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Hôpitaux : silence, on ferme !

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restructurations

Services d’urgences, de cardiologie, de chirurgie, de pneumologie, de gynéco-obstétrique… les fermetures se multiplient. Difficile d’en dresser un panorama complet, il n’y a pas de plan national officiel ! Chaque région annonce et gère ses restructurations. Enquête sur l’étendue des dégâts.

Des affichettes de protestation couvrent les murs de toutes les communes avoisinant Villiers-Saint-Denis (Aisne), à 60 kilomètres à l’est de Paris. Elles annoncent la fermeture des services de cardiologie, de pneumologie et de rééducation de l’hôpital. « Pour un infarctus, allez à Soissons ! », souligne – avec ironie – une affiche. C’est à près de 100 kilomètres ! Pour un suivi cardiaque ou un problème de pneumologie, « allez à Soissons ! ». « Pour la rééducation, allez à Amiens ! » C’est à 200 kilomètres. « Cela ne s’arrête pas là ! lit-on. Pour la maternité et le service d’urgences, allez à Château-Thierry !… » Il ne s’agit pas d’un cas isolé. C’est un exemple parmi des centaines d’autres. Durant notre enquête qui a duré cinq mois, pas un seul coup de téléphone, pas une rencontre de soignants des hôpitaux, qui n’aient été accompagnés de l’annonce d’une fermeture de services ou d’une fusion entre plusieurs hôpitaux.
triangl.gif (507 octets) Sur les bords de la Seine, à Paris, on lit sur une banderole accrochée à la façade de l’hôpital de l’Hôtel-Dieu : « Non à la fermeture de la gynécologie ». Après la disparition de la maternité il y a deux ans, c’est le tour du service de gynécologie (dont on ne remplace pas le chef de service décédé) et du service de chirurgie orthopédique que l’on envoie rejoindre celui de l’hôpital Cochin. D’autres établissements parisiens sont touchés : les hôpitaux Boucicaut, Laennec et Broussais. « Ces trois hôpitaux doivent perdre 1 000 emplois, explique Thierry Amouroux, responsable CGC (Confédération générale des cadres) de l’Assistance publique des hôpitaux de Paris. L’ouverture du tout nouvel hôpital européen Georges-Pompidou est de nouveau reportée de six mois. Elle entraînera la fermeture définitive de Laennec et de Boucicaut. Seul Broussais resterait. »
triangl.gif (507 octets) Des craintes de restructurations similaires existent à Riom (Puy-de-Dôme) ou à Nancy (Meurthe-et-Moselle), dans la Manche, dans la Gironde…

Le privé pêche des patients dans le public !

