Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Voir
leau jaillir chez soi à volonté : qui sémerveille
encore de cette prouesse technique ? Livrer leau potable
à domicile est pourtant une opération complexe. Du pompage au
robinet, lexemple dAlbi et du Tarn.
Albi
sabreuve à la rivière qui la traverse, le Tarn : plus de
5 millions de mètres cubes deau potable par an, pour un
peu moins de 50 000 habitants. « Nous navons pas de problème
au niveau de la ressource : pas de plomb, pas de nitrates, pas
de pesticides », constate avec bonheur Martine Estivals, responsable
du service municipal « Eaux et assainissement ». Cet ingénieur
du génie sanitaire supervise une équipe de 33 personnes. Tous
fonctionnaires, comme elle, car la ville a choisi de garder sa
production deau en régie municipale.À 3 kilomètres en amont
dAlbi, le chemin des Fontaines mène à trois plots en béton
sur les bords caillouteux de la rivière. Ils abritent des puits
forés en 1886, profonds de 8 à 10 mètres, qui produisent une eau
filtrée naturellement (70 % de lalimentation de la ville).
Un simple traitement de désinfection au bioxyde de chlore et leau
peut être livrée. Deux autres sites alimentent la ville : des
puits filtrants (Filtrage naturel par les graviers du sous-sol.)
mis en service en 1984 et un pompage direct dans la rivière, surtout
utilisé lété. Ces eaux-là doivent subir un traitement avant
dêtre distribuées.
La
coupure, cest le cauchemar
La ville dispose
donc de trois sites « pour jouer sur différentes sources en cas
de problème pollution, fuite, rupture de canalisation
qui peuvent, dans des cas extrêmes, provoquer la coupure du réseau
», explique Martine Estivals.Les eaux qui le nécessitent subissent
un traitement physicochimique : préchloration au bioxyde de chlore,
coagulation au sulfate dalumine, floculation, décantation,
filtration à travers le sable et chloration finale. « On traite
toujours avec le moins de produits possible, précise Martine Estivals,
parce que plus une eau subit de traitements, plus elle est plate
et sans personnalité. Et les produits coûtent cher. »
Le
« sans plomb » dans quinze ans ?
La ville est
quadrillée par 265 kilomètres de canalisations, en fonte pour
lessentiel, un matériau qui ne fait pas lobjet de
soupçons sanitaires. Pour les branchements qui relient les particuliers
au réseau principal, ceux qui ont plus de dix ans sont en plomb
(interdit depuis 1995).La ville a quinze ans pour appliquer la
nouvelle directive européenne : « Si on voulait supprimer en même
temps tout le plomb, il faudrait éventrer la ville entière. Le
prix de leau flamberait », souligne Martine Estivals.Ici,
le mètre cube coûte en moyenne 12,58 F (abonnement et taxes comprises),
soit une facture denviron 1 500 F par an pour deux personnes.
Le prix varie de 5 à 38 F le mètre cube selon les communes, un
tarif plutôt raisonnable qui tient compte de tous les coûts, car
les communes ont obligation déquilibrer leur budget eaux-assainissement.
Ceci pour faire barrage aux abus, après les marchés truqués et
autres pollutions politiques qui, ici ou là, ont entaché la gestion
de leau ! Un rapport annuel détaille le budget de leau.
Il est public, comme dans toutes les communes de France, mais
rarement demandé.
Nitrates
: pas tous égaux
Une grande
carte du Tarn, parsemée de punaises de couleur. Les punaises indiquent
les captages : 447 pour le département. Autant de repères pour
Jean-Marc Nesen, ingénieur du génie sanitaire, responsable à la
DDASS du Tarn de leau distribuée à 325 000 personnes. Pour
la seule ville dAlbi, cela représente 173 analyses en 1998,
dont seulement deux bactériologiques classées « non conformes
». Sans doute un prélèvement avec des mains sales, car la pollution
na pas été retrouvée dans les analyses de confirmation.Ce
nest pas Albi qui donne des soucis à Jean-Marc Nesen. Les
moins bons résultats, surtout des problèmes bactériologiques,
sont concentrés à lest du département, dans la zone la plus
montagneuse et sauvage. Un résultat qui ne létonne pas :
« En zone de montagne, on trouve de nombreux captages. Leau
est abondante mais les sources souvent mal protégées. » Les nitrates
et le fluor sont aussi sous surveillance. Pour les nitrates, selon
lendroit où ils habitent, les abonnés du département ont
droit à une eau qui va de 2,6 mg/l à 35 mg/l. Cest une moyenne
et si aucune analyse na dépassé, en 1997, la norme de 50
mg/l, linfluence des pratiques agricoles se répercute facilement.
La qualité de leau distribuée en est victime.
Biberons
à leau du robinet
En bordure
de rocade, un bâtiment ultra-moderne dacier et de verre
abrite, depuis deux ans, le laboratoire départemental dhygiène,
agréé par les ministères de la Santé, de lAgriculture et
de lEnvironnement. Ici, on soccupe de santé animale,
dagro-alimentaire et deau. Anne-Marie Cousinié,
chef du service Hydrologie Environnement, Bactériologie Chimie,
reçoit plus de 5 000 flacons deau par an. Odeur, saveur,
pH (potentiel hydrogène, voir page 30), balance ionique, cyanure,
chrome, mercure, arsenic, pesticides , Rien de ce qui est
désagréable ou toxique ne lui est étranger. Peut-elle tout détecter
dans les eaux de consommation humaine ? « Il faut déjà que je
sache ce que je dois chercher. Il me faut une ordonnance,
comme pour une analyse de sang. » La plupart des analyses sont
simples. Mais lindustrie chimique fait preuve dune
telle inventivité que les laboratoires narrivent pas toujours
à suivre et que certains pesticides sont difficiles à détecter.
Anne-Marie Cousinié approuve
les nouvelles exigences européennes : « On va devoir chercher
un éventail plus grand de pesticides, avec plus de précision.
Et aussi les bromates, qui sont dangereux pour le foie. » Un dosage
de nitrates coûte 30 F, une analyse complète deau brute
9 000 F.Après toutes ces manipulations, a-t-elle encore confiance
dans leau du robinet ? « Je ne bois que ça », dit-elle,
tout comme Martine Estivals. Et Jean-Marc Nesen confie : « Les
biberons de mes trois enfants ont toujours été préparés à leau
du robinet. Ça étonne mes amis, mais moi je sais que je peux avoir
confiance. »