| Vaccin Hépatite B Farines animales
|
La violence ne séprouve
pas, ne sexprime pas, ne se dit pas de la même manière selon que lon est un
homme ou une femme.
Selon les sexes, le rapport à la violence est différent. On tolère la
violence des petits garçons, alors quon éduque les filles à léviter, à la
contourner entre elles et avec les garçons. Saisir cette différence permet de mieux
comprendre et analyser les expressions et les réactions des hommes et des femmes face à
la violence au travail.
Lapprentissage
social sexué de la violence
« Les filles peuvent être
violentes et se battre entre elles, explique Pascale Molinier, chercheuse en
psychodynamique du travail et maître de conférences au Cnam (Conservatoire national des
arts et métiers), à Paris, mais cette violence nest à aucun moment valorisée. Au
contraire, elle est ridiculisée. Elles ne se « battent » pas, elles se « crêpent le
chignon ». Alors que, pour un garçon, être un homme cest savoir se battre. Les
femmes ne naissent pas non violentes et les hommes violents. Il sagit dun
féminin et dun masculin socialement construits. La violence est un exutoire
masculin possible et nen est pas un au féminin. Elle ne sinscrit pas dans la
construction du féminin. » Cela ne signifie pas que lagressivité féminine
nexiste pas, mais son expression sera différente.À quelques exceptions près, la
violence légitime est interdite aux femmes. Elles nont jamais eu accès aux armes,
et elles navaient pas le droit de faire couler le sang, que ce soit dans des rites
sacrificiels ou à la guerre. La chasse est un univers essentiellement masculin, la
plupart des femmes ayant surtout pour fonction de préparer le casse-croûte !
Enfin, les métiers qui font appel à la violence légale, police, armée, sont en
majorité exercés par des hommes, alors que ceux qui font appel à la fonction maternelle
sont féminins : infirmières, aides-soignantes, assistantes sociales
Ces représentations sociales de la
violence imprègnent même la psychanalyse. « On retrouve chez Freud cette impossibilité
de penser la violence au féminin. Pour lui, lacte fondateur de lhumanité est
une joute violente entre mâles. Ce sont les hommes qui tuent le père violent. Et que
font les femmes dans cette rêverie psychanalytique ? Elles ne se révoltent surtout pas
contre le père violent, elles restent soumises
Car elles ne veulent pas être
séparées de leurs petits
On retrouve ici lhomme violent et la femme bonne de
limaginaire social. » Quant à la violence sexuelle, elle est essentiellement
masculine. Il sagit dune violence de domination et dasservissement. Les
travaux de Daniel Wezler Lang, sociologue, montrent que les hommes dans les prisons
utilisent le viol pour asservir les plus faibles et les soumettre. Les hommes violés se
retrouvent dans les tâches « féminines » : nettoyer la cellule, repasser
Ce
sociologue considère que le petit garçon nest pas plus agressif que la petite
fille, mais que sa socialisation masculine dans les clubs sportifs, entre garçons, à
lécole, à larmée, saccompagne dune initiation à la violence.
Suicide,
vandalisme, sabotage
Ces représentations sociales sont
à luvre dans lunivers du travail. « Les études en psychopathologie du
travail montrent que les expressions de la souffrance au travail sont sexuées. Les formes
spectaculaires : suicides, vandalisme, sabotage, explique Pascale Molinier, sont plutôt
le fait des hommes, tandis que les pathologies somatiques plus discrètes sont plutôt le
fait des femmes. » Cela est confirmé par les thérapeutes. Marie-France
Hirigoyen, psychiatre et autrice du livre Le Harcèlement moral, la violence perverse
au quotidien constate dans sa pratique que les femmes somatisent. Ainsi, une patiente
exposée au harcèlement va prendre trente kilos, ou faire un eczéma géant et consommer
des antidépresseurs. Un patient, dans une situation similaire, venu un jour la voir, lui
a raconté son histoire. Quelques jours après il sest suicidé
Les moyens mis
en place pour lutter contre la violence et la souffrance au travail ne sont donc pas les
mêmes. Ces dernières années, la psychodynamique du travail a mis en évidence comment
les hommes dans les métiers masculins, le bâtiment par exemple, ont mis en place des
stratégies collectives de défense. Ils sinterdisent toute allusion à la peur et
à la souffrance. Et on trouve dans leurs discours de nombreuses références mêlant
virilité et courage.
« Dans les métiers féminins, comme
infirmières ou aides-soignantes, explique Pascale Molinier, la violence des usagers est
contournée. Les femmes vont léviter. Pour cela, elles peuvent aller jusquà
utiliser des moyens non autorisés. » Lors dune étude menée auprès
daides-soignantes (Travaillant dans une maison de retraite accueillant
essentiellement des hommes, danciens ouvriers ruraux.), Pascale
Molinier a mis en évidence ces moyens détournés. Quoi que fassent les aides-soignantes,
lalcool circule dans les services et génère de la violence. Mais, comme elles
savent que son manque est encore plus redoutable en termes de violence, elles tolèrent la
circulation des bouteilles. Elles vont monnayer cette tolérance pour négocier des soins
comme celui de la douche, source dincidents violents : « Vous acceptez de vous
doucher sans faire dhistoire et je ferme les yeux sur les bouteilles. » « Il
sagit de transgressions compatissantes, explique Pascale Molinier, car pour une
soignante lutilisation de la violence est un échec, elle est en totale
contradiction avec son métier basé sur la compassion. »
La mort de
Geneviève, infirmière psychiatrique
Mais aujourdhui les
contraintes organisationnelles sont telles (économies, manque de personnel, etc.) que
certaines infirmières sont confrontées à des situations dans lesquelles le
contournement ou la transgression compatissante nest plus daucun secours.
Geneviève, infirmière, 31 ans, agressée par un malade en service psychiatrique de
Saint-Jean-Bonnefonds, dans la Loire, est morte le 8 juillet 1999. Son meurtrier était
réputé dangereux. Selon les chiffres des accidents du travail en milieu psychiatrique,
les incidents et accidents violents sont nombreux : blessures à larme blanche,
fractures, plaies à larcade sourcilière, etc. Contenir cette violence des malades
mentaux implique parfois un corps à corps avec le patient. Lobjectif est alors de
parvenir à les maîtriser sans leur faire de mal. « Dans les équipes en psychiatrie,
explique pascale Molinier, les femmes sont désormais majoritaires, les quelques
infirmiers hommes qui restent sont les gardiens de la sécurité. On fait appel à eux
dès quune intervention musclée est nécessaire : les rôles sexuels sont ainsi
respectés. Cependant, à la différence dautres hommes exerçant un métier
dangereux, souvent valorisé, la virilité des infirmiers en psychiatrie est sans gloire
car leur violence est en totale contradiction avec le soin, elle est déshumanisante pour
celui qui la subit autant que pour celui qui lexerce. » La mort de Geneviève
prouve que la « ruse féminine » qui consistait à mettre de « lhaldol dans le
potage » (augmenter les doses de médicaments prescrites) a ses limites et ne permet pas
de faire face au manque de crédits, de personnel et à labsence de réflexion
collective sur « quest-ce que lon fait de nos fous ? » Partout où, face à
la violence, se met en place une réflexion collective sur la manière de la gérer, tout
le monde y trouve son compte. Les usagers comme les personnels, les femmes comme les
hommes. Que ce soit à la poste, à lhôpital, dans les bureaux, où ailleurs.
|
|