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Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Lépidémie
de vache folle continue. Les spécialistes sinquiètent de
la propagation de cette maladie mortelle à lhomme.
La
maladie de la vache folle est appelée, chez les bovins, encéphalite
spongiforme bovine, en abrégé ESB. Elle se traduit par des
troubles cérébraux qui conduisent rapidement lanimal
à la mort. Depuis1986, date de sa découverte, lESB a
touché essentiellement le cheptel britannique, avec 174 067
vaches atteintes à ce jour (Cest loffice
international des épizooties qui recense officiellement les
cas de maladie. Depuis le début de lépizootie jusquau
1er janvier 2000, lESB comptait pour lensemble
de lEurope : 174 067 cas en Grande Bretagne, 1 787 en
Irlande du Nord, 678 sur lîle de Guernesey, 435 sur
lîle de Man, 393 en Irlande du Sud, 339 au Portugal,
324 en Suisse, 71 en France, 9 en Belgique, 6 au Pays-Bas,
6 en Allemagne, 2 en Italie et 1 au Danemark.). À
son maximum entre la fin des années 80 et le début des années
90, lépizootie (cest ainsi que sappelle
une épidémie dans le monde animal) nest pas terminée.
Pire, la liste de cas dESB, en France, va saccélérant.
Il y eut 5 enregistrements en 1991, aucun en 1992, 1 en 1991,
4 en 1994, 3 en 1995, 12 en 1996, 6 en 1997, 18 en 1998, 29
en 1999. Et pas moins de 4 rien que pour le seul mois de janvier
2000. Sur lensemble de ces cas, une cinquantaine correspondent
à des cas dits « naïfs » car leur origine reste inexpliquée.
Linterdiction, en 1996, des farines animales dans alimentation
des bovins, suspectées davoir propagé la maladie, aurait
normalement dû entraîner, sinon la disparition de lESB,
du moins une diminution des enregistrements. Or il nen
a rien été.Si on regarde de lautre côté de la Manche,
les nouvelles ne sont pas non plus réjouissantes. Certes,
on est désormais loin des dizaines de milliers de vaches folles
qui titubaient dans les vertes prairies anglaises entre la
fin des années 80 et le début des années 90. Pour autant,
malgré toutes les mesures prises : destruction partielle du
cheptel et interdiction des farines animales, lépizootie
nest pas achevée. On a encore dénombré plus de 2 000
vaches folles en Grande-Bretagne lan passé.
Des
tests inquiétants
Lannonce
faite début janvier par les Suisses que lépizootie aurait
été sous-évaluée est loin de rassurer lopinion. Aucun
spécialiste ne met en doute les résultats helvétiques. « Le
fait quen Suisse on ait trouvé, grâce à un nouveau test
de dépistage permettant de mettre en évidence la maladie six
mois avant lapparition des premiers symptômes, plus de
cas dESB que ceux généralement répertoriés est généralisable
à tous les pays européens, même à la France », reconnaît
le Pr Dominique Dormont, président du Comité interministériel
sur les encéphalopathies subaiguës spongiformes transmissibles.Autre
conclusion du dépistage suisse : des animaux infectés par le
prion ont pu entrer dans la chaîne alimentaire. Et vraisemblablement
le phénomène reste vrai aujourdhui. Aussi faudrait-il,
selon Bruno Oesch, co-inventeur du test suisse, « renforcer
le système de surveillance européen basé sur les seules déclarations
des éleveurs ».Vu pieux. En France notamment. Les pratiques
agricoles ont été épinglées dans un rapport européen publié
début février et rédigé par des vétérinaires dans le cadre dune
mission diligentée par la Commission européenne. « Du bétail
retrouvé mort, peut-on y lire, nest pas considéré comme
suspect. Les animaux trouvés morts sont détruits sans autre
information aux autorités. » Quant aux visites de contrôle rendues
aux abattoirs pour évaluer létat des bêtes, elles ne suivent
pas intégralement les instructions et les rapporteurs relèvent
« des cas où lESB aurait dû être suspectée ». Pas vraiment
de quoi pavoiser, donc, surtout que les industriels français
de lalimentation pour animaux se trouvent à leur tour
montrés du doigt. De 1,2 % à 1,4 % des échantillons daliments
analysés présentaient une teneur en farines de viandes et dos
supérieure de 0,1 % à la limite autorisée.Les révélations se
succédant, on apprend lexistence dun document de
la Direction générale des douanes et droits indirects indiquant
un doublement des importations de viande britannique entre 1988
et 1995. On est passé de 57 444 tonnes de viandes bovines fraîches
ou réfrigérées en 1988 à 101 113 tonnes en 1995. À lépoque
où lépizootie de vache folle battait son plein outre-Manche,
la Grande-Bretagne augmentait massivement ses exportations vers
lEurope, et plus spécialement vers la France, en pratiquant
des prix attractifs !
