Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Député
belge au Parlement européen depuis dix ans, il y préside le groupe
des Verts. Il se bat efficacement, depuis plusieurs années, pour
la reconnaissance du pluralisme thérapeutique.
Paul
Lannoye est un homme de conviction, tenace et rigoureux. Ce
chaleureux docteur ès-sciences de soixante ans a organisé
plusieurs colloques internationaux qui ont fait date dans
lhistoire du Parlement européen, notamment sur lenvironnement
et la santé et sur le génie génétique.
ALTERNATIVE
SANTÉ - LImpatient : En mai 1997, le Parlement européen
adoptait votre Résolution sur le statut des médecines non conventionnelles.
Quelles en ont été depuis les conséquences au niveau des institutions
européennes ?
Paul
Lannoye : Chaque État reste responsable de ses politiques de santé.
Mais il doit se soumettre à des règles européennes pour les médicaments
et lorganisation des professions médicales et paramédicales.
Cest sur ces bases que la Résolution européenne sur le statut
des médecines non conventionnelles a été adoptée. Cette résolution
nest pas une directive, cest-à-dire un texte légal
qui simpose dans chaque pays, mais elle a déclenché un véritable
séisme dans les mentalités, qui a permis de faire avancer très
vite différents dossiers. Lopposition très dure que javais
rencontrée lors du vote de la Résolution a aujourdhui disparu.
Fin 1998, les députés européens se sont prononcés à une forte
majorité pour inscrire les médecines non conventionnelles dans
le Ve Programme-cadre de la recherche scientifique européenne.
En 1999, ils ont examiné de manière très favorable une étude proposant
daméliorer la directive qui réglemente les médicaments homéopathiques.
Une autre étude a été rédigée sur les produits à base de plantes
et un texte devrait être publié prochainement. Je vais bientôt
revenir avec le groupe des Verts sur la reconnaissance de nouvelles
professions. Nous allons proposer des textes séparés, demandant
des statuts pour des professions déjà suffisamment organisées
au niveau européen. Je pense en particulier aux ostéopathes et
aux chiropracteurs. Il faudra aussi organiser la profession des
naturopathes. Mais pour que tous ces dossiers aboutissent, jai
besoin du soutien dun lobby de patients organisé au niveau
international !
Quel
est limpact de la Résolution dans les différents pays européens
?
Sans
attendre une réglementation commune, les pays du nord de lEurope
ont choisi depuis de nombreuses années de reconnaître le pluralisme
thérapeutique. LAllemagne a institué depuis longtemps un
statut de Heilpratiker (praticien de santé). Le Royaume-Uni, qui
a une longue tradition libérale, a adopté en 1994 et 1995 deux
lois organisant les professions dostéopathe et de chiropracteur.
Ces lois préfigurent de manière exemplaire les statuts quil
faudrait adopter pour toutes les médecines non conventionnelles.
La Belgique a adopté au printemps dernier une loi-cadre sur le
statut des médecines non conventionnelles, qui va donner un statut
en premier lieu aux professionnels en homéopathie, acupuncture,
ostéopathie et chiropraxie. Cette loi est une conséquence directe
de la Résolution européenne. Depuis le mois de juin, le nouveau
ministre belge de la Santé est une de mes anciennes collègues
du groupe des Verts au Parlement européen, Magda Aelvoet. Je peux
donc vous assurer que la loi belge ne restera pas lettre morte.
Des évolutions sont en cours en Italie et en Espagne.
Que
pensez-vous de la situation française ?
La France
est un peu le mouton noir de lEurope des médecines non conventionnelles.
On constate quil y a un raidissement de lestablishment,
face à la tendance à libéraliser des autres pays européens. Cest
une révolution culturelle difficile à faire pour le pays de Descartes.
Mais il ny aura pas de citadelle française de lopposition
aux médecines non conventionnelles isolée au milieu du reste de
lEurope. Les lobbies mènent actuellement un combat darrière-garde
dans le pays où il y a le plus de citoyens qui demandent à pouvoir
bénéficier de ces médecines. Je crois que le gouvernement français
ne pourra pas continuer longtemps à ignorer cette demande ni la
situation dans les pays voisins. Face aux lobbies, il doit voir
la pression des patients. Votre pétition pour le pluralisme thérapeutique
va dans ce sens.