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aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Après
la vache folle, le poulet à la dioxine. Nous ne saurons bientôt
plus quelle viande consommer !... A chaque fois, la crise trouve
son origine dans lutilisation des farines animales. Alors,
pourquoi ne pas les interdire purement et simplement ?
Lundi
31 mai 1999, les journaux font leurs gros titres du dernier
scandale alimentaire : environ 1 500 élevages de poulets belges
(le quart des élevages du pays) présentent un taux anormalement
élevé de dioxines. La substance est reconnue cancérigène par
le Centre international de recherche sur le cancer, elle est
susceptible de provoquer des troubles nerveux, hormonaux et
du système immunitaire. Or certains poulets contiennent jusquà
741 picogrammes de dioxines par gramme ! (soit 175 fois la
limite maximale fixée par lOMS). Lalerte est donnée.
Poulets, ufs et toutes préparations susceptibles de
contenir des ufs sont retirés de la vente. Lenquête
commence : la contamination date de janvier 1999 et elle sest
faite par des graisses animales qui contenaient de la dioxine.
Aujourdhui, on tempère ! On ne déplore à ce jour aucune
victime et, selon les ministères de la Santé et de la Consommation,
il aurait fallu consommer individuellement des dizaines de
milliers de poulets belges pour courir un risque. Ces propos
rassurants sappuient sur les chiffres publiés par lOrganisation
mondiale de la santé. Selon les pouvoirs publics, entre janvier
1999, date de la contamination, et mai 1999, date du retrait
des produits incriminés, le laps de temps aurait été trop
court pour faire courir un danger aux populations. Alors,
nous sommes-nous effrayés pour rien ? Hélas, non. Car la crise
du poulet belge a mis en pleine lumière le vrai danger : lincorporation
de substances à risque dans lalimentation des animaux
élevés industriellement. Les graisses et les farines animales
font partie du lot. Mais au juste, de quoi sont-elles
composées ?
Energétiques
et pas chères
Lexpression
volontairement neutre de « farines animales » recouvre de fait
une réalité peu ragoûtante, il sagit de déchets dabattoirs
ne servant pas aux tripiers pour lalimentation humaine.
Chez les porcs, les lapins et les volailles, tous les morceaux
sont ainsi recyclés : curs, viscères, poumons, foie, os,
gras et plumes, mais aussi crâne, cervelle, moelle épinière,
yeux, rate Par contre, maladie de la « vache folle » et
tremblante du mouton obligent, chez les bovins et les moutons
on élimine du lot les morceaux les plus à risque (crâne, yeux,
cervelle, moelle épinière, amygdales et rate) pour garder les
autres déchets réglementairement « aptes » à entrer dans la
composition des farines. Cela constitue la bagatelle de 2 375
000 tonnes de sous-produits dabattoirs par an. Qui sont
ensuite acheminés vers des usines de transformation, pour y
être « valorisés ». Cest-à-dire hachés menu, stérilisés,
puis passés sous presse pour séparer la graisse et les protéines,
et enfin réduits en poudre et granulés. Au final, on obtient
ainsi environ 500 000 tonnes de graisses et 600 000 tonnes de
farines qui iront alimenter les trois quarts des élevages intensifs
Et procureront à lensemble des fabricants français de
farines un chiffre daffaires annuel de 1 milliard de francs.
À lui seul, ce chiffre nexplique cependant pas limportance
prise par les farines animales dans le domaine agricole. Il
faut tenir compte du fait que les farines animales sont naturellement
plus énergétiques que leur équivalent dorigine végétale
(par exemple, les tourteaux de soja, cette farine obtenue après
extraction de lhuile). Elles peuvent contenir
jusquà 55 % de protéines facilement digestibles tandis
que les farines végétales ne dépassent généralement pas 45 %
de protéines ; par ailleurs, celles-ci sont moins bien digérées
par le bétail et les volailles. En termes de rentabilité, le
gain est intéressant ! Car plus on distribue aux animaux des
aliments riches en énergie et en protéines, plus on favorise
leur croissance. Et plus vite ils sont prêts pour la vente.
