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Janvier 2000

Interview

philippe beutin

«Il y aura des changements irréversibles dans la politique énergétique»

 

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DOSSIER
LES ENERGIES RENOUVELABLES
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Politiques et industriels s’intéressent enfin aux énergies renouvelables, sources de futurs profits. Intérêts économiques et santé des hommes et de la planète se rejoignent.

Philippe Beutin, ingénieur des mines, dirige le département des énergies renouvelables de l’Ademe, Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie.

 

 

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ALTERNATIVE SANTÉ - L’Impatient : En France, existe-t-il désormais une réelle volonté politique de développer les énergies renouvelables ?

Philippe Beutin : Oui, cette année, le gouvernement a mis en place un plan de relance des énergies renouvelables dans le cadre du contrat-plan et dans les régions avec les contrats État-régions. Ces décisions s’accompagnent d’un vrai budget : 300 millions de francs en 1999, idem pour les années suivantes. La France a pris de véritables engagements afin de réduire les gaz à effet de serre (Kyoto 1997). Se retrouver en 2010, au niveau des émissions de CO2 des années 1990 implique une réduction de 10 %. Le développement des énergies renouvelables participera à cet objectif.

Quelles sont les énergies renouvelables concernées ?

La France a des ressources importantes en énergies renouvelables : ensoleillement important dans le sud avec les régions Paca (Provence-Alpes-Côte d’Azur) et Languedoc-Roussillon ; le vent (nous sommes le deuxième gisement après la Grande-Bretagne, le Languedoc-Roussillon étant le plus important gisement d’Europe) ; la géothermie en Ile-de-France ; la microhydroélectricité (petits équipement de proximité sur les rivières) qu’il faut développer en informant davantage les populations. Il y a encore le bois-énergie et la biomasse…

Quelle est la place de « l’effet environnement-santé » dans ces nouveaux choix ?

Il existe une véritable prise de conscience de la nocivité de la pollution sur la santé des personnes. En témoignent la prise en compte de la pollution de l’air et les alertes, nombreuses désormais, dans les villes. Aujourd’hui, le débat est ouvert et il y aura des changements dans la politique énergétique de la France, même à propos du nucléaire. Le mouvement me semble irréversible. Bientôt, le marché électrique sera européen et les choix se feront de manière différente. Cela va accentuer la concurrence entre les différentes filières énergétiques et faire sauter les barrières entre les énergies. Des sociétés de service ou des pétroliers vont produire de l’électricité, par exemple.

Comment réagissent les Français ?

Les particuliers réagissent très bien à cette nouvelle situation. Ils sont surprenants. J’étais récemment à la foire de Marseille avec un exposant-fabricant de solaire et j’ai été ravi de constater que désormais les gens croient à la fiabilité du matériel proposé et sont prêts à investir. Quant aux industriels, ils voient les marchés se mettre en place dans d’autres pays européens et ils se disent : pourquoi pas nous ?

L’État propose-t-il des aides financières ?

Oui, car pour faire « décoller » un marché, des subventions sont nécessaires au départ. Celles-ci doivent être dégressives et cesser en 2006. À ce moment, le marché devra tourner tout seul. Pour atteindre cet objectif, il est nécessaire d’aider les industriels à proposer des produits compétitifs. Par exemple, pour un chauffe-eau solaire qui coûte à l’heure actuelle 24 000 F pour une famille de 4-5 personnes, la dépense devra se réduire à 15 000 F en 2006. L’État négocie des contrats avec les industriels pour faire baisser les prix et améliorer la qualité. Il impose par ailleurs la mise en place d’un véritable service de maintenance qui assure la pérennité des matériels.

En fait, les intérêts économiques sont en train de rejoindre les préoccupations d’environnement-santé ?

Effectivement, le développement de l’éolien, par exemple, dans le Nord-Pas-de-Calais est créateur d’emplois. De même, le développement du solaire en Rhône-Alpes et en Languedoc-Roussillon. Le marché des énergies renouvelables part de très bas et, dans les années à venir, il promet aux industriels un taux exceptionnel de croissance. Il va devenir très dynamique et très porteur en matière de développement économique !

 

 

 

 

 

 

 

 
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