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Juin 2000

les causes

côté psy

 

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insomnies
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Se réveiller souvent en pleine nuit ou très tôt le matin perturbe la vie familiale, professionnelle ou sociale. Quelle est la part psychologique dans ces insomnies ? 

 

 

 

L’enquête réalisée auprès des 28 000 personnes des sept pays du Groupe international d’épidémiologie des troubles du sommeil souligne le rôle des troubles d’ordre psychologique. « Parmi les sujets insatisfaits de leur sommeil et présentant des indicateurs d’insomnie, près d’un tiers avaient déjà consulté pour des symptômes anxieux, et près d’un quart pour une humeur dépressive », constatait Maurice Ohayon, lors d’une présentation des résultats (Dis-moi comment tu dors, de Maurice Ohayon, coll. Les Empêcheurs de penser en rond, éd. Synthélabo, 1997, 160 pages.). « L’insomnie est liée dans deux cas sur trois à une cause psychologique, dont la première reste l’anxiété », confirme le Dr Lemoine (Le Dr Lemoine est l’auteur de Tranquillisants, hypnotiques, vivre avec ou sans ? chez Flammarion, paru en 1999), psychiatre dans l’un des rares laboratoires du sommeil établi en secteur psychiatrique, au CHS du Vinatier, à Bron (Ce laboratoire du sommeil est l’unité clinique de psychiatrie biologique, du CHS (centre hospitalier spécialisé) du Vinatier, à Bron.). Les insomnies causées par l’environnement ou par une maladie trouvent des solutions adaptées à chaque cas. Une isolation phonique, par exemple, en cas de voisinage bruyant. On peut aussi traiter et réduire la douleur liée à une maladie. Mais notre réponse psychologique face aux événements joue un rôle de premier plan. Les états anxieux et les déprimes ou petits état dépressifs sont les premières causes d’un sommeil perturbé.

Les troubles de l’anxiété

L'anxiété est caractérisée par des états de fébrilité, d’impuissance, parfois de détresse, qui de l’extérieur apparaissent injustifiés ou excessifs. La personne se dira que ses difficultés vont recommencer, qu’elles vont durer, qu'elle ne parviendra pas à faire face ou à les éviter. Cette anxiété se traduit souvent par des signes physiques : agitation, respiration courte et gênée, voire palpitations... Les préoccupations concernent souvent la famille, l’argent, le travail et la maladie. « De manière générale, on distingue deux formes de troubles anxieux, explique le Dr Lemoine. D’une part, ceux, légers, que nous connaissons tous et qui relèvent bien souvent de l'anxiété anticipatrice : on attend ou on craint un événement. D’autre part, les troubles anxieux identifiés comme maladie sous le nom d'anxiété généralisée. » Cette crainte va jusqu’à gêner les activités de la vie quotidienne de manière très invalidante. Les troubles anxieux légers peuvent relever de diverses approches thérapeutiques. Haki et Fanny Onen, spécialistes des troubles du sommeil aux CHU de Clermont-Ferrand et de Lyon, distinguent les médicaments des psychothérapies accompagnées de techniques de relaxation (Dictionnaire du sommeil, de S. Haki Onen et Fanny Fatma Onen, éd. Ellipses, 1998, 225 pages.). Ils soulignent que la disparition des troubles anxieux s’accompagne généralement de « l’amélioration subjective de la qualité du sommeil ». Le patient se sent mieux. Si l’on ne peut pas se passer de « médicaments pour dormir » . Il faut en éviter le mauvais usage ! .Pour des « soucis » fréquents, on insistera donc sur l’intérêt des approches alternatives (magnésium, phytothérapie, acupuncture, etc.) et l’hygiène de vie (voir Fiches pratiques). Si la personne est « prête à faire un travail en profondeur », une psychothérapie peut permettre « de comprendre et de modifier le processus qui la ramène à ce mode réactionnel de type anxieux », souligne le Dr Laurence Maman, professeur de yoga et homéopathe. « La relaxation, le yoga, un travail sur le corps et la respiration, permettent d’atténuer l’intensité des symptômes, souligne-t-elle. Mais un travail sur son fonctionnement psychologique permet d’aller plus loin dans sa compréhension, donnant davantage de chances de s’en libérer. » 