Risque
de transmission des maladies entre espèces
Nourrir
des animaux avec des cadavres dautres animaux pourrait
se réduire à une simple solution de facilité. Lhistoire
a montré que les risques étaient bien réels. Sommes-nous aujourdhui
à labri de tout danger ? Sûrement pas et, premier risque
des farines animales, elles favorisent la transmission des maladies
entre espèces. Notamment celle de la dangereuse encéphalite
spongiforme bovine (ESB) ou maladie de la « vache folle ». Rappelons
que la contamination des vaches par le prion de lESB sest
faite par lutilisation de farines de moutons atteints
de « tremblante ». Certes, en France, depuis 1996, les farines
animales sont totalement interdites dans lalimentation
des bovins. Mais les porcs, les volailles et les poissons délevages
intensifs continuent à consommer ce type de farine à hauteur
de 4 % dans leur ration quotidienne. Ne risquent-ils vraiment
rien ? Aucun problème, expliquent un certain nombre dexperts,
rien ne prouve que le prion responsable de lépidémie de
« vache folle » ou encore que les agents de la peste porcine
ou de lentérocolite du lapin puissent également contaminer
les volailles, les poissons ou les porcs. Oui, mais on ne possède
pas non plus la preuve absolue du contraire Et puis, fait
remarquer la Confédération paysanne, syndicat agricole qui a
demandé, dès 1996, linterdiction totale des farines animales
: « Rien ne permet de garantir la réglementation en vigueur
qui autorise les farines animales pour certains aliments mais
pas pour dautres. » À partir du moment où lon continue
à autoriser les farines animales, comment être certain quelles
ne resurgiront pas un jour dans la mangeoire des vaches
« par accident » ?Signe de sa volonté de bien faire, le gouvernement
français impose des mesures draconiennes de traitement des farines
: interdiction des matières à risques (abats et système nerveux
des bovins et ovins, ainsi que des sous-produits des animaux
morts de maladie) et obligation de chauffage des farines à 133°
C pendant 20 minutes. Mais ces mesures ne sont pas appliquées
par nos voisins européens (notamment lAllemagne, lAutriche
et la Suède) et les animaux circulent librement dans lespace
communautaire. Aussi ces mesures françaises perdent-elles une
partie de leur intérêt pour le consommateur.
Un fourre-tout
propice aux fraudes
Autre
effet pervers de lusage des farines animales : sous couvert
de secret industriel, le mélange est généralement gardé confidentiel.
Les éleveurs, et encore moins les consommateurs, ne peuvent
donc vérifier ce qui a été incorporé Il est alors tentant,
pour les producteurs les moins scrupuleux, dintroduire
des matières premières encore moins coûteuses. Comme des boues
de station dépuration, par exemple Le 9 septembre
1991, la Commission européenne avait dailleurs adopté
une décision, passée à lépoque plutôt inaperçue, qui interdisait
déjà « lutilisation des boues dépuration dans les
aliments composés pour animaux ». Preuve que la pratique existait
alors bel et bien Les scandales de ces derniers mois nous
montrent que certains nont toujours pas perdu le « coup
de main ». Dans laffaire des poulets à la dioxine, les
enquêteurs belges penchent de plus en plus pour la piste dune
contamination par des huiles industrielles. Celles-ci auraient
été volontairement mélangées à de la graisse destinée à la fabrication
des aliments pour animaux. En France, un rapport de la Direction
nationale des enquêtes et de la répression des fraudes (DNERF)
a récemment confirmé les pratiques frauduleuses de certains
industriels On apprenait ainsi, en juin, que plusieurs
usines de fabrication de farines animales et non des
moindres : deux usines Saria, premier fabricant européen de
farines animales, ainsi quune usine Caillaut n'avaient
pas hésité à incorporer dans les farines des eaux usées provenant
des fosses septiques, des boues de stations dépuration
et les eaux usées des installations sanitaires du personnel
La Commission européenne, qui a demandé officiellement des explications
à la France, a envoyé trois membres de lOffice alimentaire
et vétérinaire européen inspecter les usines mises en cause.
À lheure où nous imprimons, les conclusions de cette inspection
devraient être rendues publiques ou sur le point de lêtre.
Et déjà une grande chaîne de distribution allemande a retiré
de ses rayons la volaille française susceptible davoir
consommé des farines « aux boues dépuration ».Au train
où vont les choses, on est en droit de sinterroger sur
la survenue possible de nouveaux « accidents ».