triangl.gif (507 octets) Au printemps dernier, les habitants de Vendôme (Loir-et-Cher) sont descendus maintes fois dans la rue. Avec le Comité de défense de l’hôpital et les syndicats de soignants, ils manifestaient contre la fermeture de leur service de chirurgie. Ils ont « profité » de la tenue des États généraux de la Santé dans leur région, à Blois, pour s’y rendre et souligner que l’hôpital de Blois ne pourrait répondre à la demande supplémentaire causée par cette fermeture. Ils ont rappelé que l’hôpital avait déjà perdu sa maternité au profit d’une clinique privée en 1997. Ils ont réuni 25 000 signatures sur leur pétition. En vain.« On sait aujourd’hui que notre chirurgie fermera avant le 1er juin 2000, dit Maryse Rousseau, responsable du syndicat SUD-CRC (Solidaires, unitaires, démocratiques-Coordonner, rassembler, construire) à l’hôpital de Vendôme. Une rencontre entre représentants d’une clinique et de l’hôpital a abouti à un accord. L’hôpital perd donc quarante lits. » Aux habitants craignant la disparition d’un service public hospitalier ouvert à tous, on répond que la clinique privée signera un accord entérinant sa « mission de service public ». « Les chirurgiens du privé viendront donner leur consultation à l’hôpital public, explique Maryse Rousseau. Ils feront transporter les patients à opérer dans leur clinique. » À cette curieuse pêche aux patients dans le vivier de l’hôpital, s’ajoutent les craintes concernant la prise en charge des personnes âgées dans tout le département. Nombre d’entre elles occupent des lits de chirurgie, suite notamment à des chutes. « La fermeture va occasionner des transferts de patients âgés. On en connaît les risques en termes de désorientation. Que se passera-t-il si la clinique de Vendôme ne peut les recevoir ? »Vendôme, encore une fois, n’est qu’un cas parmi d’autres.
triangl.gif (507 octets) Les hôpitaux de Marseille se modernisent avec des accents de restructuration.
triangl.gif (507 octets) À Cannes, l’hôpital de la ville a choisi l’ouverture du Festival du cinéma pour se lancer dans des mouvements de grève (La Tribune FO des services publics et de santé, n° 20, juin 1999, Echos page 15.). Motif : la fermeture des services de gynécologie et de néonatologie.
triangl.gif (507 octets) À Mâcon (Saône-et-Loire), les infirmières de bloc opératoire de l’hôpital engageaient une grève le 18 mai dernier pour obtenir six postes. Elles en ont obtenu deux.
triangl.gif (507 octets) Les soignants du CHU de Dijon (Côte-d’Or) ont manifesté le 5 mars et le 4 juin derniers pour obtenir des postes.
triangl.gif (507 octets) Dans l’Oise, 400 hospitaliers sont montés sur Paris pour protester contre la fermeture des urgences et de la maternité de l’hôpital de Méru.
triangl.gif (507 octets) Le CHU de Nancy connaît de fréquents mouvements de grève pour les mêmes raisons…

Bientôt 300 hôpitaux vont « fusionner » !…

Les suppressions de services hospitaliers peuvent aussi se faire sous couvert de fusions d’hôpitaux. Au moment de l’annonce officielle, on dit toujours que c’est pour mieux soigner. Qu’en est-il ?
triangl.gif (507 octets) Les hôpitaux d’Avranches et Granville (Manche) ont fusionné il y a quelques années. On a vu ainsi disparaître un service de chirurgie sur deux, une maternité sur deux et les emplois correspondants (1). Les emplois précaires, eux, ont explosé : 173 contrats à durée déterminée et une centaine de contrats emploi solidarité sur 950 agents hospitaliers non médicaux (tout personnel soignant, administratif, ouvrier, etc., sauf médecins) du nouveau groupe hospitalier. Cette déstabilisation du personnel proche des malades est-elle un gain pour la qualité des soins ? Les habitants d’Avranches ont vu fondre la capacité d’accueil de leurs services de pédiatrie et de néonatologie. Est-ce bien ainsi que l’on augmente la qualité des soins ?
triangl.gif (507 octets) Le 30 décembre dernier, le centre hospitalier de Corbeil (40 800 habitants) « absorbe » l’hôpital Albert-Calmette d’Hyères (50 200 habitants). Et dans la foulée, le 1er janvier 1999, il « fusionne », cette fois, avec celui d’Evry (45 900 habitants). En trois jours, ces établissements, qui comptaient à eux trois 2 600 agents non médicaux, ne font plus qu’un. Quelle sera la nouvelle offre de soins dans les divers sites de la nouvelle entité ? « C’est le flou artistique ! » dit Laurence Tinière, infirmière et responsable CGT. On connaît les suppressions d’emplois passées, pas celles à venir ! « Le seul hôpital de Corbeil a déjà perdu 150 agents en trois ans, dit-elle, dont 80 lors de la seule année 1998 ! » Sur les 300 projets de fusion d’hôpitaux en France, 5 étaient réalisés en mars 1999 (Un préfet sanitaire à la mode Jospin, Féminier C., Liaisons Sociales Magazine, mars 1999, page 6.). Mais, il reste 30 000 lits excédentaires à supprimer. « Le but est bien de dégonfler les effectifs de la fonction publique hospitalière, dit Patrick Alloux, responsable national du syndicat SUD-CRC. La plus importante restructuration concerne la région Ile-de-France. » En cas de « services doublons » lors d’une fusion , l’un des deux peut être supprimé. Cela serait le cas pour plusieurs services présents à la fois dans les hôpitaux de Corbeil et d’Evry.

