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Le
Collectif féministe contre le viol a remis le 22 juin 1999 au
ministère de la Justice un rapport denquête sur le thème
Agressions sexuelles incestueuses dans un contexte de séparation
des parents, dénis de justice ? Les auteurs de ce rapport ont
répondu à nos questions.
ALTERNATIVE
SANTÉ - LImpatient : Existe-t-il une augmentation du nombre
de dossiers dincestes lors des séparations des parents
?
Le Collectif
féministe contre le viol : Nous avons de plus en plus dappels
à laide de parents denfants très petits (moins de
sept ans), la plupart du temps des mères. En cas de divorce,
nous constatons souvent que des enfants qui dénoncent des agressions
sexuelles, ne sont ni crus ni entendus par la justice. Quand
un enfant dénonce des violences sexuelles exercées par un parent,
le plus souvent le père, on ne dit plus quil ment, on
parle de fausses allégations. Ensuite, on essaie de démontrer
que lenfant est manipulé ou influencé (sans mauvaise foi)
par lentourage. Or, nous avons des témoignages denfants
avec des paroles denfants qui ne laissent aucun doute
sur la réalité des faits.
Comment
expliquez-vous cette situation nouvelle ?
Depuis quelques
années, les violences sexuelles sur les mineurs sont mieux prises
en compte. On a compris que linceste nest pas un
phénomène marginal et que les agresseurs viennent de tous les
milieux sociaux. Toutefois, ce quon entend, ce sont surtout
les victimes arrivées à lâge adulte parlant dabus
subis dans leur enfance. Or, ce qui caractérise la situation
actuelle, cest que les victimes dinceste parlent
de plus en plus jeune. Notre société a toujours des difficultés
à les entendre et à les écouter. Quand les parents divorcent,
lenfant parle plus facilement. Aujourdhui, les mères
quon a longtemps dénoncées comme complices des agresseurs
cherchent à protéger leurs enfants. Tout cela est la conséquence
dune prise de conscience sociale et dun travail
de prévention.
Existe-t-il
en France une multiplication de ces fausses allégations ?
On nen
sait rien. Les fausses allégations dinceste dans le cadre
de divorce existent probablement. À lheure actuelle, il
y a très peu détudes sur cette question. Lidée de
la multiplication des fausses allégations repose sur la subjectivité
des personnes et la parole de certains magistrats. Un psychothérapeute
dorigine belge, Hubert Van Gijseghem a largement participé
à la propagation de cette idée lors de sessions de formation
organisées en France ces dernières années pour les professionnels
de la maltraitance. Il sappuie sur des travaux anglo-saxons
controversés et oublie que, même au États-Unis, le débat est
loin dêtre clos.
Dans
ces affaires, la justice semble connaître des dysfonctionnements
?
En cas dagressions
sexuelles dun enfant par un parent, il y a deux instances
judiciaires : la justice pénale (car il sagit de délits
ou de crimes) et la justice civile (pour régler la procédure
de divorce). Sans réelle coordination entre les deux.Durant
cette procédure, le parent protecteur, le plus souvent
la mère, souhaite faire suspendre le droit de visite
de lagresseur pour faciliter la tâche des enquêteurs.
Pourtant, les JAF (juges aux affaires familiales) pensent trop
souvent que des enfants si petits ne peuvent que mentir, influencés
par un tiers, en loccurrence la mère. Prenant davantage
en compte les intérêts du père que les plaintes de lenfant,
ils préfèrent aménager le droit de visite plutôt que le suspendre.
Lenfant peut ainsi se retrouver en contact avec lhomme
qui la agressé chez une grand-mère ou dans nimporte
quel autre lieu.
Pensez-vous
que certains enfants ne sont pas protégés ?
Le contexte
de lémergence (le divorce) de la parole de lenfant
jette un discrédit immédiat sur ce quil dit. La mère est
demblée soupçonnée de le manipuler consciemment ou inconsciemment
pour obtenir un divorce aux torts de son mari et la garde exclusive
de lenfant. Conséquence : la justice ne joue pas son rôle
qui est de protéger lenfant.
Comment
expliquez vous que 51 % des plaintes au pénal soient classées
sans suites ?
En cas de
séparation des parents, la suspicion de la justice et de la
police est telle que les agresseurs sont rarement punis. Des
certificats médicaux de lésions anales ou génitales ne suffisent
pas aux magistrats. En revanche, lorsque les certificats médicaux
nétablissent pas de lésions, ils sont utilisés pour prouver
quil ny a pas eu dagression sexuelle.
Comment
expliquez vous cette situation ?
Notamment
par la contre-attaque des pères incestueux. Il existe en France
un mouvement associatif qui rassemble des pères réclamant légalité
pour la garde des enfants. On peut légitimement réfléchir au
fait de ne pas confier la garde systématiquement à la mère (en
France, un père sur dix réclame la garde de son enfant). En
revanche, il est inacceptable que des associations acceptent
de défendre des dossiers avant même de savoir si les accusations
portées contre le père sont vraies ou fausses. Conséquence :
des pères incestueux profitent du contexte social, favorable
aux pères pour léducation de lenfant, pour défendre
leurs intérêts qui nont rien à voir avec ceux de lenfant.
Propos
recueillis par Martine Laganier
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