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“Il y a une véritable illusion sur
les moyens modernes de communication. Ils ne servent le plus souvent
qu’à favoriser les échanges d’informations. Or, la communication,
c’est une relation de personne à personne », explique Colette
Bizouard, auteure de Vivre la communication (Chronique sociale
éditions), un guide qui en est à sa 7e édition. Étymologiquement,
communiquer, c’est mettre en commun. À l’origine, c’est un synonyme
de communier, mettre en communauté. Progressivement, une distinction
s’établit et communiquer prend le sens de transmettre, échanger.
Nous ne pouvons pas vivre sans entrer en relation mais, malgré
la multiplication des « médias », le sentiment de ne pas bien
communiquer ou de ne pas être bien compris reste largement partagé.
« La base d’une vraie communication, c’est l’intérêt pour l’autre.
À mon âge, je peux dire qu’il y a des gens que je ne supporte
pas, pourtant je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui ne soit pas
digne d’intérêt. Mais la communication c’est une aventure, car
je suis partagée entre la peur de rencontrer l’autre et la nécessité
de le faire », explique Colette Bizouard. La bonne volonté ne
suffit pas. « Il n’est pas si simple de passer d’une volonté de
communiquer à une pratique effective. Sous la pression du stress,
des émotions ou de l’éducation, des mécanismes de défense inconscients
ont pu se structurer au fil des années, empêchant la communication.
Il faut donc mettre en place une stratégie de repositionnement
», explique André Soutrenon, qui anime les stages de communication
aux éditions Chronique sociale. Pour comprendre et dépasser ces
blocages, des techniques ont été élaborées. Lorsque la communication
passe mal, il faut chercher ce qui la brouille ou la parasite.
De nombreux éléments sont en cause, parmi lesquels les émotions
jouent un rôle central.
Gérer ses émotions
C’est sans doute le psychologue américain
Carl Rogers qui a le mieux défini les processus de communication
interpersonnelle. Rogers part du principe que chaque personne
détient la solution à ses problèmes et que le médecin, le thérapeute
ou le conseiller ne doit pas chercher à l’influencer. Il renoue
avec la maïeutique de Socrate, c’est-à-dire l’art d’accoucher
les esprits. La principale technique utilisée pour cela est la
reformulation. Le thérapeute reformule ce que lui dit la personne
pour vérifier s’il a compris ce qu’elle dit, permettre à celle-ci
de préciser en retour ce qu’elle ressent et de trouver progressivement
la solution : « Vous avez peur quand vous vous retrouvez dans
cette situation. » À la suite de Rogers, de nombreux psychologues,
sociologues et thérapeutes ont développé des techniques de communication,
mettant chacun leur accent personnel sur tel ou tel aspect. Thomas
Gordon insiste sur l’affirmation de soi avec le « message - Je
». Au lieu de dire : « Tu m’agaces quand tu te conduis comme cela
», il vaut mieux dire : « Je suis agacé quand je te vois agir
ainsi. » Il faut renoncer à la « relation klaxon » (tu…tu…tu),
comme l’appelle Jacques Salomé qui propose des règles d’hygiène
relationnelle où chacun se situerait à sa juste place. Marshall
Rosenberg s’est attaché à développer la notion d’empathie avec
la communication non violente. Ces techniques d’écoute doivent
être complétées par un travail sur soi : la gestion des émotions,
l’amélioration de l’expression orale ou écrite, le rôle de la
parole, le son de la voix, les attitudes, l’expression corporelle
et la communication non verbale. Ces dernières sont essentielles,
notamment dans l’accompagnement des personnes qui ne peuvent pas
(ou peu) parler : personnes âgées, handicapées ou en fin de vie.
Dans le cadre d’une psychothérapie, Rogers et ses successeurs
assurent que les techniques d’écoute peuvent suffire à la guérison.
C’est un chemin parmi d’autres. La psychanalyse, les méthodes
de développement personnel comme l’analyse transactionnelle, la
programmation neurolinguistique, la gestalthérapie, la sophrologie
et les techniques psychocorporelles orientales (yoga, qi gong,
arts martiaux) peuvent aussi contribuer à améliorer la communication.
Régis Pluchet
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Les
pommes de discorde
« Tu m’avais dit que tu réparerais
le robinet qui fuit », s’inquiète Annie. « Cela peut attendre
», maugrée Roger en réponse. Les petits malentendus alimentent
les frustrations et les ressentiments qui empoisonnent la vie
de couple et peuvent dégénérer en disputes violentes. « Et tout
cela parce qu’on n’a jamais pensé que les hommes et les femmes
ne parlent pas la même langue », explique John Gray, dans un livre
à succès Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus
(éd. J’ai Lu). Dans l’exemple cité, Roger entend (inconsciemment)
que sa femme lui dit : « Tu ne fais jamais ce que je te demande
et je ne pourrai pas être heureuse avec toi si tu ne changes pas.
» Quant à Annie, elle croit comprendre que son mari lui répond
: « Tu n’es jamais compréhensive, tu te fâches pour un rien. »
John Gray nous propose de découvrir comment un homme et une femme
gèrent leur stress chacun à sa manière, ont un comportement amoureux
et des besoins d’intimité fort différents. « Tu ne fais pas attention
à moi », reproche Annie à Roger qui lui rétorque : « Mais je t’ai
emmenée au théâtre il y a quelques jours. » L’idéal de l’homme,
c’est l’équité et il mesure la taille des cadeaux que chacun donne,
à l’autre ne comprenant pas que pour la femme les petites attentions
quotidiennes témoignant d’un amour inconditionnel, comptent plus
que la taille des cadeaux. Dans son livre, comme dans les ateliers
Mars-Vénus qu’il a créés, John Gray propose d’apprendre un nouveau
langage qui tienne compte des sentiments et des besoins propres
à chacun. Une approche pleine de bon sens et non dénuée d’humour,
mais peut-être parfois un peu simpliste en valorisant trop la
différence.
Paule Salomon propose de prendre en compte l’évolution du couple,
qui peut se faire en sept stades, du couple fusionnel de la rencontre
au couple androgyne, en passant notamment par le stade où l’un
des deux domine, puis le stade conflictuel. Le couple harmonieux,
explique-t-elle dans La Sainte Folie du couple (éd. Albin Michel),
n’est pas seulement un couple où chacun connaît le langage de
l’autre, mais une alliance entre deux êtres qui développent chacun
sa double polarité masculine/féminine. Paule Salomon organise
des stages où l’exploration des sens et la communication non verbale
sont privilégiés. D’autres méthodes peuvent favoriser la communication
dans le couple. Le conseil conjugal ne vise pas à faire changer
l’un ou l’autre des membres du couple. Mais la médiation d’un
tiers permet à chacun de mieux entendre et comprendre l’autre.
La thérapie de couple a le même but, expliquent Claude et Danielle
Allais, psychothérapeutes et auteurs de L’Épanouissement amoureux
et sexuel du couple (éd. Bernet-Danilo).
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