Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
«Accepter
l’insomnie est un moyen de la faire disparaître»
Jean-Michel
Cahn est cofondateur de l’association Le Fil retrouvé - solidarité
psy.
ALTERNATIVE
SANTÉ - L’Impatient :
Quelle attitude adopter face à l’insomnie ?
Jean-Michel
Cahn : Il faudrait savoir accepter de mal dormir une
ou plusieurs nuits. Bien des personnes refusent d’avoir le
sommeil perturbé. Elles considèrent que c’est un problème
qui affectera la qualité de la journée du lendemain. Je comprends
que cela gêne. En même temps, plus on souhaite corriger rapidement
cette difficulté, moins on garde la possibilité de le faire.
Si l’on ne dort pas, mieux vaut lire, faire la cuisine ou
écouter de la musique, quitte à se sentir un peu fatigué le
lendemain. Paradoxalement, le fait d’accepter l’insomnie permet
davantage à celle-ci de disparaître. En contrepoint, il faut
reconnaître que le sommeil est le gardien de l’équilibre psychique.
Loin de moi l’idée de brader l’importance du sommeil.
L’objectif de beaucoup, avec raison, reste de se coucher et
de pouvoir s’endormir au bout de cinq minutes, puis de se
réveiller, reposé, après une nuit ni trop longue, ni trop
courte. De nombreuses personnes ne souffrant pas d’insomnie
ne présentent pas ce sommeil idéal. Beaucoup mettent une demi-heure
ou une heure avant de s’endormir, se réveillent la nuit, se
réveillent trop tôt ou trop tard, ou n’accèdent pas à un sommeil
profond et réparateur.
Que
faire ?
Lorsqu’on
présente une insomnie qui s’installe, qui dure plusieurs jours
ou plusieurs semaines, il faut se demander s’il existe des
symptômes associés tels que l’angoisse, dans la journée, ou
bien des symptômes dépressifs, de type désintérêt, tristesse
ou perte du plaisir. S’il existe une dépression associée,
ce qui est loin d’être toujours le cas, c’est en traitant
la dépression que l’on fera disparaître l’insomnie. Il faut
savoir aussi s’il existe un événement extérieur ou un conflit
intérieur, évident à trouver ou non, qui préoccupe beaucoup.
Cela peut même être un événement positif, comme un projet
qui nourrit une excitation psychique, empêchant de trouver
le calme. Il n’y a pas d’insomnie sans souci formulé ou non.
D’où l’importance de l’observation de soi, afin de repérer
la ou les causes. Il peut arriver qu’au cours d’une observation
honnête on ne repère pas de cause apparente. Si l’on y parvient,
faire ce lien permet d’apprivoiser le problème. Et d’agir
en conséquence. Soit nous nous rendons compte que cette difficulté
nécessite une adaptation comportementale, une attitude différente
dans la vie : il s’agit alors d’aller dans ce sens. Soit nous
nous rendons compte qu’elle se situe au-delà de notre capacité
d’intervention, qu’elle ne dépend pas de notre attitude :
il s’agit alors davantage d’accepter l’idée qu’on ne peut
rien faire.
Il
peut être difficile de franchir cette étape…
Une
aide de type psychothérapeutique brève peut être utile pour
repérer ces liens. Parfois, la personne peut y arriver seule.
Mais l’insomnie peut résulter aussi de conflits intérieurs
inconscients, il faut parfois une démarche thérapeutique plus
longue pour les identifier. Le rôle du psychothérapeute est
d’aider à formuler la problématique et à repérer l’attitude
la plus sereine face à celle-ci.
Outre
l’importance que vous semblez accorder à ce type d’aide, que
préconisez-vous ?
