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Octobre 1999

ALIMENTATION

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Farines animales
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Farines animales : restons vigilantsfarine.gif (22150 octets)

Après la vache folle, le poulet à la dioxine. Nous ne saurons bientôt plus quelle viande consommer !... A chaque fois, la crise trouve son origine dans l’utilisation des farines animales. Alors, pourquoi ne pas les interdire purement et simplement ?

 

Lundi 31 mai 1999, les journaux font leurs gros titres du dernier scandale alimentaire : environ 1 500 élevages de poulets belges (le quart des élevages du pays) présentent un taux anormalement élevé de dioxines. La substance est reconnue cancérigène par le Centre international de recherche sur le cancer, elle est susceptible de provoquer des troubles nerveux, hormonaux et du système immunitaire. Or certains poulets contiennent jusqu’à 741 picogrammes de dioxines par gramme ! (soit 175 fois la limite maximale fixée par l’OMS). L’alerte est donnée. Poulets, œufs et toutes préparations susceptibles de contenir des œufs sont retirés de la vente. L’enquête commence : la contamination date de janvier 1999 et elle s’est faite par des graisses animales qui contenaient de la dioxine. Aujourd’hui, on tempère ! On ne déplore à ce jour aucune victime et, selon les ministères de la Santé et de la Consommation, il aurait fallu consommer individuellement des dizaines de milliers de poulets belges pour courir un risque. Ces propos rassurants s’appuient sur les chiffres publiés par l’Organisation mondiale de la santé. Selon les pouvoirs publics, entre janvier 1999, date de la contamination, et mai 1999, date du retrait des produits incriminés, le laps de temps aurait été trop court pour faire courir un danger aux populations. Alors, nous sommes-nous effrayés pour rien ? Hélas, non. Car la crise du poulet belge a mis en pleine lumière le vrai danger : l’incorporation de substances à risque dans l’alimentation des animaux élevés industriellement. Les graisses et les farines animales font partie du lot. Mais… au juste, de quoi sont-elles composées ?

Energétiques et pas chères

L’expression volontairement neutre de « farines animales » recouvre de fait une réalité peu ragoûtante, il s’agit de déchets d’abattoirs ne servant pas aux tripiers pour l’alimentation humaine. Chez les porcs, les lapins et les volailles, tous les morceaux sont ainsi recyclés : cœurs, viscères, poumons, foie, os, gras et plumes, mais aussi crâne, cervelle, moelle épinière, yeux, rate… Par contre, maladie de la « vache folle » et tremblante du mouton obligent, chez les bovins et les moutons on élimine du lot les morceaux les plus à risque (crâne, yeux, cervelle, moelle épinière, amygdales et rate) pour garder les autres déchets réglementairement « aptes » à entrer dans la composition des farines. Cela constitue la bagatelle de 2 375 000 tonnes de sous-produits d’abattoirs par an. Qui sont ensuite acheminés vers des usines de transformation, pour y être « valorisés ». C’est-à-dire hachés menu, stérilisés, puis passés sous presse pour séparer la graisse et les protéines, et enfin réduits en poudre et granulés. Au final, on obtient ainsi environ 500 000 tonnes de graisses et 600 000 tonnes de farines qui iront alimenter les trois quarts des élevages intensifs… Et procureront à l’ensemble des fabricants français de farines un chiffre d’affaires annuel de 1 milliard de francs. À lui seul, ce chiffre n’explique cependant pas l’importance prise par les farines animales dans le domaine agricole. Il faut tenir compte du fait que les farines animales sont naturellement plus énergétiques que leur équivalent d’origine végétale (par exemple, les tourteaux de soja, cette farine obtenue après extraction de l’huile). Elles peuvent contenir jusqu’à 55 % de protéines facilement digestibles tandis que les farines végétales ne dépassent généralement pas 45 % de protéines ; par ailleurs, celles-ci sont moins bien digérées par le bétail et les volailles. En termes de rentabilité, le gain est intéressant ! Car plus on distribue aux animaux des aliments riches en énergie et en protéines, plus on favorise leur croissance. Et plus vite ils sont prêts pour la vente.

