Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Allons-nous
célébrer la naissance de l'an 2000 à reculons ? En un
siècle, notre espérance de vie a gagné 33 ans. De 46 ans en
1899, elle est passée à 79 ans en 1999. Un beau bond, en France
du moins. Mais cette marche en avant voit s'accumuler de bien
vilains nuages. L'Institut national d'études démographiques
vient de publier les premières évaluations des effets directs
de la pollution atmosphérique sur la mortalité. En 1996 : 31
000 morts, dont 14 000 dus à la pollution atmosphérique hors
circulation routière et 17 000 dus à la pollution par circulation
routière. Si l'on y ajoute la mortalitéé par "pneumopathies
obstructives chroniques" (dont l'asthme), 16 700 décès,
cela donne à la " pompe " qui entoure la préparation
du 3e millénaire une allure un peu... funèbre ! Notre civilisation
automobile, industrielle et chimique va droit dans le mur. Les
statisticiens, dont le génie calculateur n'est plus à démontrer,
ont chiffré ces réductions de vie. Elles sont de 0,6 an (pour
tous) en 1996, dont 0,34 an provoqué par les seuls véhicules
à moteur. Bref, au pays d'Arletty, on manque de plus en plus
d'air. Atmosphère, atmosphère ! Nous n'avons plus une tête d'atmosphère,
mais la gueule de bois !
Le bon sens
voudrait qu'on intervienne à la source, à l'origine de la pollution.
Il faudrait pour cela réunir deux conditions. Une volonté politique
forte, indépendante des lobbies, et le soutien du public réellement
informé des dangers qui le menacent.
Or, sous
prétexte de ne pas affoler l'opinion, les médias, dans leur
ensemble, n'abordent les dangers de la pollution que lorsque
le mal est fait. Respect des annonceurs oblige, on ménage les
grands groupes automobiles, pétrochimiques, agroalimentaires,
pharmaceutiques...
Un seul
exemple. Qui parle aujourd'hui des téléphones portables et des
antennes-relais sur les immeubles ? Personne ou presque. Alors
que leur dangerosité - dont nous vous informions dans notre
numéro de mai dernier - est confirmée par de récentes études
anglosaxonnes (lire notre Actualités, page 4).
Les décisions
industrielles qui engagent la santé publique devraient être
prises en toute indépendance. Or ce n'est pas le cas, loin s'en
faut. C'est ce qu'a découvert André Aschieri, député apparenté
Verts, chargé d'un rapport sur les risques sanitaires liés à
l'environnement. Dans son livre La France toxique
, il dénonce les magouillages, grenouillages et cafouillages
qui président aux choix sanitaires et environnementaux. "
Au-delà des services qui se déchirent, le carriérisme, les calculs
politiques et les basses manuvres visant à favoriser un
lobby ou à le protéger, une administration peut paralyser des
dossiers jusque dans les cabinets ministériels où certains conseillers
ne se privent pas de tromper leur propre ministre, de choisir
ses relations, voire de faire disparaître des documents. "
On a rarement été plus explicite. Il ne manque que des noms.
Il en donne quelques-uns. Les pressions des lobbies ne sont
pas une lubie ! Elles existent, André Aschieri les a rencontrées.
Quant au
rôle des " experts ", il souligne leurs liens trop
étroits avec les pollueurs. " L'affaire de l'amiante avec
ses dizaines de milliers de morts, qu'aucun haut fonctionnaire
ne voulait regarder en face, illustre la faculté d'hypocrisie
que certains directeurs sont capables de déployer en s'appuyant
sur des experts qui savent faire preuve de grande retenue. "
Pour la
première fois, un homme du sérail, un politique, sort de la
langue de bois. Son livre, véritable tour de France des menaces
actuelles, dévoile cette délinquance en costume croisé, ces
complicités entre l'industrie et le politique, ces décisions
prises en toute impunité, dont les conséquences sur la santé
des Français sont incalculables. " Nous serons cette fois
responsables, mais aussi... coupables ", conclut le député
des Alpes-Maritimes.
La France
toxique devrait être le livre de chevet de tous les militants
et passionnés de vérité. Il s'adresse à tous ceux qui veulent
changer quelque chose. Il offre des pistes de réflexion sur
le fonctionnement de la future agence Santé-environnement annoncée
par Lionel Jospin en conclusion des Etats généraux de la santé,
en juin dernier. Pour Aschieri, l'indépendance de cette agence
et de ses experts doit être totale, et la présence des représentants
des usagers et des consommateurs indispensable. Nous ne pouvons
que souscrire à cela.
Notre entrée
dans le 3e millénaire ne s'annonce pas sous des jours aussi
limpides que le prétendent certains. Il est temps de redonner
à la politique et à nos représentants leur rôle d'arbitres.
Dans le paysage mou de la pensée unique, La France toxique retentit...
comme un ouragan salutaire !