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Vivre
de manière écologique sans retourner à la lampe à pétrole, cest
ce qua voulu expérimenter léquipe du journal Les Quatre
Saisons du jardinage et des éditions Terre vivante. En février
1994, elle quitte Paris pour sinstaller sur le domaine de
Raud, situé entre le Vercors et le Dévoluy (Alpes françaises).
La totalité du centre Terre vivante est une démonstration in vivo
de la faisabilité dun tel projet. Le domaine couvre 50 hectares,
20 sont aménagés et 4 sont accessibles aux visiteurs.
De
la théorie à la pratique
Le centre
est situé à une dizaine de kilomètre de la petite gare ferroviaire
de Mens-Clelles, à une heure de Grenoble ou de Gap. Lorsquon
arrive au bout de la route daccès, on est saisi par le caractère
grandiose du site, arbres dorés et verts en cette période dautomne,
montagnes au loin. Les voitures se garent sur une aire légèrement
excentrée pour respecter le calme des lieux. Un petit raidillon
permet daccéder à pied au centre et de tester la qualité
de lair et létat de ses poumons. Devant soi, les bâtiments
qui abritent léquipe de Terre vivante : les bureaux, le
restaurant et un peu plus loin léco-boutique, environ 600
mètres carrés de surface habitable. Ossatures en bois, murs en
briques de terre cuite, toitures en bardeaux de mélèze, voûtes
nubiennes avec des matériaux respectueux des hommes et de lenvironnement
illustrent les choix écologiques. Lexposition permanente
permet de se familiariser avec ces
différents matériaux et procédés, des fiches techniques en expliquent
les utilisations possibles. Le centre a été conçu en fonction
du climat et non contre le climat : lexposition des bâtiments
permet de profiter au mieux de la lumière du jour, etc.Vingt-trois
personnes viennent chaque jour y travailler : administratifs,
jardiniers, personnel dentretien et journalistes des Quatre
Saisons du jardinage. Derrière les bâtiments des bureaux se trouvent
ce que lon appelait autrefois les communs, réunissant garages,
écuries, chaudières, réserve de bois, etc. À proximité, la mini-centrale
photovoltaïque construite dans le cadre du programme Phébus (voir
fiches pratiques).
Sur
le toit, 10 mètres carrés de panneaux solaires photovoltaïques
jouxtent les panneaux thermiques. Les premiers pour la production
délectricité et les seconds pour la production deau
chaude et le plancher solaire de la cuisine du restaurant ouvert
aux visiteurs (Sur le domaine en période de visite, on peut découvrir
la cuisine du restaurant biologique. Visites guidées. Entrée payante
35 F. Du 1er mai au 13 juin et du 13 septembre au 24 octobre :
vendredi, samedi, dimanche et jours fériés. Du 14 juin au 12 septembre
tous les jours sauf le mardi). « Leffet photovoltaïque
permet de transformer la lumière du soleil en électricité alors
que la chaleur du soleil est utilisée pour lénergie thermique,
précise Willy, lhomme dentretien du domaine. Un onduleur
transforme le courant généré en 220 volts alternatif conforme
au réseau. Notre micro-centrale produit 1,2 kWh au maximum densoleillement,
ce qui permet de couvrir les besoins dun particulier économe.
Pour le centre, cela représente moins de 10 % de lélectricité
(lampes et ordinateurs) dont nous avons besoin. Lorsque lélectricité
solaire ne suffit plus, EDF prend le relais.
À linverse,
en période de grand ensoleillement, le surplus est réinjecté sur
le réseau. Le compteur tourne à lenvers en quelque sorte.
»Willy veille aussi sur le fonctionnement des deux grosses chaudières
à flamme inversée (procédé qui joue sur la circulation de lair
et améliore le tirage). Elles chauffent parfaitement tous les
bâtiments du centre, du 15 octobre au 15 mai. Bien loin du poêle
à bois traditionnel, ces chaudières assurent une combustion à
plus de 85 %, avec très peu de cendres et un minimum de pollution.
