Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Difficile
de cerner le nombre de polluants, leur action directe sur la santé
et leur interaction. La vigilance simpose.
Pour
assurer à chacun une eau de consommation potable, il a fallu mettre
au point des dispositifs complexes. Si les premiers égouts sont
apparus il y a plusieurs milliers dannées (à Rome, Jérusalem,
en Inde), ils se contentaient de collecter les eaux usées et de
les rejeter dans les rivières qui faisaient office de chasses
deau. Et ces eaux sales étaient régulièrement responsables
dépidémies qui décimaient les populations. À Paris, les
égouts furent créés dans la seconde moitié du XIXe siècle. En
1960, seuls 12 % des Français étaient reliés à des « tout-à-légout
» (nom évocateur !).
La loi de
1964, créant six agences de leau par bassin, a lancé la
notion de respect et daménagement des ressources en eau.
La France possède maintenant 180 000 kilomètres de canalisations
(6 000 réseaux) raccordant à légout 88 % de la population.Notre
eau provient de 31 000 captages souterrains assurant 63 % de leau
distribuée et de 1 300 pompages deaux superficielles pour
37 %. La loi fait obligation de protéger les captages par des
périmètres de protection.Cette eau que nous consommons suit un
cycle : du captage au robinet, pour leau potable, puis retour
des eaux usées à la nature après passage en station dépuration
dans la plupart des cas. Au cours de ce cycle, un certain nombre
de produits et de matières indésirables doivent être éliminés.
Le traitement
de leau comporte deux traitements de base. Un traitement
physique de filtration et de décantation pour éliminer les particules.
Puis une désinfection à lozone ou au chlore, qui a pour
but déliminer les agents pathogènes accidentels. Ces traitements
sont plus ou moins poussés, selon la qualité de leau : ils
sont suffisants pour 75 % des eaux distribuées. Dautres
traitements peuvent les compléter.
Les
principales pollutions
Le principal
risque sanitaire lié à leau distribuée reste, même dans
nos pays développés, le risque biologique (bactéries, virus, parasites).
Pour être sûr de déceler la présence de germes pathogènes, on
commence par rechercher (lors des contrôles) des germes ordinaires
(non pathogènes), présents normalement dans le système digestif
de lhomme comme dans celui des animaux domestiques. Si ces
germes ordinaires sont présents dans leau, il y a risque
dy trouver aussi des germes pathogènes : leau est
déclarée non conforme et des analyses plus poussées sont faites
pour le vérifier. Dans la plupart des cas, les nourrissons et
les personnes âgées constituent les populations les plus sensibles,
et donc les plus menacées par ces pollutions. Sans entraîner de
grandes épidémies, le problème est réel et peut se produire à
tous les stades entre captage et robinet; il se traduit par des
poussées de gastro-entérites qui touchent des zones concernées
plus ou moins importantes. Cela peut même toucher les habitants
dun seul logement si on néglige certaines précautions comme
de faire couler leau au retour des vacances ou si lon
boit leau dune carafe restée longtemps à température
ambiante, par exemple.
Les
pollutions agricoles
La seconde
pollution est due aux nitrates. Elle sest installée lentement,
multipliée par 5 en lespace de quinze ans (de 1975 à 1990).