La
stimulation des mécanismes spontanés d’endormissement paraît
importante. En effet, s’endormir suppose d’une part un état
d’apaisement, d’autre part, de renoncer à l’excitation psychique
que représentent les soucis, les joies ou les projets de la
journée. Renoncer à cette excitation permet de plonger dans
le monde du sommeil et du rêve. Cela peut être aidé par la
focalisation de notre intention sur les différentes phases
de la respiration : inspir, expir, sensation du passage de
l’air dans les narines, mobilité de l’abdomen… La stimulation
de l’endormissement spontané peut aussi se faire à l’aide
de la visualisation, par exemple, du flux et du reflux des
vagues, ou d’une cassette de relaxation. Il peut être utile
de faire appel à des tisanes comme la camomille, à des traitements
de phytothérapie comme Euphytose® ou Spasmine®.Ce n’est qu’en
cas d’échec de telles approches que l’on peut envisager d’avoir
recours à de petites doses d’un traitement à base d’anxiolytiques
ou d’hypnotiques.
Une
petite dose, laquelle et pourquoi ?
Si
on ne prend pas régulièrement un tel traitement, il n’y a
aucune raison qu’une petite dose ne suffise pas. Il s’agira
du dosage le plus faible ou de la moitié du dosage le plus
faible, un seul soir si possible. C’est l’idée d’une prise
unique. Un soir seulement ! Souvent ça suffit.
Que
faire quand cela ne suffit pas ?
Pour
retrouver un sommeil réparateur, on peut faire appel à ces
médicaments pendant une durée qui ne dépasse pas trois à cinq
jours. En général, la dynamique du sommeil est alors relancée.
Mais bien souvent la personne ne le sait pas. Elle continue
donc d’en prendre. Cela explique en partie l’abus de calmants.
Quelle
est la différence entre les anxiolytiques et les hypnotiques
?
Je
ne fais pas le distinguo entre eux. Ce sont des produits de
même acabit. Le plus souvent, ce sont des benzodiazépines
dans les deux cas. Parfois ce sont des molécules voisines
des benzodiazépines qui ne présentent pas de différences majeures
avec elles. Les durées de traitement sont les mêmes. On peut
donc avoir recours à un produit ou à un autre sans enjeu particulier.
La seule chose qui doit guider le patient et le médecin, c’est
la sensation de confort et l’apparition du minimum d’effets
secondaires. Trouver le bon médicament reste une question
de susceptibilité individuelle.
Que
faire en cas de stress important ?
S’il
s’agit d’un stress majeur ayant une cause extérieure contre
laquelle on ne peut rien, mais assez déstabilisante, je préconiserai
volontiers une attitude de philosophe. Mais il est difficile
d’obliger les gens à être philosophes. Si les symptômes face
à un stress se prolongent, il est possible de reprendre le
traitement pendant une deuxième période de deux à cinq jours.
On ne le poursuivra pas au-delà de deux mois.
Que
risque-t-on en prenant des calmants plus d’un mois ou deux
?
Le
couple médecin-patient risque en effet de s’installer, par
solution de facilité, dans une dépendance qui peut se prolonger
des mois ou des années. Rappelons qu’une cure de désintoxication,
après une prise prolongée de benzodiazépines, peut durer de
trois semaines à trois mois, si l’on considère que le sevrage
s’achève lorsque la personne retrouve son équilibre. Le sevrage
implique la disparition des symptômes liés à l’usage du produit,
en particulier la recrudescence de l’insomnie. Quand on interrompt
une prise abusive de ces produits, on est confronté à un symptôme
d’insomnie. La personne croit souvent qu’elle retrouve son
problème d’insomnie initial, c’est faux. Cette nouvelle insomnie
est un symptôme de sevrage, comme le tremblement l’est lors
des sevrages d’alcool. À ceci près que le symptôme est de
même nature que le prétexte initial à la prise de médicament.
Bien des patients se trompent ! Cette erreur, faite plusieurs
fois, explique que certaines personnes ne s’arrêtent plus
jamais de prendre cette drogue légale.
Par ailleurs, il peut exister un certain plaisir à prendre
un produit qui nous fait dormir. On obtient en effet une forme
d’engourdissement psychologique agréable, préludant l’entrée
au sommeil. La prise se poursuit plus par attirance pour le
produit que par nécessité liée au sommeil. C’est la porte
ouverte à une vraie dépendance. Mieux vaut accepter de s’endormir
en une demi-heure au lieu de cinq minutes. Si le sommeil naturel
peut sembler moins magique à certains que celui induit par
les médicaments, il est bien meilleur.