La démocratie sanitaire n’existe pas

Il ne s’agit ni de refuser toute fermeture par principe, ni de s’opposer de manière systématique aux fusions d’hôpitaux. Un plan national bien conçu, donc modéré, pourrait recueillir l’assentiment de la population. Encore faudrait-il daigner l’informer ! Il suffirait d’une carte ou d’un rapport pour dissiper l’actuel brouillard entretenu à l’échelon national sur cette politique ! Mais il n’existe rien. Le ministère de la Santé n’a pas produit le plus petit document de travail. Décentralisation oblige, il affirme que c’est l’affaire des régions… Or, les grands décideurs régionaux, Directions régionales de l’action sanitaire et sociale (DRASS) et Agences régionales de l’hospitalisation, ne font que mettre en œuvre la politique du ministère. La démocratie sanitaire si souvent évoquée par Bernard Kouchner n’a en fait aucun début d’existence. Tout est décidé sans que les usagers soient réellement consultés.

Des fermetures dans chaque région

S’il n’existe pas de liste nationale des fermetures, il s’en élabore une pour chaque région. C’est l’une des composantes du plan régional appelé SROS (Schéma régional d’organisation sanitaire). Juste après leur création, la première vague de SROS proposait peu de diminution de moyens et de fermetures. Celle des « SROS 2e génération » que l’on nous concocte actuellement va, elle, tailler dans le vif du tissu hospitalier. C’est la discussion de ces nouveaux SROS qui provoque toutes ces manifestations dans la France entière.
triangl.gif (507 octets) « Le nouveau SROS estime à 2 000 le nombre de “lits” en trop pour le Languedoc-Roussillon », précise aussi Yves Bourdel, qui siège pour le syndicat du personnel hospitalier FO au Comité régional d’organisation sanitaire et social (CROSS) de cette région. Sur ces suppressions de moyens, celles du seul département des Pyrénées-Orientales sont programmées pour 1 000 lits. « Elles toucheront les hôpitaux de Perpignan et des zones alentour comme le Capcir. Avec leur enneigement en hiver, vous pouvez imaginer les problèmes d’accès aux soins pour les habitants des régions montagneuses. On ne conserverait plus que trois services d’urgences vraies dans la région, à Montpellier, Nîmes et Perpignan. » Dans les autres villes du Languedoc-Roussillon, il n’y aurait que des « petits services d’urgences de proximité ». Reste à savoir ce que deviendront les patients de Béziers, Narbonne ou Sète relevant d’un “vrai” service d’urgences. La sécurité des patients devait primer ! On nous dit toujours que l’on doit fermer les services qui pourraient mettre en danger la vie des patients. Cette logique pourrait nous rassurer si ce n’était l’ampleur du nombre des fermetures envisagées. S’il se ferme des services dans presque tous les hôpitaux, est-ce à dire que l’insécurité y serait à ce point totale ? Et on nous l’aurait caché jusqu’alors !! En fait ce sont 32 milliards d’économies pour les seuls hôpitaux que la Caisse d’assurance maladie veut réaliser.« Le pire est devant nous, dit Yves Bourdel. À l’heure actuelle, on constate surtout les pertes de personnel liées à l’effet restructurant des budgets. Si le mouvement s’intensifie, les soignants ne pourront plus répondre aux besoins de la population… Les usagers ne pourront plus se soigner comme ils veulent. C’est un étranglement en douceur ! » La résistance s’organise. Elle a permis d’éviter la fermeture de la maternité de Pithiviers, ou bien des urgences de l’hôpital Saint-Louis, à Paris. Seules de fortes mobilisations permettront d’éviter l’inacceptable et de faire reculer le gouvernement quand il le faut.

(1) La Tribune FO des services publics et de santé, n° 20, juin 1999, Echos page 15.

(2) Un préfet sanitaire à la mode Jospin, Féminier C., Liaisons Sociales Magazine, mars 1999, page 6.

 

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