Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Les
attaques contre les médecines alternatives se multiplient. Prétexte
: elles serviraient de paravents aux sectes. Lhoméopathie
et lanthroposophie sont visées. La pensée unique cherche
à imposer sa loi, en médecine comme ailleurs. Enquête.
Les
rumeurs concernant les effets secondaires du vaccin hépatite B
sont dorigine sectaire », déclare de manière péremptoire
le secrétaire dÉtat à la Santé, le 21 janvier 1998. Quelques
semaines plus tard, Bernard Kouchner fait machine arrière et suspend
les campagnes de vaccination dans les collèges. Mais lamalgame
facile auquel il a cédé fait florès. Ceux qui se soignent par
les médecines alternatives et ceux qui dénoncent la sous-estimation
des effets secondaires des vaccins sont de plus en plus souvent
accusés de faire le jeu des sectes, sinon dy adhérer. Selon
lOmnium des libertés, petite association dont les communiqués
sont souvent repris dans les bulletins des groupes santé et associations
de défense des médecines non conventionnelles, on assisterait
à une véritable « chasse aux sorcières » : « La ligne actuelle
de linquisition est tournée vers une répression dure des
médecines douces », dénonce lOmnium, qui met particulièrement
en cause les Adfi (Associations de défense de la famille et de
lindividu), associations départementales réunies au sein
dune Union nationale (Unadfi), qui luttent contre les sectes
depuis plus de quinze ans.
Des
menaces sur les associations de santé ?
Depuis 1996,
les associations de santé sont sur le qui-vive. À cette époque,
le rapport parlementaire Les Sectes en France publie une liste
de 172 mouvements sectaires, mettant en cause plusieurs associations
recommandant les médecines alternatives, dont le CDIC, Vie et
action et Vital harmony. Or ces trois associations nont
aucun rapport de près ou de loin avec les sectes, comme le confirmait
lUnadfi à notre demande (voir Alternative - Santé - LImpatient,
mars et mai 1996). Mais le mal était fait. Lamalgame sectes
et santé est désormais monnaie courante, notamment dans les médias.
Après la publication, à lautomne 1998, du livre Les Charlatans
de la santé, du Dr Jean-Marie Abgrall, puis celle du rapport Les
Sectes et largent, au début de lété 1999, les accusations
redoublent.
Sagit-il,
comme laffirme lOmnium, dune chasse aux sorcières
? À notre connaissance, une seule association se dit victime de
lUnadfi. LAdis (Association de défense et dinformation
sur la santé) aurait été obligée de quitter la Maison des associations
de Strasbourg où elle avait son siège. « Nous avions été montrés
du doigt parce que nous avions organisé une conférence sur le
chanelling (contact avec lau-delà - Ndlr). Nous
avons désormais du mal à trouver une salle, lorsque nous voulons
organiser des conférences », se plaint son président. Doù
provenaient ces accusations ? Dun sympathisant de lAdfi
? Mais celle-ci affirme ne plus avoir dantenne à Strasbourg
depuis trois ans ! Elisabeth, documentaliste à lUnadfi,
assure que son association ne sattaque pas aux médecines
alternatives : « Nous sommes plusieurs à utiliser nous-mêmes ces
médecines », même si elle veut mettre en garde contre les dérives.
Janine Tavernier, présidente de lUnadfi,
se déclare dailleurs choquée des accusations portées contre
lhoméopathie et lacupuncture.
LUnadfi
a rassemblé une documentation abondante sur plusieurs dizaines
dassociations soccupant de santé et de médecines alternatives.
Les dossiers que nous avons consultés ne contiennent en règle
générale que les statuts de ces associations et les documents
quelles éditent. « En dehors des sectes guérisseuses comme
IVI (Invitation à la vie intense) ou HUE (Energie universelle
et humaine), seuls deux groupes nous posent des problèmes : les
adeptes du Dr Hamer et ceux du Reiki. Dans le cas du Reiki, ce
sont plus les groupes formés autour de certains maîtres
que la technique en elle-même qui posent problème. Nous avons
aussi dénoncé les dérives sectaires dACC (Association au
cur de la communication) qui a disparu depuis la mort de
sa fondatrice », précise Elisabeth. Doù viennent alors les
accusations de lOmnium ? De contradictions graves de lUnadfi.