Insomnie, déprime et dépression

Déprimes et états dépressifs peuvent aussi s’accompagner de troubles du sommeil, qu’il s’agisse d’insomnies ou d’excès de sommeil. Les personnes qui en souffrent connaissent peu d’insomnies d’endormissement, mais des réveils en milieu de nuit. Après quelques instants de bien-être, ruminations et douleur morale réapparaissent. Ces réveils peuvent être suivis de réendormissement, mais le matin le réveil est précoce. Même quand elles dorment bien, les personnes déprimées considèrent de façon négative leur nuit. L’impression d’avoir mal dormi est majorée. « Il est inutile de vouloir corriger à tout prix les troubles du sommeil du déprimé, souligne le Dr Patrick Lemoine. Ce qui compte pour améliorer l’impression de sommeil, c’est d’abord d’améliorer la dépression, donc l’humeur. » C’est cette amélioration et la réussite du traitement, qui rendront le sommeil meilleur. Les antidépresseurs restent un moyen très (voire trop !) utilisé. Ils restent indispensables dans les dépressions sévères, notamment celles présentant des risques suicidaires. Mais ils ne doivent pas faire ignorer ou sous-estimer l’efficacité d’autres approches. L’exposition à la lumière, qui va de la sortie dans la journée à des expositions à la lumière intense en milieu hospitalier, est le traitement de choix des dépressions saisonnières. Les bains chauds d’une heure sont à la mode chez certains spécialistes. Proposer d’emblée relaxation ou yoga à une personne dépressive est plus rare que dans le cas de l’anxiété. On sait que, pour être pratiquées, notamment chez soi après le cours, ces démarches demandent une assiduité supérieure à celle que peut fournir dans l’immédiat la personne déprimée. Quand le traitement homéopathique n’a pas suffi, quand un certain degré de douleur morale est atteint, ou lorsque les symptômes ne s’améliorent pas, le Dr Laurence Maman envoie généralement le patient consulter un psychiatre, afin qu'il adapte le traitement allopathique ou envisage une psychothérapie. Pour ces états dépressifs, ce n’est que dans un second temps qu’elle propose au patient, avec davantage de chances succès, des exercices et séances de yoga.

Comment distinguer l’anxiété de la dépression

Mieux on comprend ses difficultés psychologiques, plus on réalise qu’elles sont complexes. Leurs symptômes – anxiété, déprime, dépression – évoluent, et se superposent parfois. L’anxiété chronique peut déboucher sur une dépression. L’angoisse peut favoriser l’alcoolisme, lequel peut favoriser à son tour une dépression. Le caractère évolutif de certains troubles anxieux est souligné par les recherches du Pr Aron Akiskal, directeur du Centre international des troubles de l’humeur, en Californie. Elles montrent que de forts états anxieux conduisent à moyen terme à des formes de dépression. La superposition des deux types de symptômes ne permet pas, dans de nombreux cas, de distinguer nettement ce qui relève de l’anxiété ou de la dépression, selon Jean-Philippe Boulenger, psychiatre et directeur de recherche à l’Inserm (Une première synthèse abordant cette difficulté de classification stricte avait été faite par Jean-Philippe Boulenger dans Anxiété ou dépression : dilemme diagnostique ou thérapeutique ?, paru dans Le Concours médical n° 15-06 en 1991). 

Changer de regard sur sa vie

États anxieux ou dépressifs accompagnés d’insomnie résultent d’interactions entre les caractéristiques (le « caractère ») de la personne, son passé (qui l’a faite ce qu’elle est) et les circonstances de vie difficiles. Ces états affectent à leur tour le mode de vie du patient. Selon le Dr Laurence Maman, il faut être en contact régulier, par exemple hebdomadaire, avec la personne pour travailler sur ces interactions. Le principal travail du thérapeute consiste alors à aider le patient à regarder sa situation autrement. C’est une étape décisive pour que des changements effectifs interviennent dans sa vie. 

Richard Belfer

 

 

 

 

 

 

 

 
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