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Juin 2000

les petits

Les troubles du sommeil de l'enfant

 

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La durée normale de sommeil de l’enfant et du nourrisson est celle qui lui permet de ne pas être fatigué le jour.

 

 

 

La qualité du sommeil de l’enfant est une préoccupation importante des parents. Le moindre problème dans ce domaine est source d’angoisse familiale. Mais à partir de quand peut-on parler de trouble ? Aujourd’hui, le bébé « parfait » doit dormir au moins neuf heures d’affilée, seul dans sa chambre… et de préférence dès le deuxième mois de son existence. Le discours dominant néglige les réels besoins physiologiques et psychiques du nourrisson. Une réédition récente (1999) d’un ouvrage sur le sommeil de l’enfant, de Marie Thirion, chez Albin Michel, que nous avons connu plus inspirée, illustre parfaitement cette idéologie dominante : « Au-delà de huit semaines, les bébés ont les réserves énergétiques suffisantes pour tenir toute la nuit sans manger et donc sans se réveiller. S’ils réclament et se réveillent, c’est qu’ils sont en train de faire fausse route dans leur organisation cérébrale de sommeil. » Ainsi s’expriment les partisans de l’apprentissage du sommeil aux bébés. Laissons-les à leurs certitudes.

Laissons aux bébés… le temps d’être des bébés 

« À la naissance, explique Claude Didierjean-Jouveau, rédactrice en chef de la revue Allaiter, les cycles de sommeil sont beaucoup plus courts que chez l’adulte, ils vont peu à peu se rallonger jusqu’à rejoindre ceux de l’adulte à l’adolescence. Avant trois mois, il n’y a pas d’organisation circadienne (sur 24 heures). Peu à peu, cette influence circadienne augmente, mais elle n’est pas en place avant l’âge de 2 ans. À 3 ans, 20 à 35 % des enfants se réveillent encore la nuit et cette proportion diminue doucement jusque vers 5 ans. Les parents sont souvent inquiets alors que tout est normal. » Dans nos sociétés occidentales, prendre le bébé dans son lit n’a pas bonne presse, papa Freud est passé par là. Dans un livre récent sur le sommeil de l’enfant, de Lyliane Nemet-Pier (Moi, la nuit, je fais jamais dodo…, éd. Fleurus (2000), psychologue clinicienne et psychanalyste (spécialiste du sommeil, elle donne des consultations à l’hôpital Robert Debré), on trouve ce jugement sans appel : « Les psychanalystes, et les spécialistes du petit enfant s’accordent sur le fait qu’un bébé ou un enfant ne peut partager régulièrement et sur une longue période la couche de ses parents ou d’un parent seul sans entraver gravement son développement psychique. » Les pédiatres sont plus nuancés. « Dans nos sociétés, explique le Dr Lyonel Rossant, pédiatre et auteur d’un excellent guide pour les parents (Votre enfant, guide à l’usage des parents, éd. Robert Laffont, coll. Bouquins.), à la différence du reste de l’humanité, la norme sociale est que l’enfant dorme loin de sa mère. Pourtant, un enfant qui pleure, dès qu’il se retrouve dans le lit de ses parents s’endort. À l’évidence, l’enfant a besoin de dormir à côté de ses parents. L’éloigner, c’est lui imposer une frustration, source d’un conflit qui se réglera plus ou moins bien en fonction de la personnalité des uns et des autres. Si les parents sont prêts à assumer clairement ce choix, pourquoi pas ? Le choix inverse est tout autant respectable. » En cas de besoin, on peut recourir au cri minuté (lire encadré) et, pourquoi pas, faire appel à un thérapeute qui pourra expliquer, servir de médiateur et dédramatiser bien des situations.

Le rituel du coucher

Les difficultés de sommeil de l’enfant plus âgé ne relèvent pas des mêmes thérapeutiques. On écartera d’emblée tout recours aux médicaments, particulièrement chez le bébé. Attention à certains médicaments prescrits trop facilement, sirops en tout genre, voire psychotropes banalisés par médecins et parents (le Théralène par exemple). Une dépendance aussi précoce à un produit peut se révéler très handicapante à l’âge adulte. On le prend pour dormir et très vite… pour oublier. « Je suis contre, explique le Dr Lyonel Rossant, Je n’en prescris que dans les cas exceptionnels : mère épuisée, enfant touché par un deuil. J’ai à ma disposition de thérapeute toutes sortes de remèdes homéopathiques et de plantes soporifiques. Cela suffit à faire face à la plupart des problèmes. »« Aller se coucher implique la séparation, poursuit le Dr Rossant. En général, les rituels mis en place au moment du coucher vont suffire pour aider l’enfant à dépasser ce stade. Comme le sacro-saint doudou, objet de transfert qui sécurise. » Mais aussi la veilleuse qui prévient la peur du noir, le verre d’eau qui indique le moment de dormir, l’histoire, moment de partage privilégié entre l’enfant et le parent, les bisous, etc. Lorsque le refus de s’endormir finit par poser des problèmes à toute la famille, pourquoi ne pas laisser l’enfant trouver le sommeil près de soi dans la pièce commune ? Edwige Antier, pédiatre, dans son ouvrage Mon bébé dort bien (Mon bébé dort bien, éd. Balland 1998), insiste sur l’importance des rituels d’endormissement et l’accompagnement parental au moment du coucher. Un moment d’échange qui rassure et ne doit pas apparaître à l’enfant comme une manière de se débarrasser de lui. Un sommeil sans trouble dépend aussi d’une bonne hygiène de vie et d’une organisation cohérente de la journée. C’est loin d’être facile dans nos sociétés occidentales. Sans se culpabiliser, on veillera à ce que l’enfant ne souffre pas trop des rythmes imposés par la vie moderne. Il ne faut jamais oublier que l’enfant a besoin de calme et de routine. L’enfant qui s’ennuie se construit grâce à son imaginaire. Il est absolument inutile de vouloir toujours l’occuper à quelque chose. Il doit aussi se défouler suffisamment dans la journée, courir, s’amuser. Il doit pouvoir récupérer de longues journées en collectivité. Enfin, ne pas passer trop de temps devant la télévision ni l’ordinateur, surtout en fin de soirée. À chacun de trouver les équilibres et les solutions qui respectent au mieux les besoins de tous les membres de la famille. Ne pas oublier qu’en cas de problème, l’enfant n’est jamais trop petit pour qu’on lui parle et lui explique avec des mots ce qui se passe. 

Martine Laganier 

 

 

 

 

 

 

 

 
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