Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Les
décisions prises par lex-Agence du médicament ont secoué
lunivers de lhoméopathie provoquant une mobilisation
sans précédent.
Juillet
1998 LAgence du médicament interdit les médicaments
isothérapiques, fabriqués à partir de substances spécifiques aux
malades ou qui ont provoqué la maladie (sécrétions nasales, poil
du chat ). En octobre de la même année cinq remèdes fondamentaux
pour les homéopathes sont suspendus : Luesinum, Medorrhinum, Psorinum,
Morbillinum, Pertussinum. Le 22 janvier 1999, cest au tour
de 173 médicaments dorigine animale dêtre menacés,
toujours par une décision de lAgence du médicament.Cest
une mise à mort orchestrée de lhoméopathie, sinsurgent
alors les médecins. « Comme si on enlevait ses outils au maçon
», semporte le Dr Edouard Broussalian, président de la Coordination
des médecins homéopathes français (229, route de la Tire,
74410 Saint-Jorioz. http://planete-homeo.cdtel.fr
).
Les malades
ne comprennent pas. Christiane R. sest vu refuser par lInstitut
Alfred Fournier la préparation de remèdes réalisés à partir déléments
microbiens de sa propre flore intestinale, le seul produit qui
la débarrassait enfin dune fièvre tenace et dorigine
inexpliquée. Elle finit par sadresser à un laboratoire allemand.
François B. appréciait le Luesinum qui diminuait ses insomnies
provoquées par la peur : il a dû sen passer. Caroline G.,
sujette aux infections vaginales, appréciait laide de Psorinum
: elle en a été privée. « On semploie à trouver des remèdes
équivalents, reconnaît le Dr Isabelle Automne, homéopathe. Ce
nest pas satisfaisant. Quand un mode de traitement me donne
satisfaction, je nai pas de raison den changer. Les
malades ne doivent pas être pénalisés. Il sagit de décisions
prises sans concertation avec la profession, décisions qui dénotent
une méconnaissance totale de lhoméopathie en haut lieu.
»
Le
prion la met à genoux
De telles mesures
sexpliquent par la crainte que ces produits, dorigine
animale ou humaine, ne transmettent des virus ou des agents non-conventionnels
(type prion). Un souci de sécurité louable mais inapproprié
aux conditions de fabrication des remèdes homéopathiques car les
dilutions assurent une grande marge de sécurité. « Parmi les derniers
médicaments interdits en basse dilution, il y a Apis et VAB. Le
premier provient du venin dabeille que nous utilisons dilué.
Or, les allergologues continuent de lemployer non dilué
pour désensibiliser les sujets allergiques au venin dabeille.
Dans le cas du VAB, il sagit dune dilution du vaccin
du BCG. Or, à notre connaissance, lAgence du médicament
na pris aucune mesure contre le BCG. Où est la cohérence
? », sinterroge le Dr E. Broussalian.Plus de la moitié des
souches utilisées en homéopathie ne sont plus remboursées par
la Sécurité sociale. Sur 3 000 substances prescrites, seules 1
173 donnent désormais droit à une prise en charge de 65 % par
la Sécurité sociale.
Une
protestation massive
Conséquence
de ces décisions : la mobilisation des homéopathes a été sans
précédent. Oubliant pour la première fois leurs querelles internes,
les homéopathes unicistes, pluralistes et complexistes ont créé
une Coordination nationale. « Nous avons volontairement prolongé
nos études. Nous avons, parce que nous y croyions, supporté les
quolibets, les sarcasmes, le mépris, la suffisance de nos confrères.
