Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Fin
janvier, lors de sa XVIIème manifestation, le festival Science
Frontière de Cavaillon s'interrogeait sur les relations entre
TRADITIONS ET INNOVATIONS. Version scientifique de la très ancienne
querelle des Anciens et des Modernes. Rien d'académique, cependant.
Participaient aux débats des personnalités connues pour l'originalité
de leur reflexion : le biologiste Jacques
Testart, André Aschieri, député et auteur de La
France toxique, Jacques Benvéniste, découvreur controversé
de la "mémoire de l'eau", Jean-Marie Pelt, président
de l'Institut européen d'écologie de Metz, Corinne Lepage, ancienne
ministre de l'Environnement, et bien d'autres. Certains mirent
en valeur la difficulté d'innover face à la cécité intellectuelle,
aux intérêts individuels, à la soif de pouvoir et de reconnaisssance
des mandarins en place. D'autres soulignèrent combien l'innovation
peut être liée à la mode (l'engouement pour la génétique, avec
le Téléthon), ou soumise à des fins strictement mercantiles.
Par exemple,
les OGM. Le maîs et le soja transgéniques alimentent largement
les animaux et entrent dans la composition des biscuits, gâteaux,
laits 1er et 2e âges pour bébés, etc. Corinne Lepage réaffirma
avec force que la mise au point des OGM n'avait pas pour fin
de nourrir les affamés, comme ses promoteurs le laissent croire.
Mais de faire du profit. Jean-Pierre Berlan, directeur de recherche
à l'INRA (Institut national de la recherche agronomique) décrypta
le vocabulaire utilisé: science de la vie, maîtrise du vivant,
génie génétique, etc. "Avec le projet dénommé "Terminator",
les chercheurs, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité,
ont élaboré une semence qui suicide sa descendance en produisant
des graines stériles." D'autres soulignèrent que ces innovations
et leur corollaire, la "brevetabilité" du vivant n'avaient
pour but que d'obliger les paysans de la planète à se fournir
chez Monsanto et autres Novartis... Les multinationales innovent
pour dominer le monde, faire commerce de la vie. Sous la pression
des opinions publiques, les groupes agroalimentaires ont "encaissés"...
un premier échec. L'opposition aux OGM est désormais un fait
planétaire. La commercialisation des plantes qui fabriquent
leur propre insecticide est entravée. Le projet de semences
"Terminator" est arrêté. Mais pour combien de temps
? Corinne Lepage souligna l'intérêt et la fragilité de ce premier
recul: "Qu'adviendra-t-il lorsque les multinationales proposeront
des OGM de seconde génération, sans cholestérol, enrichis en
vitamines, anti-âges, etc. ?" La vigilance ne doit pas
se relâcher, le capitalisme a plus d'un tour dans sa manche
!
Un nouveau
pas dans le contrôle des OGM vient d'être franchi à Montréal.
Cinquante ministres de l'environnement ont signé un protocole
(qui reste à ratifier par chaque gouvernement !). Les pays auront
le droit de s'opposer aux importations d'OGM. Une concession
des semenciers qui, par ailleurs, refusent l'étiquetage et la
traçabilité de leurs produits !. Ces "dissimulations"
qui permettent aux OGM d'avancer masqués font peu de cas de
notre santé ! C'est aussi un moyen d'échapper aux poursuites
si ces organismes manipulés s'avéraient moins inoffensifs qu'on
ne l'affirme...
Que pourrons-nous
faire ? Dans leur dernier livre Le Nouvel Esprit du capitalisme,
les sociologues Luc Boltanski et Eve Chiapello déclarent : "La
liste des produits marchandisables ne cesse de s'accroître:
mères porteuses, embryons, organes, génome, biologie, hybridation,
sciences de la vie... Il faut rester attentif à ce qui est vendable
et à ce qui ne l'est pas." Illustration récente de cette
marchandisation: la décision du plan anti-effet de serre de
Lionel Jospin, fin janvier. Il est envisagé que certaines entreprises
polluantes aient le droit d'acheter des "permis de polluer"...
Manière de "marchandiser" l'air, l'eau, la terre.
Comment enrayer de tels processus ? Les auteurs affirment :
"les changements dépendent de toute personne qui, là où
elle est, peut entraîner une gêne, faire peser une coercition
et demander des comptes... Les protestations verbales importent,
mais ne suffisent pas".
C'est bien
ce contre-pouvoir citoyen que nous nous efforçons d'exercer
à notre niveau. C'est aussi la raison pour laquelle nous nous
associons à la campagne contre le recyclage du nucléaire :"
Pas de radioactivité dans nos casseroles", afin que ne
soient pas disséminés de façon sournoise des produits radioactifs.
Faut-il
rappeler que notre santé
n'est pas "marchandisable ?"