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Janvier 2000

La cuisine solaire

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Roger Bernard, 72 ans, ancien maître de conférences en physique à l’Université de Lyon, vient de fêter ses vingt-cinq ans de cuisson solaire.

 

 

C’est au lendemain du premier choc pétrolier (fin 1973) que Roger Bernard décide de « creuser » la question de l’énergie solaire. « Lors d’un cours, explique-t-il, un étudiant lance cettecuisson.jpg (10778 octets) boutade : “Le soleil, c’est bien beau, mais on ne sait même pas faire cuire un œuf !” Cela a déterminé ma première expérience culinaire solaire. J’ai pris un œuf, je l’ai posé sur une plaque en bois, sous un bol en pyrex, avec un miroir derrière. Il était dix heures du matin… À cinq heures de l’après-midi, mon œuf était cuit, beaucoup trop cuit. Déjà, cette première expérience associait les trois éléments importants de la cuisson solaire : l’effet de serre avec le bol, l’isolation avec la plaque en bois et la concentration du rayonnement solaire avec le miroir. » Une vocation venait de naître. « Qui cuit un œuf… cuit un bœuf, plaisante Roger Bernard. Depuis, ma recherche n’a pas cessé. J’ai choisi une cocotte en fonte noire, une boîte en carton avec une vitre et j’ai inventé mon premier cuiseur-boîte. D’autres ont fait la même invention. »

Le poids des habitudes

Lors d’un congrès organisé en 1977, à Londres par l’Unesco sur l’énergie solaire, M. Hoda, un Indien, a présenté une intervention sur la cuisson solaire. Aux États-Unis, à la même époque, Barbara Kerr, co-fondatrice de l’association SCI (Solar Cookers International, 1919, 21 st Street, suite 101, Sacramento, CA 95814, USA.) était arrivée au même résultat. « Pendant dix ans, poursuit Roger Bernard, j’ai perfectionné mon cuiseur pour aboutir, en 1987, à ma première cuisinière solaire et à mon premier livre “Le Soleil à votre table”. Cette cuisinière, construite en collaboration avec M. Corbières, concrétisait notre travail mais aussi celui de l’Aledes (Université Lyon I, 69622 Villeurbanne.), association lyonnaise pour le développement de l’énergie solaire. » Mais en 1988, au Salon des inventions de Genève, Roger Bernard réalise que les gens ne sont pas prêts, et surtout qu’ils ne croient pas à l’avenir de la cuisson solaire. Échec aussi dans les pays du tiers monde : « Trois milliards de personnes cuisinent en brûlant du bois et près d’un milliard et demi ont du mal à en trouver, explique Roger Bernard. De plus, la déforestation est à l’origine de problèmes écologiques graves. Ces pays, riches en soleil… le sont aussi d’habitudes culinaires qui ne peuvent se changer du jour au lendemain. »Pour un scientifique, les échecs sont formateurs. Il s’oriente vers la fabrication d’un outil pédagogique pour les enfants . « Un cuiseur à assembler en moins d’une heure, le plus simple possible. Ce cuiseur a été récupéré par une association américaine, pour aboutir en 1994 à la création du CooKit qui pèse 500 grammes et coûte quelques dollars. Sa fabrication en série devenait possible. Le cooKit a acquis ses lettres de noblesse dans les camps de réfugiés du Kenya, où plusieurs milliers de familles l’utilisent maintenant. »

L’énergie sans compteur !

Roger Bernard est convaincu des avantages de la cuisson solaire, même dans les pays riches, en particulier des avantages diététiques. « On peut cuire un kilo de pommes de terre avec un verre d’eau, cela revient à utiliser l’eau que les légumes contiennent. De plus, l’énergie vient d’en haut. Résultat, cela ne colle pas au fond du récipient et l’on n’a pratiquement pas besoin de graisses. Les céréales et les légumineuses sont excellentes. Ce qui compte, c’est la clarté du ciel et non la température ambiante. On peut installer le cuiseur sur un balcon et cuisiner un délicieux poulet dès le mois de mars. »En 1999, s’est déroulé en Italie un colloque consacré la cuisson solaire et au séchage des aliments. Plus de 300 personnes venues de 64 pays étaient présentes. « On peut se brancher sur une énergie sans compteur et sans passer par une multinationale. Je pense qu’il est important que nos enfants le comprennent . Le petit livre (La Cuisson solaire facile, une délicieuse alternative, Collection Les Pratiques, Jouvence, 29 F.) que je viens d’écrire est un outil non seulement pour fabriquer son cuiseur mais encore pour favoriser cette compréhension. »

 

 

 

 

 

 

 
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