Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Pierre,
80 ans, a bonne mine. Au printemps dernier, il a participé à un
safari photo en Tanzanie, organisé par lassociation de vétérinaires
à laquelle il appartient. Depuis près de vingt ans, il prend soin
de Janine, son épouse, dépendante.
En
1980, Janine a 53 ans, licenciée en droit et en anglais, elle
exerce comme documentaliste dans un lycée. Les premiers signes
de la maladie de Parkinson apparaissent à cette époque. Les
mots quelle trace se terminent en pattes de mouche et
elle a des hésitations à la marche. Malgré les médicaments
la Parkinase et le Modopar le mal progresse. Depuis quelques
années une maladie dAlzheimer est venue sy ajouter.
« Au fur et à mesure quévoluait la maladie de ma femme,
la charge est devenue de plus en plus lourde, explique Pierre.
Il a fallu nous adapter. » Il y a cinq ans, ils ont vendu leur
bel appartement et acquis un logement plus petit dans une résidence
pour personnes âgées. Elle offre une restauration sur place,
des chambres dhôtes, la possibilité de cuisiner chez soi,
une assistance de nuit et un peu dentretien. « Mais depuis
deux ans, cest insuffisant, précise-t-il, plein démotion
retenue. Il faut désormais aider Janine à s'habiller, à faire
sa toilette, à manger, être vigilant car elle tombe souvent
ou sassoit à côté de sa chaise. »
Une
personne vient pour le lever et le petit déjeuner ; une autre
pour le ménage ; une troisième pour le déjeuner, « et une quatrième
laprès-midi pour sortir marcher avec elle quand je ne
suis pas disponible ». Après 18 heures, cest lémission
Question pour un champion quelle regarde avec beaucoup
dintérêt. « Ensuite je prépare notre dîner. La soirée
se termine avec linfirmière qui vient aider ma femme à
se mettre au lit. »
Janine
suit notre conversation et tente dy participer, mais ses
mots sont inaudibles, sauf quelques-uns saisis au vol : « Françoise,
cest laînée ». Effectivement, cest laînée
de leurs filles, toutes loin mais qui soutiennent leurs parents
dans la détresse. « Elles nous aident beaucoup, reconnaît Pierre
dune voix tremblante. Et mencouragent à moccuper
aussi de moi ». Pierre gère tout le quotidien, lorganisation
de laide règlement des salaires, déclarations diverses,
les démarches médicales et administratives. « Quand, à la sortie
dune consultation, le médecin me dit bon courage,
cest lourd, soupire-t-il, cela signifie que la médecine
ne peut rien faire. Dernièrement, je me suis résolu à demander
sa mise sous tutelle pour le cas où elle resterait seule. Jai
eu du mal à my résoudre : elle qui était si brillante
»Il leur est devenu difficile de communiquer. « Nous discutions
beaucoup, nous étions très proches, et je narrive plus
à savoir ce quelle ressent. » Sur les conseils de ses
filles, parce quelles le sentent épuisé, Pierre vient
dinscrire sa femme sur les listes dattente de trois
maisons de retraite. Au bout de vingt années daccompagnement
attentif et aimant, cette décision lui brise le cur. Il
a le sentiment dune démission. Mais il sait que de son
équilibre dépend celui de Janine.