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Septembre 1999

les polluants se multiplient

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Difficile de cerner le nombre de polluants, leur action directe sur la santé et leur interaction. La vigilance s’impose.
Alternative Santé L'Impatient 259 Septembre 1999

 

Pour assurer à chacun une eau de consommation potable, il a fallu mettre au point des dispositifs complexes. Si les premiers égouts sont apparus il y a plusieurs milliers d’années (à Rome, Jérusalem, en Inde), ils se contentaient de collecter les eaux usées et de les rejeter dans les rivières qui faisaient office de chasses d’eau. Et ces eaux sales étaient régulièrement responsables d’épidémies qui décimaient les populations. À Paris, les égouts furent créés dans la seconde moitié du XIXe siècle. En 1960, seuls 12 % des Français étaient reliés à des « tout-à-l’égout » (nom évocateur !).

La loi de 1964, créant six agences de l’eau par bassin, a lancé la notion de respect et d’aménagement des ressources en eau. La France possède maintenant 180 000 kilomètres de canalisations (6 000 réseaux) raccordant à l’égout 88 % de la population.Notre eau provient de 31 000 captages souterrains assurant 63 % de l’eau distribuée et de 1 300 pompages d’eaux superficielles pour 37 %. La loi fait obligation de protéger les captages par des périmètres de protection.Cette eau que nous consommons suit un cycle : du captage au robinet, pour l’eau potable, puis retour des eaux usées à la nature après passage en station d’épuration dans la plupart des cas. Au cours de ce cycle, un certain nombre de produits et de matières indésirables doivent être éliminés.

Le traitement de l’eau comporte deux traitements de base. Un traitement physique de filtration et de décantation pour éliminer les particules. Puis une désinfection à l’ozone ou au chlore, qui a pour but d’éliminer les agents pathogènes accidentels. Ces traitements sont plus ou moins poussés, selon la qualité de l’eau : ils sont suffisants pour 75 % des eaux distribuées. D’autres traitements peuvent les compléter.

Les principales pollutions

Le principal risque sanitaire lié à l’eau distribuée reste, même dans nos pays développés, le risque biologique (bactéries, virus, parasites). Pour être sûr de déceler la présence de germes pathogènes, on commence par rechercher (lors des contrôles) des germes ordinaires (non pathogènes), présents normalement dans le système digestif de l’homme comme dans celui des animaux domestiques. Si ces germes ordinaires sont présents dans l’eau, il y a risque d’y trouver aussi des germes pathogènes : l’eau est déclarée non conforme et des analyses plus poussées sont faites pour le vérifier. Dans la plupart des cas, les nourrissons et les personnes âgées constituent les populations les plus sensibles, et donc les plus menacées par ces pollutions. Sans entraîner de grandes épidémies, le problème est réel et peut se produire à tous les stades entre captage et robinet; il se traduit par des poussées de gastro-entérites qui touchent des zones concernées plus ou moins importantes. Cela peut même toucher les habitants d’un seul logement si on néglige certaines précautions comme de faire couler l’eau au retour des vacances ou si l’on boit l’eau d’une carafe restée longtemps à température ambiante, par exemple.