Mais cette fois la coupe est pleine. Quon sen prenne
à lhoméopathie qui, depuis 150 ans, na jamais été
lobjet dune seule plainte en pharmacovigilance et
quon ninterdise pas le Viagra qui a fait au moins
150 morts aux États-Unis et une dizaine en France, me laisse perplexe
quant à la bonne foi et lhonnêteté du Ministère et de lAgence
du médicament », déclarait le Dr E Broussalian, président de la
Coordination nationale, à ALTERNATIVE SANTÉ - LImpatient
(voir n° 254).Le mouvement
a étonné par son ampleur. De 350 000 à 500 000 cartes de protestation
ont été envoyées au Ministère, signées par des médecins et des
malades. Ces derniers ont adressé, en outre, près de 100 000 pétitions
à Bernard Kouchner, secrétaire dÉtat à la Santé au moment
des faits. ALTERNATIVE SANTÉ - LImpatient sest également
fait lécho de ces difficultés et a lancé une pétition pour
le pluralisme thérapeutique (Nous attendons une réponse du
Ministère pour déposer vos 60 000 signatures, mais on ne sait
pourquoi, il tarde à nous répondre et à nous recevoir !).En
cette fin dannée, la tension est retombée. Les souches dorigine
animale ont été autorisées au-dessus de 4 CH. Les cinq remèdes
fondamentaux ont été rétablis fin octobre après que les laboratoires
eussent fourni à lAgence de sécurité des produits de santé
des garanties sur les contrôles exercés.Le manque de pertinence
de ces mesures en dit long sur la méconnaissance du dossier au
Ministère. Mais il semble que les laboratoires nont pas
regretté la suppression des isothérapiques dont la fabrication
restait artisanale ! Dans le cas des cinq souches suspendues,
il est étonnant que lAgence du médicament ait dû recourir
à cette mesure pour obtenir des garanties de sécurité. Les laboratoires
étaient forcément au courant. Pourquoi nont-ils pas réagi
avant ? Interrogé par une délégation de médecins de la Coordination,
Gilles Duhamel, alors conseiller technique de Bernard Kouchner,
a affirmé quun laboratoire considérait « que ces remèdes
étaient facilement remplaçables ».
Cela
étant, le souci du gouvernement français est partagé par dautres,
en particulier par les Allemands qui ont pris de sévères mesures
de précaution (chauffage à 133°C pendant 20 minutes) pour la préparation
des médicaments homéopathiques à partir de souches biologiques.
Le procédé pourrait être étendu à lensemble de lEurope.Certains
homéopathes considèrent de telles contraintes comme une reconnaissance
par labsurde certes, mais reconnaissance tout de
même des médicaments homéopathiques. « Tous les détracteurs
de lhoméopathie prétendent que les médicaments de ce type
ne contiennent rien. Pourquoi alors en contrôlerait-on la sécurité
virologique ? », sinterroge le Dr Jean-François Xavier,
représentant français au Comité européen pour lhoméopathie.
Dautres considèrent que cette crise peut être salutaire.
« Il faut intégrer la demande légitime des pouvoirs publics, affirme
B. Poitevin, car on ne peut pas se contenter de faire de la résistance.
Pour les souches dorigine humaine que jestime essentielles,
personne ne nous empêche de chercher pourquoi elles agissent,
den analyser les principes actifs, de les isoler pour produire
des remèdes en toute sécurité. Il faut réfléchir à ce que pourrait
être lhoméopathie dans cinq ou dix ans. Nous devons travailler
aujourdhui avec les techniques modernes comme laurait
fait Hahnemann en son temps. »
Initiatives
européennes
Sans financement
public et victime dinterdits successifs, lhoméopathie
française a du mal à trouver sa place. Ce nest pas le cas
à létranger : des assurances privées soutiennent la recherche
homéopathique en Allemagne. Situation plus ouverte encore en Grande-Bretagne
: les médecins homéopathes travaillent facilement avec les médecins
hospitaliers et au Royal London Homoepathic hospital qui bénéficie
du soutien de la famille royale, lhoméopathie est pratiquée,
évaluée et enseignée... Au Congrès de Londres en avril 1999, différentes
études épidémiologiques ont été présentées, confirmant lintérêt
de cette médecine. Parmi elles, une étude portant sur 2 400 patients
et réalisée de façon concertée en Allemagne, Pays-Bas, Grande-Bretagne,
Espagne, Russie, Ukraine, Suisse, Autriche et États-Unis montre
que les autres pays entretiennent avec lhoméopathie une
relation moins crispée que les Français.Ces exemples font dire
au Dr Jean-François Xavier, délégué du Syndicat des médecins homéopathes
à Bruxelles, que le sort de lhoméopathie se joue désormais
à lUnion européenne. « Des fonds européens ont été débloqués
par Edith Cresson, juste avant de quitter ses fonctions de Commissaire
européen, pour la réalisation dune enquête sur les bénéfices
attendus de lhoméopathie, précise-t-il. Des travaux de recherche
fondamentale sont également prévus dans le Ve plan européen. »Il
y a de bonnes raisons despérer, mais la vigilance des praticiens
et des malades qui ont fait pression sur le Ministère, ne doit
pas se relâcher. « La menace demeure, sinquiète le Dr E.
Broussalian, car il est question de supprimer les médicaments
mercuriels, très utiles dans les angines, les rhino-pharyngites,
les gingivites, les otites. Cette fois, pour des questions de
toxicité et sans considération du phénomène de dilution. »De toute
évidence, la pharmacopée homéopathique se trouvera réduite à une
peau de chagrin si les chercheurs ne réussissent pas rapidement
à expliquer le mode daction des hautes dilutions. Une tâche
urgente pour une réalité complexe.