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Janvier 2000

Paul Lannoye

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« J’ai besoin de la pression des patients »

Député belge au Parlement européen depuis dix ans, il y préside le groupe des Verts. Il se bat efficacement, depuis plusieurs années, pour la reconnaissance du pluralisme thérapeutique.

 

 

 

 

Paul Lannoye est un homme de conviction, tenace et rigoureux. Ce chaleureux docteur ès-sciences de soixante ans a organisé plusieurs colloques internationaux qui ont fait date dans l’histoire du Parlement européen, notamment sur l’environnement et la santé et sur le génie génétique.

ALTERNATIVE SANTÉ - L’Impatient : En mai 1997, le Parlement européen adoptait votre Résolution sur le statut des médecines non conventionnelles. Quelles en ont été depuis les conséquences au niveau des institutions européennes ?

Paul Lannoye : Chaque État reste responsable de ses politiques de santé. Mais il doit se soumettre à des règles européennes pour les médicaments et l’organisation des professions médicales et paramédicales. C’est sur ces bases que la Résolution européenne sur le statut des médecines non conventionnelles a été adoptée. Cette résolution n’est pas une directive, c’est-à-dire un texte légal qui s’impose dans chaque pays, mais elle a déclenché un véritable séisme dans les mentalités, qui a permis de faire avancer très vite différents dossiers. L’opposition très dure que j’avais rencontrée lors du vote de la Résolution a aujourd’hui disparu. Fin 1998, les députés européens se sont prononcés à une forte majorité pour inscrire les médecines non conventionnelles dans le Ve Programme-cadre de la recherche scientifique européenne. En 1999, ils ont examiné de manière très favorable une étude proposant d’améliorer la directive qui réglemente les médicaments homéopathiques. Une autre étude a été rédigée sur les produits à base de plantes et un texte devrait être publié prochainement. Je vais bientôt revenir avec le groupe des Verts sur la reconnaissance de nouvelles professions. Nous allons proposer des textes séparés, demandant des statuts pour des professions déjà suffisamment organisées au niveau européen. Je pense en particulier aux ostéopathes et aux chiropracteurs. Il faudra aussi organiser la profession des naturopathes. Mais pour que tous ces dossiers aboutissent, j’ai besoin du soutien d’un lobby de patients organisé au niveau international !

Quel est l’impact de la Résolution dans les différents pays européens ?

Sans attendre une réglementation commune, les pays du nord de l’Europe ont choisi depuis de nombreuses années de reconnaître le pluralisme thérapeutique. L’Allemagne a institué depuis longtemps un statut de Heilpratiker (praticien de santé). Le Royaume-Uni, qui a une longue tradition libérale, a adopté en 1994 et 1995 deux lois organisant les professions d’ostéopathe et de chiropracteur. Ces lois préfigurent de manière exemplaire les statuts qu’il faudrait adopter pour toutes les médecines non conventionnelles. La Belgique a adopté au printemps dernier une loi-cadre sur le statut des médecines non conventionnelles, qui va donner un statut en premier lieu aux professionnels en homéopathie, acupuncture, ostéopathie et chiropraxie. Cette loi est une conséquence directe de la Résolution européenne. Depuis le mois de juin, le nouveau ministre belge de la Santé est une de mes anciennes collègues du groupe des Verts au Parlement européen, Magda Aelvoet. Je peux donc vous assurer que la loi belge ne restera pas lettre morte. Des évolutions sont en cours en Italie et en Espagne.

Que pensez-vous de la situation française ?

La France est un peu le mouton noir de l’Europe des médecines non conventionnelles. On constate qu’il y a un raidissement de l’establishment, face à la tendance à libéraliser des autres pays européens. C’est une révolution culturelle difficile à faire pour le pays de Descartes. Mais il n’y aura pas de citadelle française de l’opposition aux médecines non conventionnelles isolée au milieu du reste de l’Europe. Les lobbies mènent actuellement un combat d’arrière-garde dans le pays où il y a le plus de citoyens qui demandent à pouvoir bénéficier de ces médecines. Je crois que le gouvernement français ne pourra pas continuer longtemps à ignorer cette demande ni la situation dans les pays voisins. Face aux lobbies, il doit voir la pression des patients. Votre pétition pour le pluralisme thérapeutique va dans ce sens.

Propos recueillis par Régis Pluchet

 

 

 

 

 

 

 
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