Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Non,
les réfrigérateurs ne protègent pas de tous les germes nocifs
pour la santé Au contraire, certains germes adorent y loger
et nattendent quune occasion pour venir contaminer
les plats qui y sont entreposés. Un risque qui peut être mortel
!
Chaque année
on compte près de 10 000 cas dintoxications alimentaires
et la réalité est
certainement bien au-delà de ce qui est constaté par les services
officiels. Lexistence et limportance réelle des
intoxications sont méconnues ou sous-estimées parce que souvent
non déclarées par les personnes atteintes et même par les médecins
lorsquils estiment quil ne sagit que dun
incident. Il arrive aussi que le diagnostic soit celui dune
allergie alimentaire. Environ 40 % des intoxications officiellement
recensées ont lieu à la maison et, dans plus de 42 % des cas
(maison et collectivité), cest la chaîne du froid qui
a posé problème. Si les filières industrielles sont très sensibilisées
au problème, il nen est pas de même des simples consommateurs.
La plupart dentre nous oublient que certaines précautions
sont absolument indispensables.
Le frigo
ne protège pas de tout et peut même devenir lui-même un foyer
de germes nocifs. Les normes imposent une température interne
ambiante moyenne à lintérieur du réfrigérateur, inférieure
ou égale à + 5° C en dehors de la zone réservée aux surgelés.
Ce qui signifie quen divers points la température peut
varier de 0 à + 10° C. Or, toute hausse de la température accélère
plus ou moins fortement la croissance microbienne, selon le
type daliment et les germes concernés. De quels germes
sagit-il ? On distingue deux grandes familles de germes
dangereux : les mésophiles « traditionnels » et les psychotrophes
« modernes ». Les mésophiles altèrent les aliments en provoquant
des fermentations, des putréfactions et des formations de gaz
malodorants. Entre 20 et 40° C leur multiplication est extrêmement
rapide. Dans un réfrigérateur, leur croissance ralentit fortement
mais ne sarrête pas. Ces germes : Salmonella, Clostridium
perfringens, Staphylococcus aureus concernent 75 % des
toxi-infections alimentaires déclarées.
Décès
et avortements
En 1997,
en France, 76 % des toxi-infections alimentaires recensées étaient
provoquées par les salmonelles. Elles ont provoqué huit décès
ces trois dernières années. Beaucoup danimaux peuvent
être porteurs de souches de salmonelles. De ce fait, une grande
variété daliments peuvent être contaminés : viande (surtout
de volaille), ufs et produits carnés (charcuteries, pâté,
rillettes). Depuis 1985, avec la multiplication des élevages
intensifs de volaille, une transmission par les ufs ou
par des produits à base dufs crus est en cause dans
plus de 50 % des cas rapportés. Plus grave, certaines formes
de salmonelles présentent aujourdhui une résistance aux
antibiotiques. Les salmonelles sont très fréquentes dans les
pays où lhygiène alimentaire est défectueuse.Tous ces
germes ne se multiplient pas en-dessous de 4° C mais le froid
ne les tue pas : seule la cuisson, 5 à 6 minutes à 70° C, en
théorie, supprime la contamination. Seconde grande famille,
les psychotrophes et psychotrophiles « modernes ». Leur nom
indique leur type de développement, littéralement il signifie
« qui aime le froid ».
Leur croissance
nest stoppée quà 0° C et en dessous : ils se développent
donc sans problème dans la très grande majorité des réfrigérateurs
vendus dans le commerce. Contrairement à leurs cousins mésophiles,
ils ne se signalent par aucune mauvaise odeur ni par une altération
de laliment atteint. Clostridium botulinum E, Listeria
monocytogenes, Yersina enterocolitica, E. coli vérotoxique se
manifestent de plus en plus souvent dans les pathologies constatées,
et parfois sous des formes très graves, ainsi quon a pu
le constater dans les 228 cas de listérioses, en 1997, dus à
des fromages à pâte molle. Entre la mi-octobre et début janvier
2000, deux personnes sont décédées (une personne âgée et un
nourrisson) et quatre autres ont été gravement atteintes après
lingestion de rillettes et langues de porc contaminées.