Dans lattente
dun nouveau scandale !
Vendredi
10 juin : le gouvernement français annonce son intention dinterdire
définitivement les farines animales et de demander à ses partenaires
européens den faire autant. « Les farines animales, cela
commence à bien faire, on les fabrique avec nimporte quoi
», avait même commenté quelques jours plus tôt Jean Glavany,
le ministre français de lAgriculture. Mais passée la rencontre
des ministres européens du 14 juin, linterdiction des
farines disparaît de lordre du jour des gouvernements.
Les ministres se contentent de réclamer plus de contrôle et
de transparence dans lalimentation animale. Le gouvernement
français lui-même explique que sa préoccupation actuelle est
lharmonisation de la réglementation animale. Pourquoi
ce revirement ?Cest que la suppression totale coûterait
cher Les protéines animales étant plus énergétiques que
les protéines végétales, leur substitution occasionnerait automatiquement
une augmentation du prix des aliments pour bétail, donc un surcoût
à la production. En outre, que faire des déchets de cadavres
inutilisés ? Les incinérer ? Pour la France seule, le coût de
linterdiction des farines animales est ainsi évalué à
quelque 5 milliards de francs. Sans oublier le volet diplomatique
de laffaire. Nutritionnellement, le soja est tout indiqué
pour remplacer les farines. Mais pour relancer cette culture
peu rentable, il faudrait que Bruxelles la subventionne.
Or des accords anciens passés entre lUnion européenne
et les États-Unis limitent cette possibilité. Il faudrait donc
renégocier avec les Américains. Mais les conflits latents entre
les deux continents refus des organismes génétiquement
modifiés (OGM), buf aux hormones augurent
mal de nouvelles tractations.Face à ces contraintes, la sécurité
alimentaire est révisée à la baisse. Peut-être parce quaucune
victime nest à déplorer dans le nouveau scandale de la
dioxine. Jean Glavany lui-même le faisait remarquer : « Dans
la situation actuelle, il ny a pas la pression qui avait
joué avec lESB »
Comment
se protéger ?
Côté
consommateurs, que faire ? Sauf à devenir résolument végétarien,
lidéal consisterait à nacheter que si lon
connaît lorigine de la viande.
Pour le buf, il existe certes le célèbre logo
VBF qui assure lorigine française. Cela représente
déjà une garantie. Dune part, le nombre de vaches
contaminées par le virus de la vache folle est toujours
resté faible dans lHexagone. Ensuite, il est absolument
interdit, en France, de nourrir les ruminants avec des farines
animales. Mais limites du logo : il ne garantit pas les
autres conditions délevage et notamment nimpose
pas linterdiction des antibiotiques de croissance.
Quant
aux volailles et aux porcs, lindication de lorigine
et du mode dalimentation reste facultative. Certains
élevages industriels ont cependant décidé, en dehors de
tout label, de nourrir leur bêtes sans farines ni graisses
animales. Prenez donc le temps de lire les étiquettes qui,
dans ce cas, précisent si le poulet ou le porc a été « élevé
aux céréales ».
La
solution des labels (Label Rouge, AOC, Certification de
conformité, ou Agriculture biologique) reste encore la plus
sûre. Mais cest aussi la plus chère : environ 30 à
60 % de plus pour une viande label Rouge ou bio le
prix à payer pour des poulets ou des porcs certifiés sans
farines et graisses animales ; et sans antibiotiques de
croissance. Lalimentation dun poulet standard
comprend environ 3 % de farines animales et 2 % de graisse.
Un poulet sous label, lui, consomme exclusivement des céréales
et des graisses issues du soja, du tournesol ou du colza.
Si, en plus, lanimal est biologique (logo AB), les
céréales dont il est nourri ont été obtenues sans recours
aux pesticides.Pour le buf, vous pouvez aussi vous
fier à ces labels, contrôlés par des organismes agréés par
lEtat. Ils garantissent que les vaches ne consomment
pas autre chose que de lherbe de fourrage et de pâturage.Mais,
dévidence, le problème reste entier du côté de la
restauration collective ou hôtelière. Et le risque, dans
ce cas, est plus actuel que jamais !