Risque de transmission des maladies entre espèces

Nourrir des animaux avec des cadavres d’autres animaux pourrait se réduire à une simple solution de facilité. L’histoire a montré que les risques étaient bien réels. Sommes-nous aujourd’hui à l’abri de tout danger ? Sûrement pas et, premier risque des farines animales, elles favorisent la transmission des maladies entre espèces. Notamment celle de la dangereuse encéphalite spongiforme bovine (ESB) ou maladie de la « vache folle ». Rappelons que la contamination des vaches par le prion de l’ESB s’est faite par l’utilisation de farines de moutons atteints de « tremblante ». Certes, en France, depuis 1996, les farines animales sont totalement interdites dans l’alimentation des bovins. Mais les porcs, les volailles et les poissons d’élevages intensifs continuent à consommer ce type de farine à hauteur de 4 % dans leur ration quotidienne. Ne risquent-ils vraiment rien ? Aucun problème, expliquent un certain nombre d’experts, rien ne prouve que le prion responsable de l’épidémie de « vache folle » ou encore que les agents de la peste porcine ou de l’entérocolite du lapin puissent également contaminer les volailles, les poissons ou les porcs. Oui, mais on ne possède pas non plus la preuve absolue du contraire… Et puis, fait remarquer la Confédération paysanne, syndicat agricole qui a demandé, dès 1996, l’interdiction totale des farines animales : « Rien ne permet de garantir la réglementation en vigueur qui autorise les farines animales pour certains aliments mais pas pour d’autres. » À partir du moment où l’on continue à autoriser les farines animales, comment être certain qu’elles ne resurgiront pas un jour dans la mangeoire des vaches… « par accident » ?Signe de sa volonté de bien faire, le gouvernement français impose des mesures draconiennes de traitement des farines : interdiction des matières à risques (abats et système nerveux des bovins et ovins, ainsi que des sous-produits des animaux morts de maladie) et obligation de chauffage des farines à 133° C pendant 20 minutes. Mais ces mesures ne sont pas appliquées par nos voisins européens (notamment l’Allemagne, l’Autriche et la Suède) et les animaux circulent librement dans l’espace communautaire. Aussi ces mesures françaises perdent-elles une partie de leur intérêt pour le consommateur.

Un “fourre-tout” propice aux fraudes

Autre effet pervers de l’usage des farines animales : sous couvert de secret industriel, le mélange est généralement gardé confidentiel. Les éleveurs, et encore moins les consommateurs, ne peuvent donc vérifier ce qui a été incorporé… Il est alors tentant, pour les producteurs les moins scrupuleux, d’introduire des matières premières encore moins coûteuses. Comme des boues de station d’épuration, par exemple… Le 9 septembre 1991, la Commission européenne avait d’ailleurs adopté une décision, passée à l’époque plutôt inaperçue, qui interdisait déjà « l’utilisation des boues d’épuration dans les aliments composés pour animaux ». Preuve que la pratique existait alors bel et bien… Les scandales de ces derniers mois nous montrent que certains n’ont toujours pas perdu le « coup de main ». Dans l’affaire des poulets à la dioxine, les enquêteurs belges penchent de plus en plus pour la piste d’une contamination par des huiles industrielles. Celles-ci auraient été volontairement mélangées à de la graisse destinée à la fabrication des aliments pour animaux. En France, un rapport de la Direction nationale des enquêtes et de la répression des fraudes (DNERF) a récemment confirmé les pratiques frauduleuses de certains industriels…On apprenait ainsi, en juin, que plusieurs usines de fabrication de farines animales – et non des moindres : deux usines Saria, premier fabricant européen de farines animales, ainsi qu’une usine Caillaut – n'avaient pas hésité à incorporer dans les farines des eaux usées provenant des fosses septiques, des boues de stations d’épuration et les eaux usées des installations sanitaires du personnel… La Commission européenne, qui a demandé officiellement des explications à la France, a envoyé trois membres de l’Office alimentaire et vétérinaire européen inspecter les usines mises en cause. À l’heure où nous imprimons, les conclusions de cette inspection devraient être rendues publiques ou sur le point de l’être. Et déjà une grande chaîne de distribution allemande a retiré de ses rayons la volaille française susceptible d’avoir consommé des farines « aux boues d’épuration ».Au train où vont les choses, on est en droit de s’interroger sur la survenue possible de nouveaux « accidents ».

