ALTERNATIVE
SANTÉ - LImpatient : Où en est la recherche en homéopathie
?
Bernard
Poitevin : elle progresse lentement car lÉtat na
pas mis un seul centime dans ce secteur dactivité depuis
1987, alors que cette forme de médecine est utilisée régulièrement
par 10 % des Français. Seuls les laboratoires privés financent
la recherche. Or, ils ne peuvent tout faire et poursuivent,
on ne saurait leur en tenir grief, leur intérêt. Dans ces
conditions, on voit mal comment lhoméopathie pourrait
être évaluée de façon indépendante, les laboratoires étant
à la fois juge et partie.
Lhoméopathie
est-elle évaluable ?
Oui.
A condition de le faire de façon appropriée. La médecine allopathique
agit sur des mécanismes : on oppose un antidouleur à la douleur.
Action et réaction sont directement mesurables. La médecine
homéopathique ne relève pas de la même logique. Elle agit
surtout sur le fond : le médicament intervient sur la façon
dont le malade réagit. Le résultat est difficilement quantifiable.
Certes, on peut évaluer leffet ponctuel dun produit
homéopathique sur un problème précis, mais on mesure rarement
la valeur de lhoméopathie dans léconomie globale
de la santé du patient. Pour en juger, il faudrait sinterroger
sur ce qui se passe dans limmédiat et six mois plus
tard. Les malades ressentent-ils un mieux sur les signes cliniques
de leur maladie ? Comment évolue leur affection ? Leur qualité
de vie globale saméliore-t-elle ? Et le coût du traitement
est-il moindre ?
Cest
possible ?
Lanalyse
de lhoméopathie, selon la législation française est
du ressort de lAgence du médicament, désormais Agence
française de sécurité sanitaire des produits de santé. Cette
agence soccupe exclusivement cest son travail
des médicaments, ce qui donne une vision tronquée de
cette médecine globale quest lhoméopathie.
Quelles
sont les conclusions des études sur lefficacité des
médicaments et des traitements homéopathiques ?
Leffet
de lhoméopathie ne se réduit pas au seul effet placebo.
Les publications ne démontrent pas clairement leffet
spécifique dun traitement dans une pathologie donnée.
Pour les différentes techniques de prescription (uniciste,
complexiste, pluraliste) et les différents stades de dilution,
lensemble des essais cliniques donnent des résultats
comparables, mais on ne connaît toujours pas le mécanisme
daction homéopathique, principalement en hautes dilutions
Les
autorités et les laboratoires ont-ils vraiment envie dévaluer
lefficacité de lhoméopathie ?
Cette
volonté est partielle. Actuellement, les pouvoirs publics
laissent linitiative aux laboratoires. Ceux-ci ne sengagent
pas dans une réelle démarche dévaluation qui aboutirait
à des conclusions à la fois positives et négatives et remettrait
en cause certains aspects de lhoméopathie avec, au bout
du compte, une clarification de leffet des médications
homéopathiques. Les médecins homéopathes et les malades sont
indirectement victimes dun dossier qui nest traité
de façon globale, ni par lAgence sanitaire des produits
de santé, ni par les laboratoires. Dans tous les domaines
il faut savoir progresser. Lévaluation générale de lhoméopathie
est, selon moi, indispensable, comme laffirmait récemment
lOrdre des médecins.
Comment
sortir lhoméopathie de cette impasse ?
Cest
aux homéopathes de travailler avec des équipes hospitalo-universitaires,
de nouer des partenariats avec dautres médecins généralistes
et/ou spécialistes dans le cadre de cabinets de groupe par
exemple, de participer aux progrès de la médecine générale.
Cest aux pouvoirs publics de prendre leurs responsabilités.
Je suis effaré du mépris dans lequel on tient les gens qui
font confiance à lhoméopathie et dont les traitements
sont moins bien remboursés, alors quils paient une Contribution
sociale généralisée et cotisent à la Sécurité sociale.
Comment
expliquez-vous cette attitude ?
Ils
affirment que cette médecine na pas fait ses preuves.
En réalité, elle nest pas suffisamment évaluée.
Les
homéopathes ont pourtant contribué aux derniers États généraux
de la santé
Oui.
Dans ce dessein, ils ont même organisé un débat sur lhoméopathie,
mais ils ont attendu en vain une réaction du ministère de
la Santé ou de lAgence du médicament.
impatient@medecines-douces.com