Les nitrates mettent des années à atteindre les nappes phréatiques,
et leur disparition demandera des années. Transformés en nitrites,
les nitrates sont dangereux : en se combinant avec lhémoglobine,
ils peuvent provoquer des troubles graves en particulier chez
les enfants ; en se combinant avec les amines, ils formeront des
nitrosamines, molécules reconnues cancérigènes. Lorsque la concentration
des nitrates dans leau puisée se révèle excessive, on essaie
généralement de la faire baisser en procédant à des mélanges deaux
dorigines différentes.La pollution par les pesticides (pesticides,
désherbants, et fongicides) lui est associée ; on dénombre plus
de 900 molécules, souvent difficiles à doser (interview),
et il y en a même quon ne sait pas mesurer. En septembre
1997, lors dune enquête de Que Choisir, 118 échantillons
deau sur 151 contenaient des pesticides, avec dans 34 cas
un dépassement des normes. Alors quune analyse de nitrate
ne coûte que quelques dizaines de francs, une recherche de pesticides
se chiffre en milliers de francs.La toxicité aiguë des pesticides
est bien connue : en 1996, le centre antipoison dAngers
a traité 1 280 dossiers. Cependant, on sait peu de choses sur
les effets à long terme de doses infimes mais continues que nous
absorbons dans nos aliments et nos boissons. Sans compter les
effets combinés, certaines molécules individuellement inactives
sétant montrées actives (en laboratoire) lorsquelles
se retrouvent associées. Lextrême diversité des molécules
en circulation, souvent mal connues, les fait suspecter dans de
nombreuses pathologies, en particulier plusieurs cancers, des
perturbations hormonales, etc.Ces pollutions dorigine agricole
sont très inquiétantes. En effet, si des dispositifs de filtration
ou dépuration peuvent limiter énormément les pollutions
industrielles ou domestiques (concentrées dans lespace),
les pollutions dorigine agricole sont diffuses : seuls des
changements de pratiques culturales peuvent faire espérer leur
réduction. Les grandes sociétés deau minérales lont
bien compris : propriétaire de la marque Vittel, Nestlé subventionne
largement jusquà 6 500 F par hectare et par an
la zone qui alimente les sources pour que les producteurs sengagent
sur un mode de production non polluant.Si lagriculture est
de loin la principale « pourvoyeuse » de nitrates et de pesticides,
les collectivités locales et la SNCF ne sont pas en reste, ni
les jardiniers amateurs qui ont souvent la main lourde en matière
de traitements (pesticides, désherbants).
Les
polluants de la dépollution
Dautres
substances menacent leau potable. Parmi elles, un certain
nombre sont introduites lors des traitements de leau.Cest
le cas du chlore, principal désinfectant, non obligatoire mais
utilisé selon le principe de précaution pour éviter toute contamination,
en particulier dans les canalisations. Le reproche qui lui est
fait concerne dabord lodeur et le goût quil
donne à leau, le chlore peut aussi réagir avec dautres
molécules pour former des halométhanes (dont le chloroforme) :
des études faites aux États-Unis, pays où le chlore est utilisé
à fortes doses, ont constaté une corrélation entre leur concentration
dans leau de boisson et seize formes de cancers.Lozone,
autre désinfectant utilisé, a des effets moins désagréables en
matière de goût et dodeur, mais il réagit avec les bromures
pour former des bromates, dont on a décelé le caractère cancérigène.Les
techniques dultrafiltration (nanofiltration) ou dosmose
inverse sont testées et constitueront peut-être une alternative
dans un proche avenir, mais leur coût sera certainement beaucoup
plus élevé que celui des traitements au chlore ou à lozone.Laluminium
est présent du fait de lutilisation de sulfates daluminium
pour agglutiner les particules en suspension dans les eaux troubles.
Il a été mis en cause à propos de la maladie dAlzheimer,
sans confirmation pour le moment. La dose maximale a été fixée
par lOMS à 200 mµ/l.Certains polluants sont liés à létat
des installations. Cest le cas du plomb, souvent préoccupant
dans le cas de vieilles tuyauteries raccordant les installations
domestiques au réseau (voir page 29).La présence de fer peut être
due à létat des réseaux (rouille dans les canalisations)
ou à des eaux ferrugineuses.Autre cause géologique, il existe
en France des zones où leau est très fluorée en raison des
couches rocheuses traversées : il faut y éviter les supplémentations
en fluor.Les eaux calcaires ont mauvaise réputation alors quelles
ne présentent aucun danger pour la santé et quelles peuvent
même être bénéfiques en apportant à lorganisme des sels
de magnésium et de calcium ce dont on se prive en utilisant
une eau trop « adoucie » ; le seul vrai problème que génère le
calcaire est lentartrage des circuits deau chaude
(le tartre se forme à partir de 60° C).La liste des produits susceptibles
de se retrouver dans leau est très longue : elle peut
comprendre la plupart des substances et molécules existant, à
létat naturel ou obtenues par synthèse. Pour beaucoup dentre
elles, on est incapable de savoir si elles ont des effets négatifs,
dautant que leurs interactions sont souvent inconnues. Avec
des activités humaines toujours plus variées et des industries
chimiques et biochimiques toujours plus « inventives », on voit
à quel point la question de leau est complexe. On ne peut
en cerner quune partie, même si les réglementations française
et européenne sont les plus strictes au monde.