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Peut-être
baptisée un peu hâtivement « hormone miracle », la mélatonine
n’en présente pas moins un réel intérêt.
“La
mélatonine, explique Paul Pevet, directeur de recherche du laboratoire
de neurobiologie des fonctions rythmiques et saisonnières du
CNRS de Strasbourg, est l’hormone qui permet à notre organisme
de se repérer dans le temps, qu’il s’agisse du temps journalier
(rythme circadien de 24 heures) ou du temps annuel. Grâce à
elle, on dort la nuit et l’on reste éveillé le jour. Grâce à
elle encore, toutes nos fonctions physiologiques sont organisées
temporellement. Par exemple, notre pression artérielle baisse
la nuit pour remonter
la journée. » Identifiée dans les années 1950, elle est facile
à synthétiser. La mélatonine est fabriquée durant la nuit par
la glande pinéale située dans le cerveau ; elle assure la coordination
de notre horloge interne. La clef de notre horloge interne se
situe dans deux éléments cérébraux, la glande pinéale et les
noyaux suprachiasmatiques (NCS). Pour régler le cycle quotidien
de notre comportement, ces deux structures doivent coordonner
leur rythme, l’ajuster à la lumière et transmettre le signal
au reste du cerveau et du corps. En juin 1998, sous le titre
Mélatonine : pas de miracle en vue, mais à prendre au sérieux,
la revue Prescrire lui a consacré un dossier de synthèse des
études existantes à son sujet. Seuls les troubles dus au décalage
horaire, les troubles du sommeil et dans les cancers avancés
ont fait l’objet d’un début de recherche. La mélatonine semble
atténuer les troubles dus au décalage horaire, mais cet effet
serait en partie subjectif. Son utilisation chez certains grands
insomniaques apparaît intéressante, mais l’absence de toxicité
en cas d’usage prolongé n’est pas prouvée. On retrouve dans
toutes les études un effet de la mélatonine sur le temps d’endormissement.
Par contre, les résultats sont discordants quant à l’effet
sur la durée du sommeil. Les perspectives semblent intéressantes,
notamment chez les aveugles et les handicapés neurologiques
graves. « Les voies optiques, écrit la revue Prescrire, véhiculent
les effets de la lumière et jouent un rôle majeur dans le
rythme biologique du corps et notamment dans le contrôle de
la libération de mélatonine. Les troubles du sommeil sont
fréquents chez les patients totalement aveugles. » Toutes
les autres prétendues indications, pilule anti-vieillissement
par exemple, sont sans fondement scientifique et purement
commerciales. Pour Paul Pevet, chercheur en recherche fondamentale,
qui travaille depuis plus de vingt-cinq ans sur cette hormone,
la mélatonine offrira dans l’avenir de réelles possibilités
thérapeutiques : « Elle ne permettra certainement pas de rajeunir,
mais sans doute d’éviter des perturbations liées à l’âge,
en particulier les troubles du sommeil. Chez les personnes
âgées, la sécrétion de mélatonine baisse, ce qui entraîne
une désorganisation temporelle du cycle veille-sommeil. D’où
leur plainte de dormir moins. Ce qui est faux. Elles dorment
moins la nuit, mais avec les petits sommes de la journée elles
dorment tout autant qu’avant. La mélatonine les aidera à maintenir
plus longtemps une bonne organisation temporelle et leur permettra
de continuer à être en phase avec leur environnement. Mais,
le problème essentiel aujourd’hui est que l’on ignore tous
des effets d’une prise à long terme et que l’automédication
sauvage actuelle est stupide et dangereuse. » La revue Prescrire
insiste sur ce danger et précise : « Un auteur a soulevé l’hypothèse
d’une possible action négative sur les pathologies d’origine
auto-immune. »La mélatonine n’est donc pas l’hormone miracle
capable de tout prévenir et de tout soigner. Mais cela ne
doit pas masquer les perspectives d’utilisation qu’elle pourrait
offrir dans l’avenir : « Sa réputation sulfureuse explique
la difficulté à obtenir des financements pour nos recherches,
constate Paul Pevet. Pourtant, je pense que, d’ici à deux
ou trois ans, on va voir apparaître des médicaments dignes
de ce nom. » Attention donc aux produits actuellement commercialisés
!