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Septembre 1999

eau potable : retour aux sources

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Eau
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Voir l’eau jaillir chez soi à volonté : qui s’émerveille encore de cette prouesse technique ? Livrer l’eau potable à domicile est pourtant une opération complexe. Du pompage au robinet, l’exemple d’Albi et du Tarn.

 

Alternative Santé L'Impatient 259 Septembre 1999
Albi s’abreuve à la rivière qui la traverse, le Tarn : plus de 5 millions de mètres cubes d’eau potable par an, pour un peu moins de 50 000 habitants. « Nous n’avons pas de problème au niveau de la ressource : pas de plomb, pas de nitrates, pas de pesticides », constate avec bonheur Martine Estivals, responsable du service municipal « Eaux et assainissement ». Cet ingénieur du génie sanitaire supervise une équipe de 33 personnes. Tous fonctionnaires, comme elle, car la ville a choisi de garder sa production d’eau en régie municipale.À 3 kilomètres en amont d’Albi, le chemin des Fontaines mène à trois plots en béton sur les bords caillouteux de la rivière. Ils abritent des puits forés en 1886, profonds de 8 à 10 mètres, qui produisent une eau filtrée naturellement (70 % de l’alimentation de la ville). Un simple traitement de désinfection au bioxyde de chlore et l’eau peut être livrée. Deux autres sites alimentent la ville : des puits filtrants (Filtrage naturel par les graviers du sous-sol.) mis en service en 1984 et un pompage direct dans la rivière, surtout utilisé l’été. Ces eaux-là doivent subir un traitement avant d’être distribuées.

Alternative Santé L'Impatient 259 Septembre 1999La coupure, c’est le cauchemar

La ville dispose donc de trois sites « pour jouer sur différentes sources en cas de problème – pollution, fuite, rupture de canalisation – qui peuvent, dans des cas extrêmes, provoquer la coupure du réseau », explique Martine Estivals.Les eaux qui le nécessitent subissent un traitement physicochimique : préchloration au bioxyde de chlore, coagulation au sulfate d’alumine, floculation, décantation, filtration à travers le sable et chloration finale. « On traite toujours avec le moins de produits possible, précise Martine Estivals, parce que plus une eau subit de traitements, plus elle est plate et sans personnalité. Et les produits coûtent cher. »

Le « sans plomb » dans quinze ans ?

La ville est quadrillée par 265 kilomètres de canalisations, en fonte pour l’essentiel, un matériau qui ne fait pas l’objet de soupçons sanitaires. Pour les branchements qui relient les particuliers au réseau principal, ceux qui ont plus de dix ans sont en plomb (interdit depuis 1995).La ville a quinze ans pour appliquer la nouvelle directive européenne : « Si on voulait supprimer en même temps tout le plomb, il faudrait éventrer la ville entière. Le prix de l’eau flamberait », souligne Martine Estivals.Ici, le mètre cube coûte en moyenne 12,58 F (abonnement et taxes comprises), soit une facture d’environ 1 500 F par an pour deux personnes. Le prix varie de 5 à 38 F le mètre cube selon les communes, un tarif plutôt raisonnable qui tient compte de tous les coûts, car les communes ont obligation d’équilibrer leur budget eaux-assainissement. Ceci pour faire barrage aux abus, après les marchés truqués et autres pollutions politiques qui, ici ou là, ont entaché la gestion de l’eau ! Un rapport annuel détaille le budget de l’eau. Il est public, comme dans toutes les communes de France, mais rarement demandé.

Nitrates : pas tous égauxAlternative Santé L'Impatient 259 Septembre 1999

Une grande carte du Tarn, parsemée de punaises de couleur. Les punaises indiquent les captages : 447 pour le département. Autant de repères pour Jean-Marc Nesen, ingénieur du génie sanitaire, responsable à la DDASS du Tarn de l’eau distribuée à 325 000 personnes. Pour la seule ville d’Albi, cela représente 173 analyses en 1998, dont seulement deux bactériologiques classées « non conformes ». Sans doute un prélèvement avec des mains sales, car la pollution n’a pas été retrouvée dans les analyses de confirmation.Ce n’est pas Albi qui donne des soucis à Jean-Marc Nesen. Les moins bons résultats, surtout des problèmes bactériologiques, sont concentrés à l’est du département, dans la zone la plus montagneuse et sauvage. Un résultat qui ne l’étonne pas : « En zone de montagne, on trouve de nombreux captages. L’eau est abondante mais les sources souvent mal protégées. » Les nitrates et le fluor sont aussi sous surveillance. Pour les nitrates, selon l’endroit où ils habitent, les abonnés du département ont droit à une eau qui va de 2,6 mg/l à 35 mg/l. C’est une moyenne et si aucune analyse n’a dépassé, en 1997, la norme de 50 mg/l, l’influence des pratiques agricoles se répercute facilement. La qualité de l’eau distribuée en est victime.

Biberons à l’eau du robinet

En bordure de rocade, un bâtiment ultra-moderne d’acier et de verre abrite, depuis deux ans, le laboratoire départemental d’hygiène, agréé par les ministères de la Santé, de l’Agriculture et de l’Environnement. Ici, on s’occupe de santé animale, d’agro-alimentaire et… d’eau. Anne-Marie Cousinié, chef du service Hydrologie Environnement, Bactériologie Chimie, reçoit plus de 5 000 flacons d’eau par an. Odeur, saveur, pH (potentiel hydrogène, voir page 30), balance ionique, cyanure, chrome, mercure, arsenic, pesticides…, Rien de ce qui est désagréable ou toxique ne lui est étranger. Peut-elle tout détecter dans les eaux de consommation humaine ? « Il faut déjà que je sache ce que je dois chercher. Il me faut une “ordonnance”, comme pour une analyse de sang. » La plupart des analyses sont simples. Mais l’industrie chimique fait preuve d’une telle inventivité que les laboratoires n’arrivent pas toujours à suivre et que certains pesticides sont difficiles à détecter. Anne-Marie Cousinié approuve les nouvelles exigences européennes : « On va devoir chercher un éventail plus grand de pesticides, avec plus de précision. Et aussi les bromates, qui sont dangereux pour le foie. » Un dosage de nitrates coûte 30 F, une analyse complète d’eau brute 9 000 F.Après toutes ces manipulations, a-t-elle encore confiance dans l’eau du robinet ? « Je ne bois que ça », dit-elle, tout comme Martine Estivals. Et Jean-Marc Nesen confie : « Les biberons de mes trois enfants ont toujours été préparés à l’eau du robinet. Ça étonne mes amis, mais moi je sais que je peux avoir confiance. »

Fabienne de Jenlis impatient@medecines-douces.com

 

 

 

 

 

 

 
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