En effet, ce qui est dit ci-dessus de façon très nuancée ne figure
jamais dans Bulles, le bulletin trimestriel de lassociation.
On y trouve au contraire des propos fort critiques sur les médecines
non conventionnelles, (notamment dans les numéros 54, 55, 60).
Dans Bulles
numéro 61 (1er trimestre 1999), on peut lire : « Les tenants des
médecines nouvelles sen donnent à cur joie pour inventer
toutes sortes de traitements, ce qui ne serait pas dramatique
si de très nombreux, parmi eux, ne revendiquaient pas la capacité
de tout guérir, nutilisaient pas les traitements du mental
pour persuader leurs patients queffectivement ils guérissaient
tout, ou, pire, ne demandaient pas à leurs patients darrêter
tout traitement au profit de leurs seules médecines. Alors, ce
déferlement de guérisseurs de tout acabit devient peu à peu une
catastrophe pour la santé. » Or cette analyse péremptoire est
bien une position officielle de lassociation, puisquelle
provient du rapport moral adopté lors de sa dernière assemblée
générale. On est en pleine confusion.Comment expliquer les contradictions
entre Bulles et les propos de la présidente de lUnadfi ?
Il y a sans doute des divergences entre les responsables de lassociation,
comme me la laissé entendre lun dentre eux.
En outre, les associations départementales ne sont pas aussi prudentes
quau niveau national. Ayant récemment demandé de la documentation
sur la santé à une ADFI départementale, jai reçu, outre
les derniers numéros de Bulles, une photocopie couleur de la couverture
du livre Les Charlatans de la santé avec une mention manuscrite
men recommandant la lecture !
Autre
ambiguïté : lAdfi diffuse une liste de critères permettant
de « reconnaître une personne en danger : multiplication des réunions,
changements de régime alimentaire ou de comportement vestimentaire,
repli sur soi ou exaltation, etc. ». Beaucoup de monde pourrait
se retrouver dans des critères aussi simplistes, notamment des
adolescents en conflit avec leurs famille, des personnes en recherche
spirituelle, etc. À lAdfi, on admet quil sagit
dun document ancien et dépassé. Mais pourquoi est-il toujours
en circulation ?Par ailleurs, lOmnium a raison de tirer
la sonnette dalarme, mais échappe-t-il à la critique ? Ses
communiqués alambiqués, qui pratiquent eux aussi bien des amalgames,
augmentent la confusion. LAdfi reproche à lOmnium
et aux associations qui soutiennent les médecines non conventionnelles
de ne pas avoir de critères pour distinguer les charlatans des
praticiens sérieux. Cette critique nest pas sans fondement.
Deux exceptions notables toutefois : la Fédération nationale des
médecins de médecines naturelles et le Collectif national pour
la défense et lévaluation des médecines alternatives, qui
ont des critères très stricts pour ladmission de nouveaux
membres. Néanmoins, les ambiguïtés de lUnadfi font le jeu
des détracteurs des médecines non conventionnelles. À Alternative
Santé - LImpatient, nous avons jusquici fait confiance
à cette association, et certaines associations de santé ont travaillé
par le passé avec elle. Mais il est urgent quelle prenne
publiquement une position claire par rapport au pluralisme thérapeutique.
Dans le rapport Les Sectes et largent sont affirmées des
contre-vérités concernant lensemble des mouvements qui sinspirent
de lanthroposophie. Si les recommandations de ce rapport
étaient appliquées, ce sont progressivement toutes les médecines
alternatives, puis à terme tous ceux qui essaient dinventer
de nouveaux modes de vie dans léducation, lalimentation,
lécologie, la spiritualité, qui seraient menacés.
Union nationale
de défense de la famille et de lindividu, 10, rue du Père-Julien-Dhuit,
75010 Paris. Tél. : 01 47 97 96 08.
Omnium des
libertés, 40, rue de Paradis, 76350 Grand-Couronne. Tél. : 02
35 67 55 62.
Les Sectes
et largent (juin 1999) et Les Sectes en France (décembre
1995), rapports disponibles au kiosque de lAssemblée nationale,
4, rue Aristide-Briand, 75007 Paris.