Dans l’attente d’un nouveau scandale !

Vendredi 10 juin : le gouvernement français annonce son intention d’interdire définitivement les farines animales et de demander à ses partenaires européens d’en faire autant. « Les farines animales, cela commence à bien faire, on les fabrique avec n’importe quoi », avait même commenté quelques jours plus tôt Jean Glavany, le ministre français de l’Agriculture. Mais passée la rencontre des ministres européens du 14 juin, l’interdiction des farines disparaît de l’ordre du jour des gouvernements. Les ministres se contentent de réclamer plus de contrôle et de transparence dans l’alimentation animale. Le gouvernement français lui-même explique que sa préoccupation actuelle est l’harmonisation de la réglementation animale. Pourquoi ce revirement ?C’est que la suppression totale coûterait cher… Les protéines animales étant plus énergétiques que les protéines végétales, leur substitution occasionnerait automatiquement une augmentation du prix des aliments pour bétail, donc un surcoût à la production. En outre, que faire des déchets de cadavres inutilisés ? Les incinérer ? Pour la France seule, le coût de l’interdiction des farines animales est ainsi évalué à quelque 5 milliards de francs. Sans oublier le volet diplomatique de l’affaire. Nutritionnellement, le soja est tout indiqué pour remplacer les farines. Mais pour relancer cette culture peu rentable, il faudrait que Bruxelles la subventionne. Or des accords anciens passés entre l’Union européenne et les États-Unis limitent cette possibilité. Il faudrait donc renégocier avec les Américains. Mais les conflits latents entre les deux continents – refus des organismes génétiquement modifiés (OGM), bœuf aux hormones… – augurent mal de nouvelles tractations.Face à ces contraintes, la sécurité alimentaire est révisée à la baisse. Peut-être parce qu’aucune victime n’est à déplorer dans le nouveau scandale de la dioxine. Jean Glavany lui-même le faisait remarquer : « Dans la situation actuelle, il n’y a pas la pression qui avait joué avec l’ESB… »

Comment se protéger ?

Côté consommateurs, que faire ? Sauf à devenir résolument végétarien, l’idéal consisterait à n’acheter que si l’on connaît l’origine de la viande.


  • Pour le bœuf, il existe certes le célèbre logo VBF qui assure l’origine française. Cela représente déjà une garantie. D’une part, le nombre de vaches contaminées par le virus de la vache folle est toujours resté faible dans l’Hexagone. Ensuite, il est absolument interdit, en France, de nourrir les ruminants avec des farines animales. Mais limites du logo : il ne garantit pas les autres conditions d’élevage et notamment n’impose pas l’interdiction des antibiotiques de croissance.

  • Quant aux volailles et aux porcs, l’indication de l’origine et du mode d’alimentation reste facultative. Certains élevages industriels ont cependant décidé, en dehors de tout label, de nourrir leur bêtes sans farines ni graisses animales. Prenez donc le temps de lire les étiquettes qui, dans ce cas, précisent si le poulet ou le porc a été « élevé aux céréales ».

  • La solution des labels (Label Rouge, AOC, Certification de conformité, ou Agriculture biologique) reste encore la plus sûre. Mais c’est aussi la plus chère : environ 30 à 60 % de plus pour une viande label Rouge ou bio… le prix à payer pour des poulets ou des porcs certifiés sans farines et graisses animales ; et sans antibiotiques de croissance. L’alimentation d’un poulet standard comprend environ 3 % de farines animales et 2 % de graisse. Un poulet sous label, lui, consomme exclusivement des céréales et des graisses issues du soja, du tournesol ou du colza. Si, en plus, l’animal est biologique (logo AB), les céréales dont il est nourri ont été obtenues sans recours aux pesticides.Pour le bœuf, vous pouvez aussi vous fier à ces labels, contrôlés par des organismes agréés par l’Etat. Ils garantissent que les vaches ne consomment pas autre chose que de l’herbe de fourrage et de pâturage.Mais, d’évidence, le problème reste entier du côté de la restauration collective ou hôtelière. Et le risque, dans ce cas, est plus actuel que jamais !

 

 

 

 

 

 

 

 
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