Les pollutions agricoles

La seconde pollution est due aux nitrates. Elle s’est installée lentement, multipliée par 5 en l’espace de quinze ans (de 1975 à 1990). Les nitrates mettent des années à atteindre les nappes phréatiques, et leur disparition demandera des années. Transformés en nitrites, les nitrates sont dangereux : en se combinant avec l’hémoglobine, ils peuvent provoquer des troubles graves en particulier chez les enfants ; en se combinant avec les amines, ils formeront des nitrosamines, molécules reconnues cancérigènes. Lorsque la concentration des nitrates dans l’eau puisée se révèle excessive, on essaie généralement de la faire baisser en procédant à des mélanges d’eaux d’origines différentes.La pollution par les pesticides (pesticides, désherbants, et fongicides) lui est associée ; on dénombre plus de 900 molécules, souvent difficiles à doser (interview), et il y en a même qu’on ne sait pas mesurer. En septembre 1997, lors d’une enquête de Que Choisir, 118 échantillons d’eau sur 151 contenaient des pesticides, avec dans 34 cas un dépassement des normes. Alors qu’une analyse de nitrate ne coûte que quelques dizaines de francs, une recherche de pesticides se chiffre en milliers de francs.La toxicité aiguë des pesticides est bien connue : en 1996, le centre antipoison d’Angers a traité 1 280 dossiers. Cependant, on sait peu de choses sur les effets à long terme de doses infimes mais continues que nous absorbons dans nos aliments et nos boissons. Sans compter les effets combinés, certaines molécules individuellement inactives s’étant montrées actives (en laboratoire) lorsqu’elles se retrouvent associées. L’extrême diversité des molécules en circulation, souvent mal connues, les fait suspecter dans de nombreuses pathologies, en particulier plusieurs cancers, des perturbations hormonales, etc.Ces pollutions d’origine agricole sont très inquiétantes. En effet, si des dispositifs de filtration ou d’épuration peuvent limiter énormément les pollutions industrielles ou domestiques (concentrées dans l’espace), les pollutions d’origine agricole sont diffuses : seuls des changements de pratiques culturales peuvent faire espérer leur réduction. Les grandes sociétés d’eau minérales l’ont bien compris : propriétaire de la marque Vittel, Nestlé subventionne largement – jusqu’à 6 500 F par hectare et par an – la zone qui alimente les sources pour que les producteurs s’engagent sur un mode de production non polluant.Si l’agriculture est de loin la principale « pourvoyeuse » de nitrates et de pesticides, les collectivités locales et la SNCF ne sont pas en reste, ni les jardiniers amateurs qui ont souvent la main lourde en matière de traitements (pesticides, désherbants).

Les polluants de la dépollution

D’autres substances menacent l’eau potable. Parmi elles, un certain nombre sont introduites… lors des traitements de l’eau.C’est le cas du chlore, principal désinfectant, non obligatoire mais utilisé selon le principe de précaution pour éviter toute contamination, en particulier dans les canalisations. Le reproche qui lui est fait concerne d’abord l’odeur et le goût qu’il donne à l’eau, le chlore peut aussi réagir avec d’autres molécules pour former des halométhanes (dont le chloroforme) : des études faites aux États-Unis, pays où le chlore est utilisé à fortes doses, ont constaté une corrélation entre leur concentration dans l’eau de boisson et seize formes de cancers.L’ozone, autre désinfectant utilisé, a des effets moins désagréables en matière de goût et d’odeur, mais il réagit avec les bromures pour former des bromates, dont on a décelé le caractère cancérigène.Les techniques d’ultrafiltration (nanofiltration) ou d’osmose inverse sont testées et constitueront peut-être une alternative dans un proche avenir, mais leur coût sera certainement beaucoup plus élevé que celui des traitements au chlore ou à l’ozone.L’aluminium est présent du fait de l’utilisation de sulfates d’aluminium pour agglutiner les particules en suspension dans les eaux troubles. Il a été mis en cause à propos de la maladie d’Alzheimer, sans confirmation pour le moment. La dose maximale a été fixée par l’OMS à 200 mµ/l.Certains polluants sont liés à l’état des installations. C’est le cas du plomb, souvent préoccupant dans le cas de vieilles tuyauteries raccordant les installations domestiques au réseau (voir page 29).La présence de fer peut être due à l’état des réseaux (rouille dans les canalisations) ou à des eaux ferrugineuses.Autre cause géologique, il existe en France des zones où l’eau est très fluorée en raison des couches rocheuses traversées : il faut y éviter les supplémentations en fluor.Les eaux calcaires ont mauvaise réputation alors qu’elles ne présentent aucun danger pour la santé et qu’elles peuvent même être bénéfiques en apportant à l’organisme des sels de magnésium et de calcium… ce dont on se prive en utilisant une eau trop « adoucie » ; le seul vrai problème que génère le calcaire est l’entartrage des circuits d’eau chaude (le tartre se forme à partir de 60° C).La liste des produits susceptibles de se retrouver dans l’eau est très longue : elle peut comprendre la plupart des substances et molécules existant, à l’état naturel ou obtenues par synthèse. Pour beaucoup d’entre elles, on est incapable de savoir si elles ont des effets négatifs, d’autant que leurs interactions sont souvent inconnues. Avec des activités humaines toujours plus variées et des industries chimiques et biochimiques toujours plus « inventives », on voit à quel point la question de l’eau est complexe. On ne peut en cerner qu’une partie, même si les réglementations française et européenne sont les plus strictes au monde.

Jérôme Goust impatient@medecines-douces.com

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