Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
juillet
2000
côté
médecins mots pour
maux
Bien
gérer les conflits
« La directrice
d’un centre social a vu récemment une personne se précipiter
dans son bureau en lui criant : “Je vais te faire la peau
!” et en la menaçant d’une arme. Dans une telle situation,
on est bien démuni et on se demande comment on va y arriver.
Pourtant, il est possible de résoudre sans violence des conflits
difficiles, en revenant à une communication apaisée, dans
laquelle les protagonistes puissent s’écouter » explique François
Lhopiteau, directeur de l’Ifman de Haute-Normandie (Institut
de formation du Mouvement pour une alternative non violente).
» « Dans l’exemple cité, c’est une animatrice ayant suivi
nos stages qui a trouvé la solution. Elle savait qu’il ne
fallait pas chercher à raisonner une personne dans cet état,
mais intervenir sans prendre parti et en respectant son besoin
d’exprimer son état émotionnel. Elle est arrivée, en disant
: “Je vous apporte un café, j’ai pensé que cela vous ferait
plaisir”. L’agresseur lui a répondu : “Je ne t’ai rien demandé,
ça va être ton tour, d’ailleurs je ne bois que du thé, jamais
de café”. Et tout s’est bien terminé autour d’un thé. Il est
rare que l’on ait besoin d’en venir à une contrainte physique
dure. Lorsque l’on offre à celui qui est dans l’émotion une
sortie honorable, il s’apaise. C’est tout un savoir-faire
qui est insuffisamment travaillé dans notre culture basée
sur la négation des émotions. »
Propos recueillis par R. P. Voir adresses stages
La
communication entre médecins et malades passe mal.
“Les
médecins, même les mieux intentionnés, n’ont pas conscience de la
manière dont se fait la communication avec le malade », explique
la Dre Marie-Claire Célérié, psychiatre-psychanalyste et coauteure
d’un récent livre La Rencontre avec le malade (éd. Dunod). « Le
médecin dispose d’un nombre d’examens de plus en plus important
et on lui recommande des traitements qui ont été vérifiés par des
statistiques. Mais la plupart des problèmes qu’il rencontre dans
son cabinet ne répondent pas aux schémas qu’il a appris à la faculté
ou dans les livres », poursuit-elle. À part les problèmes aigus
qui se règlent en une ou deux séances, la plupart des patients consultent
pour des troubles fonctionnels ou des maladies chroniques parfois
sévères comme le cancer. « Le malade vient pour un problème physique,
mais il y a presque toujours une dimension psychologique, qui est
un facteur aggravant de la maladie, quand elle n’en est pas la cause.
Il est important que le médecin écoute le malade raconter son problème
à sa façon », poursuit la Dre Célérié.
Les groupes Balint
« Il ne suffit pas d’expliquer au
patient ce qu’il a, de lui apporter des informations. Si je ne
cherche pas à comprendre quelle est sa relation avec sa maladie,
lui-même ne me comprendra pas », confirme la Dre Anne-Marie Puel,
secrétaire générale de la Société médicale Balint. C’est dans
les années 1950 que le Dr Michaël Balint, psychanalyste anglais
d’origine hongroise, s’intéresse à la relation entre le médecin
et son malade. Convaincu de la nécessité de former les professionnels
de santé, mais que cette formation ne peut rester théorique, il
propose des groupes de travail. Un « groupe Balint » réunit, environ
deux fois par mois, huit à quinze professionnels autour d’un animateur.
« Chaque médecin peut y exposer le cas d’un patient qui lui pose
problème. Ceux qui l’écoutent vont l’aider à trouver une autre
approche ou à mieux comprendre le point de vue du malade », poursuit
la Dre Puel.
Se relier à son
corps
De son côté, l’Association de médecine
et de soins relationnels propose une méthodologie de l’écoute
inspirée des règles d’ « hygiène relationnelle » mises au point
par Jacques Salomé : se situer à sa juste place dans une relation,
mettre en mots le ressenti ou exprimer symboliquement ce qui ne
peut être dit. « À côté des blessures biologiques, nous avons
tous des blessures relationnelles et même spirituelles. Tout va
se dire dans le corps, car tout ne peut pas se dire avec les mots.
C’est un langage codé. Notre travail de soignant, c’est de regarder
et d’examiner le corps avec notre compétence médicale, mais aussi
de permettre à une personne de se relier de façon plus consciente
à son corps, à son environnement et à sa conscience », explique
la Dre Françoise Rodary, présidente de cette association.