Moins la combustion est bonne (par exemple dans le cas dun
bois insuffisamment sec), plus les émissions de dioxyde de carbone
(CO2) sont importantes. Dou lintérêt, si lon
se chauffe au bois, de séquiper dappareils performants.
Le centre Terre vivante brûle 60 stères de bois (1 stère = 1m3)
par an (hêtre, chêne et pin) et « loin dajouter à la déforestation,
participe du nécessaire entretien des forêts », explique Claude
Aubert, directeur des Quatre Saisons du jardinage et lun
des fondateurs du centre. Les bûches entassées et stockées sèchent
le long du mur. Enfin, le broyat de bois, utilisé comme gravier
dans les allées, permet de recycler les déchets végétaux.
Dans
les bâtiments centraux, on peut visiter lexposition « La
Maison des négawatts » (Cette exposition occupe une surface de
50 m2. On peut la louer, une semaine 2 500 FHT, deux semaines
4 000 FHT, quatre semaines 6 000 FHT. Le transport est à la charge
du locataire (prévoir environ 3 m3 et 250 kilos). Pour la location,
contacter Christine Corbet à Terre Vivante, domaine de Raud, 38170
Mens. Tél. : 04 76 34 80 80.), à lorigine dun guide
pratique paru aux éditions Terre Vivante (La Maison des négawatts,
le guide malin de lénergie chez soi, de Thierry Salomon
et Stéphane Bedel, éd. Terre vivante, 79 F). Claude Aubert, sinspirant
du concept defficacité énergétique élaboré dans un ouvrage
américain Facteur 4, en est linitiateur. Lobjectif
essentiel, produire des « négawatts » en réfléchissant aux meilleures
façons de consommer le moins dénergie possible.
Cela
implique de rompre avec des habitudes et de rechercher la meilleure
utilisation possible de lénergie. On divise sa facture délectricité
par deux et, en plus, on contribue à la lutte contre leffet
de serre et le gaspillage des ressources naturelles. Un ensemble
de panneaux expose le problème du gaspillage de lénergie,
de la pollution engendrée par la consommation des énergies fossiles,
et du bien-fondé du concept defficacité énergétique. La
suite du parcours conduit le visiteur à lintérieur dune
maison reconstituée, avec réfrigérateur, machine à laver et divers
appareils ménagers. Il y découvre quil existe des appareils
ménagers plus économes que dautres et apprend à calculer
sa consommation délectricité. Ainsi, lorsquon regarde
la télévision trois heures par jour à une puissance normale de
80 W, le téléviseur consomme 80 W x 3 = 240 W. Durant les 21 autres
heures de la journée, si le téléviseur reste en mode de veille
(15 W), il consomme 15 W x 21 h = 315 W. Incroyable mais vrai
! Il est faux de croire quune télévision à létat de
veille « ne coûte rien ». Pour lensemble des pays de lUnion
européenne, les appareils domestiques en veille mobilisent la
production permanente de huit réacteurs nucléaires.
Les
concepteurs de lexposition ont calculé que, pour les seules
consommations domestiques et tertiaires, un programme de suppression
de la veille des appareils économiserait chaque année 21 milliards
de kWh et éviterait le renouvellement de onze réacteurs nucléaires
de 1000 mégawatts (1 MW = 1 million de watts). Au fil de lexposition,
on réalise combien quelques gestes simples et des choix mieux
réfléchis permettraient de consommer moins dénergie sans
se priver du confort moderne. Il suffit ensuite de quitter la
maison « Négawatts » remplie de bonnes résolutions pour se confirmer
dans cette attitude de fermeté et de choix écologiques. On peut
alors visiter les jardins, le potager des légumes méconnus, la
friche avec les animaux. Au passage, on découvre les toilettes
à compost, les bassins dépuration par filtres à roseaux.
En fait, il y a beaucoup à voir et ce nest pas certain quune
journée y suffira.
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