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Interview de Marie-France Hirigoyen, psychiatre, psychanalyste

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Le harcèlement moral

Marie-France Hirigoyen est psychiatre, psychanalyste. Elle est aussi formée en thérapie familiale et en victimologie. Elle est l’autrice du livre Le Harcèlement moral, la violence perverse au quotidien (éd. Syros, 209 pages, 95 F.), qui s’est vendu à plus de 160 000 exemplaires en un an.

Grâce à l’ouvrage de Marie-France Hirigoyen, la France a découvert le harcèlement moral, « mobbing » pour les Anglo-Saxons. Ce livre a permis une prise de conscience des avocats, des syndicats, des médecins du travail, des inspecteurs du travail, des DRH (directeurs des ressources humaines), si bien que l’on va bientôt légiférer. Il a aussi contribué à susciter la première grève (10 jours) contre le harcèlement, en janvier 1999, à la caisse d’allocations familiales de Valence. Un supérieur qui harcelait les employées depuis des années a été muté ailleurs…

ALTERNATIVE SANTÉ - L’Impatient : Qu’est-ce que le harcèlement moral sur le lieu de travail ?
Marie-France Hirigoyen : Ce terme recouvre toute conduite abusive se manifestant par des paroles, des actes et des écrits destinés à porter atteinte à l’intégrité physique et psychique d’une personne, à mettre en péril son emploi ou à dégrader ses conditions de travail. C’est, par exemple, demander à un cadre, à 8 heures du soir, de rédiger un rapport de 50 pages pour le lendemain et réitérer cette demande fréquemment. Ce processus pervers peut être invisible. La victime peut penser qu’il s’agit d’une demande courante dans cette entreprise. Le but est de porter atteinte à l’image que la personne a d’elle-même, de l’isoler et de la pousser à la faute. Cela peut aboutir à la dépression, à la démission, au suicide.

Comment vous êtes-vous intéressée au harcèlement moral ?
Dans mon écoute de thérapeute, j’ai réalisé que je renvoyais les personnes à quelque chose du genre : « Vous êtes pour quelque chose dans ce qui vous arrive ». Or, dans ma pratique, j’ai rencontré des patients en situation de harcèlement, pour qui ce n’était absolument pas le cas. Désormais, dans certaines situations, je refuse le « vous y êtes pour quelque chose ». Avec le harcèlement moral, on a affaire à un pervers qui cherche à casser quelqu’un sans laisser de trace.Comment expliquez-vous le succès de votre livre ?Cet ouvrage a été écrit pour les patients et un grand nombre de personnes s’y sont reconnues. Mon principal souci a été de décrire cette communication perverse et d’être le plus concret possible en répondant aux questions des gens : pourquoi cela marche ? Pourquoi la personne n’arrive-t-elle pas à s’en sortir ? Pourquoi personne ne dit rien ? J’ai reçu des centaines de lettres. Une première vague concernait davantage la famille et aujourd’hui essentiellement le lieu de travail.

Qui sont les harcelés ?
Contrairement aux idées reçues, les harcelés ne sont pas des faibles. Bien souvent, au contraire, se sont des gens qui ont un petit quelque chose en plus. Les cibles privilégiées sont les femmes enceintes, les délégués syndicaux et les personnes de plus de 50 ans. Les femmes sont davantage harcelées dans un registre sexiste. Le harceleur est soit un collègue, soit un supérieur hiérarchique.De tout temps, il y a eu des êtres dépourvus de scrupules, calculateurs, manipulateurs, mais la multiplication actuelle des actes de perversité dans les familles et dans les entreprises est un indicateur de l’individualisme qui domine notre société. Dans un système qui fonctionne sur la loi du plus fort, du plus malin, les pervers sont rois. Quand la réussite est la principale valeur, l’honnêteté paraît faiblesse et la perversité prend un air de débrouillardise…

Propos recueillis par Martine Laganier impatient@medecines-douces.com

 

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