Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
«
LOrdre des médecins fait montre dune hypocrisie fabuleuse
».Ancien président de lUniversité Paris XIII et doyen honoraire
de la faculté de médecine de Bobigny, le Pr Cornillot y dirige
le Département de médecines naturelles quil a créé il y
a dix-huit ans. Il est aussi président de la Fédération médicale
française des médecines naturelles.
ALTERNATIVE
SANTÉ - LImpatient : Que pensez-vous du retrait de certains
médicaments homéopathiques et des attaques répétées contre les
médecines non conventionnelles ?
Pr Cornillot
: Les lobbies médicaux et pharmaceutiques alimentent une vindicte
permanente contre les médecines naturelles. Le système français
de mise sur le marché des médicaments leur est soumis : 90 % des
experts de lancienne Agence du médicament avaient des intérêts
personnels dans lindustrie pharmaceutique (LAgence
du médicament a été remplacée en 1999 par lAgence française
de sécurité sanitaire des produits de santé. Les commissions de
mise sur le marché des médicaments devraient travailler dans une
plus grande transparence, mais lopposition à lhoméopathie
reste solide (Ndlr)). Dans la foulée, la Sécurité sociale a systématiquement
cherché à dévaloriser des médicaments ou des actes médicaux peu
dangereux et peu coûteux, en diminuant ou en supprimant leur remboursement.
Ces anomalies ne sont possibles que parce que notre société fonctionne
sur un mode pyramidal quasi militaire, où la haute technocratie
sest installée aux commandes : la Sécurité sociale ne fonctionne
pas de manière démocratique et ne défend pas les intérêts des
patients qui la financent. LOrdre des médecins fait montre
dune hypocrisie fabuleuse : il a laissé notamment inscrire
lostéopathie et la chiropraxie dans le Code de la santé
publique, parmi les disciplines réservées aux médecins, tout en
contestant leur validité scientifique et en refusant lorganisation
de leur enseignement.
Vous
avez créé le diplôme universitaire de médecines naturelles, à
Bobigny, en 1982. Quel bilan en tirez-vous ?
Pour
que lexpérience puisse sinscrire dans la durée, nous
avons préféré agir avec une prudence de Sioux. Nous avons formé
environ 1 500 à 2 000 médecins à ces médecines. Si notre expérience
reste unique, dautres facultés de médecine assurent des
formations dans certaines de ces disciplines. Un diplôme inter-universitaire
dacupuncture a été créé en 1989 et un diplôme inter-universitaire
de médecine manuelle et dostéopathie en 1996. Lenseignement
de lhoméopathie se fait dans plusieurs facultés. Mais notre
faculté reste la seule à assurer une formation en naturothérapie,
discipline qui recherche une vision globale de la santé en prenant
en compte le comportement personnel du patient et les facteurs
denvironnement. Nous avons en projet la création dun
mini-département de médecine traditionnelle chinoise qui regroupera
la formation en acupuncture, destinée aux médecins, une formation
en phytothérapie pour les médecins et les pharmaciens et une formation
en massages, en Qi gong et bases de lhygiène chinoise, ouverte
à un public plus large.
Quelles
sont les activités de la Fédération médicale française des médecines
naturelles ?
Cette
Fédération regroupe plusieurs associations nationales qui représentent
plusieurs milliers de médecins. Nous avons choisi de rester entre
médecins pour éviter dêtre pris dans les polémiques qui
opposent ceux qui veulent réserver les médecines naturelles aux
médecins et ceux qui veulent les ouvrir. Il y a suffisamment de
travail à faire au sein de la profession pour donner à ces médecines
la reconnaissance quelles méritent et développer les ressources
thérapeutiques quelles apportent. La Fédération va lancer
un projet dévaluation des médecines naturelles au plan européen.
Nous voulons évaluer la fiabilité de leurs diagnostics et la qualité
de leurs résultats. Cette recherche se fera avec des universités
de plusieurs pays et différentes organisations. Nous avons des
contacts en Grande-Bretagne, en Espagne, en Suède, en Allemagne,
en Italie, etc. Dans ces pays, nous travaillerons avec des associations
qui regroupent des médecins et des non-médecins, lorsque la législation
de leurs pays lautorise. Cette évaluation prendra en compte
lavis des patients.