Cétait déjà des rillettes qui avaient provoqué en 1992
la mort de 63 personnes et 22 avortements. La bactérie Listeria
monocytogenes, très courante dans lenvironnement, peut
se retrouver dans le lait non pasteurisé, les fromages à pâte
molle, la volaille, la charcuterie, les crudités, les poissons
et fruits de mer.Au centre de recherche et dinformation
nutritionnelle, on explique que nos aliments ne sont heureusement
pas stériles. Ils peuvent donc contenir certains germes de Listeria
en très petites quantités. Mais cest leur multiplication
qui devient très dangereuse. Or le réfrigérateur ne fait que
ralentir leur croissance. Tout stockage dans un froid insuffisant
favorise donc leur développement.
Personnes
fragiles, sabstenir
Face au
risque, tout le monde nest pas logé à la même enseigne
: pour certains, lintoxication ne se traduira que par
des désagréments passagers. Pour dautres, la crise peut
être gravissime : cest le cas pour les jeunes enfants,
les personnes âgées, les femmes enceintes, les malades immunodéprimés
Toutes ces personnes fragiles devraient sabstenir de manger
des aliments potentiellement dangereux quand ils ne sont pas
ou peu cuits : les ufs, les pâtisseries à base dufs
crus, les viandes, les poissons et certains fromages. Elles
devraient préférer les aliments pré-emballés plutôt que vendus
à la coupe, et laver soigneusement les légumes et les herbes
aromatiques.« Ce quil faut impérativement prendre en compte,
insiste le Dr Philippe Rosset, spécialiste de lalimentation,
cest le rapport du couple temps plus température.
On sort un aliment du frigo pour quelques minutes, pas de problème.
À 20 minutes, les germes sont déjà pas mal présents. À trois
ou quatre heures, cest une véritable explosion avec risque
dintoxication » Attention donc aux buffets campagnards
exposés à la chaleur de lété et aux plats oubliés sur
la table. Tout aliment fragile qui a été laissé longtemps à
température ambiante doit impérativement être jeté et non pas
remis au frigo ! Quant à létiquetage des dates limites
sur des produits frais (laitages, jus de fruits ), celles-ci
nont dintérêt que si la température conseillée a
bien été respectée jusquau moment de la consommation,
ce qui nest pas toujours le cas.
Frigos
douteux
Côté réfrigérateurs,
les 25 millions dappareils en service en France sont loin
dêtre satisfaisants. Les niveaux précis de température
dans les différents étages ne sont pas indiqués et les thermostats
sont le plus souvent assez fantaisistes. Les seuls réfrigérateurs
à conseiller sont ceux qui possèdent plusieurs compartiments
à portes, garantissant des températures locales clairement définies,
dont une zone de 0° à 4° C. Les aliments fragiles peuvent alors
être isolés dans un froid bien maîtrisé. Malheureusement, ces
appareils plus chers sont moins vendus et, en conséquence, moins
fabriqués ; ils restent plus coûteux. Les spécialistes estiment
que les normes actuelles de température imposées aux réfrigérateurs
devraient être revues à la baisse.Les particuliers pourraient
sinspirer de la réglementation imposée aux commerçants
: les viandes hachées et leurs préparations doivent être conservées
en dessous de 2° C ; les abats, plats cuisinés, charcuteries,
viandes de volaille et de rongeurs, laits, fromages râpés ou
préemballés doivent être conservés sur une courte période en
dessous de 4° C, les ufs en dessous de 5° C et tout le
reste en dessous de 8° C Mais quels sont les consommateurs
qui connaissent réellement les températures intérieures de leur
frigo ?