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Juin 2000

benzodiazépines ou pas ?

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point de vue du Pr Edouard Zarifian

« On n’a qu’une chance sur cent de se trouver devant un vrai trouble du sommeil »

Star des médicaments vendus en pharmacie, on les appelle tranquillisants, calmants, somnifères ou hypnotiques. Qui sont-ils ? Diffèrent-ils ? Quels sont leurs inconvénients ?

 

 

 

 

Pour répondre aux troubles du sommeil, il n’y a pratiquement qu’une seule catégorie de médicaments. Hormis les antidépresseurs, qui traitent la dépression, la majorité d’entre eux appartiennent à la famille chimico-pharmacologique des benzodiazépines. « Chez le pharmacien, ils se répartissent entre tranquillisants et hypnotiques, explique le Pr Edouard Zarifian (Le Pr Zarifian est l’auteur d’un nouvel ouvrage, La Force de guérir, éd. Odile Jacob.), psychiatre, chef de service au CHU de Caen. C’est le mode de prescription qui les distinguait à l’origine. On les appelait tranquillisants quand ils étaient prescrits dans la journée, hypnotiques s’ils l’étaient le soir. Puis on a appelé hypnotiques ceux qui avaient une durée de vie dans l’organisme très brève. » Ils produisent un maximum d’effet le soir et un minimum le lendemain. Mais les récepteurs cérébraux sont les mêmes. « Il n’existe que deux médicaments pour dormir qui n’appartiennent pas à la famille des benzodiazépines, le Stilnox® et l’Imovane®. Ils présentent les mêmes propriétés, mais pas les mêmes structures chimiques, et produisent moins d’effets indésirables. » Ce sont les plus récents. Le Stilnox est le plus prescrit de tous. « Il est utile en cas de véritables troubles du sommeil. 

Mais aucun de ces médicaments n’est anodin. » Certains, comme le Rohypnol®, sont tellement puissants que des spécialistes ont demandé une diminution des dosages. L’Halcion® a été interdit en Hollande, en Angletterre et aux États-Unis, en raison de ses effets massifs et du détournement de son usage comme somnifère à des fins criminelles. En France, le dosage a été limité à 0,125 mg par unité. « Pour tous ces médicaments, une consommation sur plusieurs semaines crée une dépendance. Le risque au-delà de dix semaines est certain. Tous déstructurent le cycle du sommeil. Citons aussi les troubles de la mémoire immédiate, que beaucoup ne rapportent pas aux médicaments, mais, par erreur, à leur état. Citons l’hypotonie musculaire, qui se traduit par une sensation de fatigue, et surtout par des chutes. Ces médicaments constituent la première cause de fracture du col du fémur. La publication d’une étude à ce sujet dans Le New England Journal of Medicine a suscité de vifs débats en 1998. »Qu’on les appelle anxiolytiques ou hypnotiques, ces produits, efficaces, ont beaucoup d’effets secondaires. « Je ne critique pas le médicament, mais son utilisation systématique et abusive. Il faut revenir à la clinique. Il s’agit d’un homme ou d’une femme dont la plainte en matière de sommeil ne doit pas être prise au premier degré. C’est une erreur de commencer à prescrire un médicament avant même d’aller plus loin. On n’a qu’une chance sur cent de se trouver devant un vrai trouble du sommeil. Il faut découvrir à quoi correspond cette plainte. Dès lors, les solutions seront très diversifiées. 

On doit expliquer au patient que l’on va l’aider à dormir en élucidant ces causes. »Outre ce travail relationnel et thérapeutique, il existe aussi des moyens pour se détendre et diminuer son anxiété. « En Angletterre et en Allemagne, où la consommation d’hypnotiques est moindre qu’en France, la phytothérapie est très largement utilisée. Quant aux hypnotiques, ce sont des substances utiles à condition de respecter de bonnes pratiques de prescription et de ne pas répondre aveuglément à toutes plaintes concernant le sommeil. C’est le moment ou jamais d’être à l’écoute de son patient » 

R. B.

 

 

 

 

 

 

 

 
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