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Juin 2000

Jean-michel cahn - psychiatre 

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«Accepter l’insomnie est un moyen de la faire disparaître» 

Jean-Michel Cahn est cofondateur de l’association Le Fil retrouvé - solidarité psy.

 

 

 

ALTERNATIVE SANTÉ - L’Impatient : Quelle attitude adopter face à l’insomnie ?

Jean-Michel Cahn : Il faudrait savoir accepter de mal dormir une ou plusieurs nuits. Bien des personnes refusent d’avoir le sommeil perturbé. Elles considèrent que c’est un problème qui affectera la qualité de la journée du lendemain. Je comprends que cela gêne. En même temps, plus on souhaite corriger rapidement cette difficulté, moins on garde la possibilité de le faire. Si l’on ne dort pas, mieux vaut lire, faire la cuisine ou écouter de la musique, quitte à se sentir un peu fatigué le lendemain. Paradoxalement, le fait d’accepter l’insomnie permet davantage à celle-ci de disparaître. En contrepoint, il faut reconnaître que le sommeil est le gardien de l’équilibre psychique. Loin de moi l’idée de brader l’importance du sommeil.
L’objectif de beaucoup, avec raison, reste de se coucher et de pouvoir s’endormir au bout de cinq minutes, puis de se réveiller, reposé, après une nuit ni trop longue, ni trop courte. De nombreuses personnes ne souffrant pas d’insomnie ne présentent pas ce sommeil idéal. Beaucoup mettent une demi-heure ou une heure avant de s’endormir, se réveillent la nuit, se réveillent trop tôt ou trop tard, ou n’accèdent pas à un sommeil profond et réparateur.

Que faire ?

Lorsqu’on présente une insomnie qui s’installe, qui dure plusieurs jours ou plusieurs semaines, il faut se demander s’il existe des symptômes associés tels que l’angoisse, dans la journée, ou bien des symptômes dépressifs, de type désintérêt, tristesse ou perte du plaisir. S’il existe une dépression associée, ce qui est loin d’être toujours le cas, c’est en traitant la dépression que l’on fera disparaître l’insomnie. Il faut savoir aussi s’il existe un événement extérieur ou un conflit intérieur, évident à trouver ou non, qui préoccupe beaucoup. Cela peut même être un événement positif, comme un projet qui nourrit une excitation psychique, empêchant de trouver le calme. Il n’y a pas d’insomnie sans souci formulé ou non. D’où l’importance de l’observation de soi, afin de repérer la ou les causes. Il peut arriver qu’au cours d’une observation honnête on ne repère pas de cause apparente. Si l’on y parvient, faire ce lien permet d’apprivoiser le problème. Et d’agir en conséquence. Soit nous nous rendons compte que cette difficulté nécessite une adaptation comportementale, une attitude différente dans la vie : il s’agit alors d’aller dans ce sens. Soit nous nous rendons compte qu’elle se situe au-delà de notre capacité d’intervention, qu’elle ne dépend pas de notre attitude : il s’agit alors davantage d’accepter l’idée qu’on ne peut rien faire. 

Il peut être difficile de franchir cette étape…

Une aide de type psychothérapeutique brève peut être utile pour repérer ces liens. Parfois, la personne peut y arriver seule. Mais l’insomnie peut résulter aussi de conflits intérieurs inconscients, il faut parfois une démarche thérapeutique plus longue pour les identifier. Le rôle du psychothérapeute est d’aider à formuler la problématique et à repérer l’attitude la plus sereine face à celle-ci.

Outre l’importance que vous semblez accorder à ce type d’aide, que préconisez-vous ?

