Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Environ
80 % des personnes atteintes de la maladie dAlzheimer continuent
dhabiter chez elles. Des « accueils de jour » se mettent
en place pour permettre aux proches de souffler.
le
relais dautomne
Avec
application, Roger découpe avec ses ciseaux une épaisse feuille
de papier. « Il ne faut pas mordre sur les pointillés, ils correspondent
à des pliures », lui explique Véronique lune des animatrices.
Roger sexécute. Adroitement ses doigts négocient angles
droits et reprises de coupe. Peu à peu, une pochette de cadeau
de Noël prend forme. Pas une seule fois, il ne se laissera distraire,
il est le seul à accomplir cette tâche. « Nous recevons ici,
pour la journée, des malades atteints de la maladie dAlzheimer.
Pour beaucoup le découpage savère trop complexe, il exige
de lattention et une coordination des mouvements », commente
Marie-Christine Allain, directrice du lieu, le Relais dautomne
de Nantes en Loire-Atlantique.Autre problème lié à la maladie
: la difficulté à communiquer. Tandis quAngèle, une autre
animatrice, la soixantaine, sactive dune personne
à lautre, chacun des malades semble perdu dans son monde.
Labsence de paroles ou leur incohérence rendent difficiles
les contacts.Pourtant, la quinzaine de malades présents suivent
avec attention les faits et gestes des sept « animateurs ».
« Au cours de la journée, nous essayons de les solliciter, raconte
Nicole. Le repas, sa préparation, la mise de la table, le rangement,
sont des moments importants. Certains retrouvent danciens
gestes : lépluchage, lessuyage de la vaisselle,
par exemple, acquis il y a longtemps. » Et pour le plaisir,
parce quà cet âge on reste gourmand, tous les jours léquipe
fabrique un gâteau qui est distribué au goûter.Laprès-midi
est consacré aux activités, « elles sont proposées mais jamais
imposées », précise Vincent, une vingtaine dannées, le
chéri de ces dames. Il va de lune à lautre, sinquiète
de Marguerite installée dans un fauteuil et qui « aujourdhui
ne se sent pas bien », plaisante avec Adèle, se rapproche de
Gratienne, laînée du groupe, qui lui sourit. Dans un coin,
Pierre fait semblant de terminer la lecture du Ventre de Paris.
« Cest de Zola », précise-t-il, avant de continuer avec
des propos incohérents.
Saisir
un mot, un geste, créer léchange
La maladie
dAlzheimer a ceci de particulier quelle fait se
juxtaposer dans lesprit des malades des notions, des noms,
des faits exacts, mais sans lien les uns avec les autres. Ainsi,
le mot « Zola », un auteur qui a sans doute marqué Pierre autrefois,
est-il énoncé sans que son sens résonne aujourdhui pour
lui. « Aller à la rencontre de ces personnes suppose de les
prendre là où elles sont, de saisir un mot, un geste, et de
prolonger la communication », rappelle Nicole. Ainsi
propose-t-elle à Pierre de lui lire un peu de texte à haute
voix, ce quil accepte avec joie. Adèle et un autre malade,
qui aujourdhui na pas désiré quitter sa casquette
et son manteau, les rejoignent pour profiter de la lecture.
Moment privilégié qui ne pourra pas durer au-delà de quelques
minutes, parce que lécoute demande une vigilance que les
malades ont du mal à maintenir. Le journal, les magazines sont
un autre moyen dentrer en relation. Grâce aux nouvelles
du jour, les malades gardent le contact avec les événements
extérieurs, ils se ré-approprient quelques repères de temps
(les dates, les saisons, les fêtes) et despace (noms de
lieux, de villes ). Lhoroscope a une place privilégiée,
il projette dans lavenir tout en faisant référence aux
données fondamentales de la personne : ses date et lieu de naissance.
Les magazines séduisent, ils sont faciles à feuilletter et leurs
images de voyages, de vacances, de recettes de cuisine retiennent
lattention. Les heures passent. Dans la pièce dà
côté, la chorale du club du troisième âge du quartier de la
Madeleine entonne des chants de Noël. La la cloison est mince
entre les deux lieux. Gagnés par lambiance, Adèle et Jacques
fredonnent tandis que Georges, qui se déplace en fauteuil roulant,
les accompagne à lorgue électronique. Comme chaque soir
avant le goûter, les malades chantent en chur. « Les rituels
sont importants, explique Marie-Claire Allain, ils rythment
le temps et aident les personnes désorientées à retrouver des
repères ». Georges a quitté lorgue et chante Étoile des
neiges avec le groupe. Lune de ses voisine sanime.
Jusqualors silencieuse, apeurée et craintive, elle répondait
sèchement aux questions les plus banales il est vrai
quelle venait darriver au Relais. Maintenant, elle
semble métamorphosée : ses pieds battent la mesure, elle chante
de tout son cur, son visage retrouve son éclat davant
la maladie, davant la peur.
«
Sécuriser au maximum »
« La
perte de mémoire, caractéristique de la maladie dAlzheimer,
est profondément déstabilisante et angoissante, précise Marie-Claire
Allain. Même leurs proches sont vécus comme une menace pour
leur identité. Notre rôle consiste à les sécuriser au maximum,
comme on le fait pour des enfants. Mais dans leur cas, il sagit
dadultes. Ils ont derrière eux tout un vécu dont nous
devons tenir compte. »Au départ simple contrat emploi-solidarité,
Vincent savoue séduit par ce travail : « Javais
besoin de ce type de contact vrai, qui se passe des
mots. Il suffit dun regard, dun sourire pour dire
sa confiance et son affection. Grâce à eux, jai limpression
de faire la paix avec ma propre grand-mère et avec moi-même.
Ils me donnent envie de recommencer des études pour devenir
infirmier. » Cest lheure du gâteau, du café, et
bientôt du départ. « Cest un moment difficile, reconnaît
Marie-Claire Allain. Les malades ont hâte de regagner leur univers
familier, mais en même temps ils le craignent, car ils y ressentent
davantage le poids de la dépendance. » Le problème est bien
là, dans la perte dautonomie et la difficulté à résoudre
seul(e) les gestes quotidiens. Cette lourde charge revient souvent
aux proches. Il est regrettable que les accueils de jour soient
encore trop rares.