Bienvenue sur Alternative Santé - L'Impatient le site  de défense de notre santé

espoir dans un ghetto marseillais

Vaccin Hépatite B

Farines animales






Ahmed Berkoun, animateur

Espoir dans un ghetto marseillais

Rien n’est impossible, à condition que les bonnes volontés se rassemblent. Mais tout est fragile !

Muni d’un diplôme d’État à la fonction d’animateur, Ahmed Berkoun a d’abord travaillé à la cité Brassens, un des quartiers les plus difficiles de Marseille. Mille personnes y vivaient dans des caravanes. Ensuite, il a opéré dans le quartier de la Bégude, plaque tournante de l’héroïne. Puis il s’est lancé dans les activités économiques solidaires « afin de donner du travail aux gens ». Il aidait en particulier des personnes sortant de prison. À la cité de La Paternelle, Ahmed Berkoun n’a pas de recettes, mais il a mis en œuvre des projets conçus à partir des situations et des difficultés rencontrées. Il suit actuellement un DESS (diplôme d’études supérieures spécialisées) sur le développement local et urbain et la politique de la ville.

ALTERNATIVE SANTÉ - L’Impatient : Comment avez-vous pris en charge le centre social de La Paternelle, réputé particulièrement difficile ?

Ahmed Berkoun : C’est l’équipe du centre social de La Paternelle, une cité du quatorzième arrondissement de Marseille, qui est venue me chercher. Ils avaient de grosses difficultés, notamment financières. La cité de La Paternelle, c’est un ghetto ! Cet isolement est le (mauvais) fruit d’une ségrégation raciale, économique et culturelle. Il relève aussi d’un réflexe de protection de ses habitants contre l’extérieur. 98 % des habitants sont d’origine algérienne – kabyle, chaouï et oranaise – mais connaissent des conflits en raison d’antagonismes liés à des régionalismes forts.

Un quartier où tout est à faire ?
On ne compte aucune administration représentant l’État. Le quartier de La Paternelle n’entretient pas de relations avec l’extérieur. Les bus restent à la périphérie. Les chauffeurs de taxis n’y entrent pas. Le facteur me remet le courrier, que les habitants viennent me demander, parce que la Poste se refuse à ouvrir une permanence, ne serait-ce qu’une demi-journée par semaine. Il n’existe aucune permanence médicale. La venue du médecin au centre social, le jeudi matin, provoque une cohue. Il n’y a pas de commissariat. L’État fuit.

Quand vous avez pris la direction du centre social, quelles difficultés avez-vous rencontrées ?
J’y suis arrivé en 1996. Les difficultés étaient alors à leur comble. 67 % de la population active était au chômage et le taux de Rmistes considérable. Avec tous les corollaires : misère sociale, exclusion, délinquance, toxicomanie. Et juste en face du quartier, le Marché d’intérêt national (MIN) de Marseille, qui générait 900 emplois mais n’en proposait aucun aux habitants de la cité. Tel était le paradoxe de la situation.

Qu’était-il possible de faire en matière d’emploi ?
J’ai pris rendez-vous avec le président du MIN pour voir s’il était possible d’envisager une ouverture sur son environnement géographique. Je lui ai demandé de proposer des emplois de portefaix à des jeunes de la cité – cela consiste à décharger les palettes des camions. Il m’a répondu que les responsables du MIN étaient plus près d’engager une milice que des beurs. C’est dire le climat ! Avec les habitants, m’a-t-il expliqué, ils avaient des problèmes d’agressions de camions. Ceux de certains grossistes avaient été dévalisés, vidés de leur contenu. Comme beaucoup de transactions s’effectuent en liquide dans le marché de gros, on assistait aussi à l’essor des braquages pour s’emparer des sacoches de billets.

