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Lancé
à grand renfort de publicité, le Relenza sannonce
comme le premier médicament spécifique de la grippe. Prescrire,
revue médicale indépendante, le juge peu efficace et le
Syndicat de la médecine générale appelle lensemble
des médecins à refuser de le prescrire.
Dans
un communiqué publié le 5 novembre, le Syndicat de
la médecine générale (SMG) dénonce « la campagne publicitaire
intense concernant le Relenza et labsence dinformation
pertinente des médecins sur ce médicament, en particulier
pour ce qui est du rapport bénéfices thérapeutiques/risques
thérapeutiques pour les patients [ ]. Le SMG
appelle lensemble des médecins à refuser de
prescrire le Relenza, en létat actuel des informations
données au corps médical. »
Le
lancement fin octobre, par le laboratoire Glaxo-Wellcome,
du premier médicament contre le virus grippal, le Relenza,
a fait la une de la presse. En fait, le Relenza nest
pas le premier antiviral antigrippe. Cest le second,
avec le Mantadix. Ce dernier est efficace contre les virus
grippaux de type A, alors que le Relenza est efficace contre
les virus A et B. Toutefois, comme le remarque la revue
médicale Prescrire (Zanamivir : pas de progrès tangible
contre la grippe, Prescrire, novembre 1999.), le virus A
est le plus répandu. Faute détudes comparatives, il
nest pas prouvé que le Relenza est plus efficace que
le Mantadix.Lélément actif du Relenza est le zanamivir,
une molécule qui sattaque à lune des enzymes
du virus de la grippe, arrêtant sa multiplication. Seules
trois études cliniques ont été consacrées à ce produit,
ce qui est peu, note Prescrire. La notice qui lui est consacrée
dans le Vidal, dictionnaire des médicaments utilisé par
tous les médecins, montre que des inconnues subsistent sur
son efficacité et ses effets indésirables. Lanalyse
précise des trois études, faite par la revue Prescrire,
confirme la médiocrité de ces résultats.
Prudence
pour les enfants
La
grippe est une maladie bénigne, sauf chez les personnes
âgées et les sujets à risque atteints de certaines maladies.
Or, le Relenza a été testé chez des sujets dont la plupart
nétaient pas atteints dune autre maladie au
début de leur grippe. Quelques patients âgés ou asthmatiques
ont été inclus dans les études du zanamivir, mais leur nombre
était trop faible pour conclure à lefficacité du traitement
dans leur cas. On ne sait donc pas si le zanamivir est actif
chez les sujets pour lesquels un traitement antiviral antigrippe
serait le plus utile (Mantadix na pas fait ses preuves
non plus chez les sujets fragiles. Pour les autres patients,
la diminution du nombre de jours de grippe est comparable
à celle du Relenza [ ].). En outre, le zanamivir na
pas été testé chez les enfants de moins de douze ans. Il
ne doit donc pas leur être prescrit. Le Relenza semble efficace
pour les adolescents et les adultes qui ne font pas partie
de ces catégories. Toutefois son efficacité nest guère
supérieure à celle dun placebo (traitement fictif).
Elle se traduit par une durée moyenne de la grippe qui descend
de six jours et demi pour les sujets sous placebo à cinq
jours pour les sujets prenant du Relenza Pour profiter
dun bénéfice aussi médiocre, il faut prendre le Relenza
dès les premiers symptômes (dans les quarante-huit heures)
et en inhaler deux doses deux fois par jour, pendant cinq
jours. Or, il ne sagit pas dun spray nasal à
inspirer, mais dune poudre à inhaler avec un tube
quon introduit dans la bouche au risque de ne pas
tout absorber ou den rejeter une partie en éternuant.Encore
faut-il être vraiment atteint de la grippe et non dune
fausse grippe. Autre problème : les effets indésirables.
Le Relenza est également déconseillé aux femmes enceintes
et à celles qui allaitent. Dans ces deux cas, des études
chez le rat et le lapin ont montré des altérations mineures
du ftus, le produit passant par le lait des rates.
Des effets indésirables ont été constatés chez 33 % des
personnes qui ont essayé le Relenza : maux de tête, problèmes
aux voies nasales, troubles gastro-intestinaux, bronchites
et toux. Rien de bien grave, sauf quil sagit
dune grippe bien franche que le traitement est censé
éviter.
Comme
un placebo
Notons
que le Relenza ne protège pas mieux que le placebo des complications
bactériennes (bronchites et problèmes pulmonaires) qui exigent
un traitement antibiotique. Prescrire note que ladministration
américaine du médicament signale quelques cas de spasmes
bronchiques chez des sujets asthmatiques américains. Certes
aucun effet indésirable grave nest connu avec le zanamivir,
mais on ne dispose daucun recul. Enfin, dénonçant
les indications trop larges de ce médicament qui peuvent
inciter les médecins à des prescriptions trop fréquentes,
le Pr Goudeau, virologiste à Tours, craint « quun
usage irrationnel de ce nouveau médicament ne conduise à
lémergence de nouvelles résistances du virus » (Le
Monde, 24 août 1999). Le Ministère a probablement autorisé
la vente du Relenza parce quil est fabriqué sous licence
en France. Mais il existe un autre antiviral, le Mantadix,
qui a des effets secondaires connus et limités à des troubles
neurologiques bénins et de courte durée (nervosité, maux
de tête, insomnie, cauchemars). Le Relenza coûte 150 F,
non remboursés par la Sécurité sociale. On comprend mal
que le Ministère ait autorisé un produit aussi peu efficace
et dont on ne connaît pas les effets indésirables à long
terme. Et alors quil existe depuis trente ans un autre
antiviral, le Mantadix, peu coûteux (50 F) et dont les effets
secondaires sont bénins et de courte durée (nervosité, maux
de tête, insomnies, cauchemars).