l’enfant sont concernés, dans le cercle familial comme à l’école. « Cela commence en famille, souligne Béatrice Bellisa : “Ne fais pas trop de bruit”, “Reste tranquille”, “Les garçons n’ont pas peur”, “Ils ne pleurent pas”… Apprendre à écouter les émotions de ses enfants, leur donner la possibilité de les exprimer selon leur caractère, pleurer quand ils en ont besoin, crier, rire, se défouler est essentiel pour leur développement psychologique. Le risque est d’accumuler tous ces refoulements qui s’exprimeront de toute façon, d’une manière ou d’une autre. On retrouve cette même attitude au niveau de l’école. Si les pédagogues sont ouverts, sensibles et attentifs, ils généreront la confiance en laissant les émotions s’exprimer. S’ils sont obtus, insouciants ou doctrinaires, ils provoqueront des blocages.

Gérer pour… que ça ne dégénère pas !

Que faire donc pour approcher une gestion optimale de ses émotions ? Pour Béatrice Bellisa, cela passe par quelques exercices simples. « Dans un premier temps, il faut donner la préférence aux gestes sur la parole. Les mots sont généralement un support insuffisant à l’expression des émotions et 90 % des messages affectifs passent par une expression physique. Il faut également accepter ses propres mouvements internes, ses peurs, ses peines. Avec les enfants, on essaye souvent de rationaliser la peur, or la peur ne se rationalise pas. La vraie question à poser à l’enfant, quand il a peur, n’est pas “Pourquoi as-tu peur ? », mais “Que puis-je faire pour que tu te sentes rassuré ?”. Il vous donnera le plus souvent la réponse : lire une histoire, laisser une lumière allumée, laisser la porte entrouverte… Enfin, il faut encourager la pratique des matières artistiques. Chacun peut renouer le contact avec ses sensations en s’adonnant au théâtre, à la peinture, à la musique. Le chant est une excellente thérapie ; il allie une dépense physique, libératrice des tensions, à l’expression d’une sensibilité, d’un ressenti. »

Obtenir réparation

Une fois à l’âge adulte, les réflexes sont souvent bien ancrés et le travail est plus difficile. Mais « on peut faire évoluer sa gestion émotionnelle à n’importe quel âge », affirme Olivier Nunge. Il parle d’expérience. Son travail consiste à organiser des séminaires d’entreprises où pendant une semaine, sous forme d’exercices, il apprend aux stagiaires à se libérer intelligemment de leurs émotions. « Pour la colère, par exemple, je leur demande de choisir une colère qu’ils vivent actuellement. Puis de décrire la situation : une promesse non tenue, une limitation de liberté, une intrusion dans son territoire. Je leur suggère de décrire ce qui se passe au niveau physique. Ensuite je leur demande de prendre conscience de leur imaginaire à propos de cette peur, et d’expliquer ce qu’il attendent de la situation. Ils doivent expliquer ce qu’ils vont faire pour obtenir un changement, pour essayer de modifier un comportement gênant. Obtenir réparation. Redéfinir les territoires respectifs. Pour conclure, je leur suggère de m’expliquer la manière qu’ils ont choisie pour exprimer cette colère, et quand ? Puis ils le font. Ces exercices se pratiquent de la même manière avec toutes les formes d’émotions et offrent de bons résultats si la personne poursuit ce travail chez elle tous les jours. » La difficulté dans la gestion des émotions est aussi d’accepter de les vivre ! « Une personne triste qui refuse sa tristesse, souligne Simonne Mortera, contrarie son “processus de deuil” et accumule sans le savoir des blessures non cicatrisées. » Or l’effet de l’accumulation pousse parfois à des extrêmes. Des réactions psychosomatiques du corps, voire certains cancers. Dans certaines situations, cela peut aller jusqu’à une remise en cause totale d’un plan de vie (divorce, séparation) et même jusqu’au suicide. Savoir gérer ses émotions, c’est retrouver une certaine confiance en soi, c’est améliorer sa faculté d’adaptation, connaître ses limites, ses forces et ses faiblesses. C’est aussi être capable de tirer les leçons de son expérience et de prendre de recul.

Jean-Christophe Maillard impatient@medecines-douces.com

 

 

 

 

 

 

 

 
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