La stimulation des mécanismes spontanés d’endormissement paraît importante. En effet, s’endormir suppose d’une part un état d’apaisement, d’autre part, de renoncer à l’excitation psychique que représentent les soucis, les joies ou les projets de la journée. Renoncer à cette excitation permet de plonger dans le monde du sommeil et du rêve. Cela peut être aidé par la focalisation de notre intention sur les différentes phases de la respiration : inspir, expir, sensation du passage de l’air dans les narines, mobilité de l’abdomen… La stimulation de l’endormissement spontané peut aussi se faire à l’aide de la visualisation, par exemple, du flux et du reflux des vagues, ou d’une cassette de relaxation. Il peut être utile de faire appel à des tisanes comme la camomille, à des traitements de phytothérapie comme Euphytose® ou Spasmine®.Ce n’est qu’en cas d’échec de telles approches que l’on peut envisager d’avoir recours à de petites doses d’un traitement à base d’anxiolytiques ou d’hypnotiques.

Une petite dose, laquelle et pourquoi ?

Si on ne prend pas régulièrement un tel traitement, il n’y a aucune raison qu’une petite dose ne suffise pas. Il s’agira du dosage le plus faible ou de la moitié du dosage le plus faible, un seul soir si possible. C’est l’idée d’une prise unique. Un soir seulement ! Souvent ça suffit.

Que faire quand cela ne suffit pas ?

Pour retrouver un sommeil réparateur, on peut faire appel à ces médicaments pendant une durée qui ne dépasse pas trois à cinq jours. En général, la dynamique du sommeil est alors relancée. Mais bien souvent la personne ne le sait pas. Elle continue donc d’en prendre. Cela explique en partie l’abus de calmants.

Quelle est la différence entre les anxiolytiques et les hypnotiques ?

Je ne fais pas le distinguo entre eux. Ce sont des produits de même acabit. Le plus souvent, ce sont des benzodiazépines dans les deux cas. Parfois ce sont des molécules voisines des benzodiazépines qui ne présentent pas de différences majeures avec elles. Les durées de traitement sont les mêmes. On peut donc avoir recours à un produit ou à un autre sans enjeu particulier. La seule chose qui doit guider le patient et le médecin, c’est la sensation de confort et l’apparition du minimum d’effets secondaires. Trouver le bon médicament reste une question de susceptibilité individuelle.

Que faire en cas de stress important ?

S’il s’agit d’un stress majeur ayant une cause extérieure contre laquelle on ne peut rien, mais assez déstabilisante, je préconiserai volontiers une attitude de philosophe. Mais il est difficile d’obliger les gens à être philosophes. Si les symptômes face à un stress se prolongent, il est possible de reprendre le traitement pendant une deuxième période de deux à cinq jours. On ne le poursuivra pas au-delà de deux mois.

Que risque-t-on en prenant des calmants plus d’un mois ou deux ?

Le couple médecin-patient risque en effet de s’installer, par solution de facilité, dans une dépendance qui peut se prolonger des mois ou des années. Rappelons qu’une cure de désintoxication, après une prise prolongée de benzodiazépines, peut durer de trois semaines à trois mois, si l’on considère que le sevrage s’achève lorsque la personne retrouve son équilibre. Le sevrage implique la disparition des symptômes liés à l’usage du produit, en particulier la recrudescence de l’insomnie. Quand on interrompt une prise abusive de ces produits, on est confronté à un symptôme d’insomnie. La personne croit souvent qu’elle retrouve son problème d’insomnie initial, c’est faux. Cette nouvelle insomnie est un symptôme de sevrage, comme le tremblement l’est lors des sevrages d’alcool. À ceci près que le symptôme est de même nature que le prétexte initial à la prise de médicament. Bien des patients se trompent ! Cette erreur, faite plusieurs fois, explique que certaines personnes ne s’arrêtent plus jamais de prendre cette drogue légale.
Par ailleurs, il peut exister un certain plaisir à prendre un produit qui nous fait dormir. On obtient en effet une forme d’engourdissement psychologique agréable, préludant l’entrée au sommeil. La prise se poursuit plus par attirance pour le produit que par nécessité liée au sommeil. C’est la porte ouverte à une vraie dépendance. Mieux vaut accepter de s’endormir en une demi-heure au lieu de cinq minutes. Si le sommeil naturel peut sembler moins magique à certains que celui induit par les médicaments, il est bien meilleur. 

Propos recueillis par R. B.

 

 

 

 

 

 

 
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