De
la vache à lhomme
Laffaire
de la vache folle na vraisemblablement pas fini de défrayer
la chronique. Car la maladie est sans doute transmissible à
lhomme. Elle ne sappelle plus alors ESB, mais «
nouveau-variant de la maladie de Creuzfeld-Jakob », en abrégé
nv-MCJ. Pourquoi cette dénomination différente chez lhomme
et lanimal ? La maladie de Creuzfeld-Jakob et ses signes
sont depuis longtemps décrits dans la littérature médicale.
Le « nouveau-variant » de découverte récente ressemble à son
aîné, avec néanmoins des caractéristiques particulières, surtout
au-niveau des lésions cérébrales occasionnées, qui rappellent
par leur forme et leur disposition celles retrouvées dans le
cerveau de bovins malades dESB. Le nv-MCJ découvert chez
lhomme est-il léquivalent de lESB de la vache
? A lissue de diverses expériences (lire encadré), les
spécialistes ont acquis la quasi-conviction de ladéquation
entre lESB et le nv-MCJ. Son corollaire : la transmission
de lESB à lhomme sous forme de nv-MCJ nest
guère rassurant.On a recensé jusquà présent 49 nv-MCJ
en Grande-Bretagne, dont une dizaine pour la seule année 1999,
sans que lon sache si ces chiffres sont définitifs (Cas
se répartissant comme suit : 3 en 1995, 10 en 1996, 10 en 1997,
17 en 1998.), un autre cas en Irlande et deux en France.
Le deuxième cas français a été révélé le 16 décembre dernier
par la Direction de la santé. « Le délai de survenue de la maladie
après exposition à lagent contaminant est fonction, explique
le Pr Dominique Dormont, de la longévité de lespèce considérée.
Il est en moyenne de cinq ans pour les bovins et de dix à vingt
ans pour les humains. »
Entre
500 000 morts et plusieurs milliers de malades !
En clair,
cela signifie que si une épidémie humaine est à craindre, elle
na pas encore pointé le bout du nez. Les prévisions les
plus pessimistes évoquent le chiffre de 500 000 morts dans les
dix prochaines années, les plus optimistes tablent sur une dizaine
de milliers de malades. « Nous ne possédons aucun modèle mathématique
pour évaluer actuellement lampleur du problème, considère
le Pr Dormont. Il nous faudra plusieurs années avant davoir
une idée exacte sur la question. »Et pour cause : si la voie
alimentaire reste le mode de contamination de lanimal
à lhomme le plus vraisemblable, les scientifiques ne connaissent
rien des conditions de la contagion. La décision prise, en août
dernier, par les autorités nord-américaines et canadiennes dinterdire
de don de sang les personnes ayant séjourné au moins six mois
en Grande-Bretagne entre 1980 et 1996, traduit le climat dinquiétude
qui entoure la manière dont peut se transmettre la maladie.Toutes
cumulées, ces informations, côté bovin et côté humain, donnent
froid dans le dos. Et nous ne sommes peut-être pas au bout des
surprises !