Qu’avez-vous proposé au MIN ?
Ses dirigeants étaient habitués à considérer les habitants de la cité d’en face comme des criminels. Je leur ai répondu : « Est-il au moins possible d’envisager des embauches ? » Ils m’ont dit que c’était trop compliqué parce qu’il existait à la fois des syndicats de maraîchers, des syndicats de fleuristes, des syndicats de grossistes, etc. J’ai proposé d’intervenir au conseil d’administration du marché. Finalement, ils ont accepté.Je suis intervenu avec quelques propositions simples. J’ai admis qu’il y avait des agressions et proposé du personnel de sécurité. Je leur ai dit que, s’ils engageaient quelques jeunes de la cité, leurs problèmes allaient décroître. Ils ont rétorqué qu’ils n’allaient tout de même pas donner du travail à des voleurs. Or, il y a dans la cité des pères de famille comme eux et moi, lesquels méritent de la considération. Ils ont fini par ne pas s’opposer à ma proposition.Dans un premier temps, j’ai engagé des contrats emploi ville avec pour mission de réaliser un travail de médiation devant l’enceinte du MIN et de faire disparaître le climat d’insécurité qui y régnait. « Ce sont tous des voleurs ! répétaient mes interlocuteurs. Ça ne tiendra pas un mois ! »Quelques semaines plus tard, j’ai embauché trois jeunes sur qui nous pouvions compter et un canard boiteux. J’ai demandé au MIN de leur fournir une tenue de sport et des chaussures. Ce qu’ils ont fait. Un mois après, j’ai été convoqué par le directeur du MIN. Il m’a dit : « Écoutez, des discours j’en ai entendu. Mais là !… Tout s’est très bien passé alors que la période de Noël constitue un pic pour les affaires comme pour les troubles ! »Quarante-trois personnes de la cité ont été embauchées au MIN. Aujourd’hui, un jeune est devenu responsable du hangar. D’autres travaillent pour la direction. Ils ont les clés de la voiture d’un directeur, dirigent une équipe de 45 personnes ou gèrent la caisse. C’était un travail difficile de s’occuper de fruits, de légumes et de fleurs dès deux heures du matin. Mais nous n’avons eu que deux échecs sur quarante-trois. C’est un beau résultat ! D’autant que certains jeunes connaissent de réelles difficultés dans leurs familles. Les membres de plusieurs d’entre elles sont « en colonie de vacances », c’est-à-dire à la prison des Baumettes. Certains proches sont séropositifs. D’autres ont un père invalide. Ces changements ont donné l’impression que les jeunes de La Paternelle étaient métamorphosés. C’était lié au fait qu’ils étaient soudain reconnus. Aujourd’hui, cette reconnaissance se gagne à travers une feuille de paye. J’en veux pour signe le fait que plusieurs jeunes en difficulté se sont mis en ménage dans la cité dès lors qu’ayant un salaire ils ont pu s’habiller, s’acheter un moyen de locomotion, etc. La question de la pérennité du salaire reste toutefois posée.

Votre activité relève de la médiation ?
Je préfère être franc et appeler cela du contrôle social. Ma mission suppose qu’au bout du compte on ne vienne plus voler ici. Ce n’est pas de la médiation à proprement parler. Celle-ci vise à temporiser… à discuter avec tout le monde et à faire le trait d’union… La médiation consiste d’abord à donner la parole, puis à régler des conflits.

Il y avait ici des actes concrets.
Des jeunes de La Paternelle se sont occupé de la sécurité. D’autres ont été recrutés comme portefaix. Puis j’ai dû me batailler pour la politique de nettoyage du MIN. Par chance, celui-ci devait passer un appel d’offres. J’ai juste eu le temps de demander une clause de préférence territoriale sur les embauches. Cela n’a pas été facile à faire passer. Mais, en s’appuyant sur cette dynamique positive, nous y sommes parvenus. J’ai pu imposer que des femmes de la cité soient engagées pour effectuer le ménage dans les bureaux. Des familles monoparentales en difficulté, il y en avait à la pelle ! Ces nouvelles embauches de mères, ont aussi contribué au succès du projet.

Dernière heure ! C’était trop beau… Voulant refaire un point avec Hamed Berkoun, quelque temps après cette interview, voici ce qu’il nous répondait :
À la suite de la nomination d’un nouveau président du centre social, j’ai été licencié, le marché national a arrêté de travailler avec le centre social et la Caisse d’allocations familiales lui a retiré son agrément…

Propos recueillis par Richard Belfer impatient@medecines-douces.com

 

Dossiers - Thèmes - Accueil - S'abonner - Email - Accueil Médecines-Douces

Copyright Alternative-Santé L'Impatient © 1999