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Santé - L'Impatient,
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aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Nos
sociétés occidentales développées ont évacué la violence physique
des lieux de travail. On ne fouette plus les gens pour les faire
travailler ! Mais dautres moyens de pression se font jour.
"Aujourdhui,
constate le Pr Christophe Dejours, du laboratoire de psychologie
du travail du Cnam (Conservatoire
national des arts et métiers), lorganisation du travail
nutilise pas la violence mais elle fait naître de la violence.
Les méthodes de gestion modernes des personnels sont davantage
du domaine de la perversion que de la violence physique."
Une menace
sourde
Une pression
croissante pèse sur les épaules des cadres. La dernière illustration
en est la généralisation du téléphone portable qui permet de
les joindre à tout moment, même chez eux. Mais on observe aussi
des cadences de plus en plus rapides sur les chaînes pour augmenter
la productivité. Celle-ci na cessé de croître depuis 1984.
La production dite en flux tendus permet de répondre immédiatement
à la demande des clients, il ny a plus de stocks, ils
sont désormais dans les camions sur les routes ! Enfin, léclatement
du temps de travail multiplie les personnes « taillables et
corvéables » à merci. Dans la grande distribution, on rencontre
des employés dont les horaires sont étalés sur toute la journée
avec des arrêts qui ne sont pas comptés dans le temps de travail.
Ces méthodes de gestion prospèrent dans un contexte de menace
de licenciement et de peur du chômage. Deux enquêtes réalisées
en 1998, et qui viennent dêtre publiées par le ministère
du Travail, montrent que les salariés vivent dans la crainte
des erreurs et la peur du licenciement. Dans la première, ils
redoutent non seulement dêtre sanctionnés mais encore
de commettre une faute à légard de lentreprise et
de nuire à son bon fonctionnement. La seconde, portant sur les
troubles du sommeil, établit un lien direct entre ces conditions
de travail et les problèmes de santé. Une seule catégorie de
salariés semble échapper à cette charge mentale : les ouvriers
agricoles !Lacceptation des contraintes, source de nombreuses
souffrances, relève non pas de la violence physique mais de
la pression psychologique. « Tout le courant de pensée qui nous
amène à croire que le système libéral et la mondialisation sont
inéluctables, explique le Pr Christophe Dejours, participe de
cette violence symbolique. Les moyens utilisés sont la persuasion,
la manipulation, le tout enrobé dans un discours cohérent et
plausible. Une sorte de fatalité économique. Résultat : en grand
nombre, ils consentent à subir le système en silence et à le
faire fonctionner malgré leur réprobation. »
Des
révoltes individuelles
En réaction,
on assiste à une augmentation des cas de violence sur les lieux
de travail : vandalisme, sabotage, « secouage » et séquestration
des cadres ou des chefs dentreprise se multiplient. Le
Pr Christophe Dejours cite lexemple
récent dun cadre qui na pas hésité à révéler tous
les secrets de fabrication à la concurrence. Ces réactions violentes
restent la plupart du temps individuelles, car les oppositions
collectives sont plus rares. « Souvent, poursuit-il, cette révolte
violente contre le matériel ou contre lui-même isole lindividu.
Il est parfois désavoué par les autres. Dans notre logique libérale,
les violents dans le travail sont des coupables et non des victimes.
» Ultime conséquence, cette violence génère de la violence dans
lespace domestique : femmes et enfants se transforment
en exutoires de la violence du travail. Lorsque les individus
retournent la violence contre eux-mêmes, décompensations violentes
(délires, hallucinations) et suicides ne sont pas rares. Le
Dr Guiho Bailly, psychiatre et chef de service au centre hospitalier
de Cholet, témoigne de limpact des nombreuses restructurations
industrielles de la région sur la santé mentale des travailleurs.
« Jai été obligé dintégrer dans ma pratique le fait
que les troubles psychiques de mes patients ne sinscrivaient
pas uniquement dans une histoire personnelle et familiale, mais
quils avaient aussi une origine sociale. Ce qui ma
amené à prendre en compte limportance du travail dans
la construction identitaire et léquilibre des personnes.
» Un article récent du Canard Enchaîné, rapporte que les usines
Renault à Douai connaissent une inflation galopante de suicides,
hors et dans lentreprise. Christophe Dejours, lui, fait
état dune entreprise de 300 personnes dont il ne
souhaite pas citer le nom qui a connu huit suicides
en trois ans, dont quatre sur place Le suicide est la
violence ultime contre soi-même, mais aussi le burn out, un
syndrome dépuisement nerveux de lindividu. Eliane,
infirmière dans un service accueillant des personnes atteintes
de sida, a tenu longtemps avant de craquer dun coup. On
relève aussi les troubles musculo-squelettiques liés au travail
répétitif : les caissières de supermarché font des milliers
de fois le même geste et leurs performances sont contrôlées
par ordinateur afin daccélérer le débit des caisses !
Les cadres ne sont pas épargnés. Au Japon, le karôshi, mort
subite par hémorragie cérébrale ou spasmes cardiovasculaires,
se manifeste en général vers la quarantaine. Il est inscrit
sur la liste des maladies professionnelles. Il concerne des
hommes jeunes (25/45 ans) sans antécédent notoire et travaillant
en moyenne plus de soixante-dix heures par semaine « Il
faut tout de même dire, remarque Christophe Dejours, que le
chômage et la misère provoquent plus de suicides, de dépressions
ou de criminalité que le travail. Le travail demeure aujourdhui
encore intégrateur et structurant pour lindividu. »
Il
y a des solutions
Cette montée
de la violence dans le travail est connue des professionnels.
En mars 1999, un colloque intitulé « Violence et travail » a
réuni plus de 650 enseignants-chercheurs, médecins du travail
et DRH (directeurs des ressources humaines autrefois appelés
chefs du personnel). Médecins du travail et syndicats réfléchissent
au moyen de faire baisser la violence et les souffrances sur
les lieux de travail. Lergonomie, qui permet danalyser
les situations de travail, est un outil précieux. Il suffit
parfois dun aménagement des espaces et dune isolation
phonique pour faire baisser la violence. Par exemple, dans les
bureaux de poste, lattente se fait désormais de façon
organisée et chaque agent est isolé phoniquement pour ne pas
être perturbé par ce que dit son collègue. Cela a fait baisser
de manière importante les manifestations violentes des usagers
comme des postiers Alors, au travail !