Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
juillet
2000
l’écoute le cœur
au bord des lèvres
Différentes
techniques permettent d’apprendre à écouter et à mieux comprendre
nos interlocuteurs. La bonne écoute vient du cœur et pas seulement
de la raison.
La multiplication des services d’assistance
par téléphone et des lieux et points de rencontre en témoigne
: l’écoute est devenue un besoin majeur de notre société. Mais
ce ne sont pas seulement les personnes seules ou en difficulté
qui ont besoin d’écoute, c’est tout un chacun. « Nous sommes dans
une société où chacun vit pour soi, renfermé sur lui-même, et
ne sait pas où aller parler », explique Nicole Thébaud, secrétaire
de l’association Quatre Saisons qui est à l’origine des Rencontres
européennes de l’écoute, dont la troisième édition se tenait fin
avril à Lausanne. Les occasions d’écoute sont pourtant nombreuses,
que ce soit au niveau professionnel (médical, psychologique ou
en entreprise) ou dans les relations amicales et familiales avec
la parole qui réconforte. « Mais elle est souvent de mauvaise
qualité, car nous ne savons pas écouter l’autre sans l’interrompre,
chercher à le dominer ou à lui imposer un jugement », précise-t-elle.
« Que ce soit dans la vie professionnelle, familiale ou scolaire,
il est commun de remarquer la difficulté à se faire comprendre
ou à saisir clairement la pensée de l’autre », souligne Jean Artaud
dans L’Écoute, attitude et techniques (éd. Chronique sociale).
Enseignant, Jean Artaud (aujourd’hui décédé) est devenu psychologue
pour répondre aux besoins de ses élèves. Contrairement à ce que
pensent beaucoup, l’écoute n’est pas seulement une affaire d’attention
et de bonne volonté, même si ces dimensions sont importantes.
« L’écoute n’est pas naturelle », précise Yves Blanc, en soulignant
dans son petit guide L’Écoute (éd. Bernet-Danilo) les puissants
freins qui existent à sa mise en œuvre. Ceux qui proviennent de
l’un des interlocuteurs et souvent des deux : émotions, impatience,
préoccupations personnelles, peur du conflit ou d’une remise en
question, préjugés, pièges du langage ; et ceux qui proviennent
de l’environnement : moment ou lieu inapproprié. L’écoute ne s’improvise
pas. Les grands principes de l’écoute ont été énoncés, il y a
cinquante ans, par le psychologue américain Carl Rogers. Ils ont
été ensuite travaillés et affinés par différents auteurs, qui
en ont proposé de nombreuses techniques d’application, chacun
selon son expérience propre. « Les techniques d’écoute “rogérienne”
représentent un processus dynamique qui est parfaitement défini
avec trois principes-repères : la congruence, la considération
positive inconditionnelle et l’empathie », explique André de Peretti,
qui a introduit Carl Rogers en France. Ces termes peuvent paraître
du jargon, mais il visent à définir une attitude générale d’écoute,
qui vient du cœur et pas seulement de la raison, attitude qui
est définie d’une manière générale par le mot empathie, pris dans
un sens large qui englobe les deux autres aspects.
L’empathie
L’empathie consiste à essayer de
rejoindre l’autre dans son expérience intérieure, de ressentir
ce qu’il ressent. Il ne s’agit pas de sympathie, qui est un sentiment
agréable éprouvé pour quelqu’un et qui n’est pas forcément ce
que ce dernier ressent au même moment. L’empathie n’est pas un
sentiment, mais une attitude d’esprit. C’est un moyen de comprendre
l’autre, sans pour autant s’imaginer que l’on est à sa place.
Elle nécessite de s’intéresser plus à ce que vit la personne écoutée
qu’à son problème ou à ce qu’elle dit. Elle procède d’un respect
total de la personne, sans jugement, sans intention de lui imposer
une manière de voir, dans l’acceptation a priori de sa bonne foi
et de ses choix. Cette dimension de « considération positive inconditionnelle
» est capitale. Elle suppose d’être centrée sur la personne que
l’on écoute. Mais, même si cela peut être paradoxal, elle nécessite
qu’on soit aussi centré sur soi-même, dans une attitude que Carl
Rogers désigne sous le nom d’authenticité ou de « congruence »,
terme ancien qui signifiait convenance (et dont la racine subsiste
dans le langage courant avec le qualificatif « incongru »). La
congruence désigne ici l’accord entre ce que ressent l’écoutant
et ce qu’il exprime. Dans une discussion vive, l’un des protagonistes
peut s’enflammer, mais il sera souvent bien étonné si vous lui
dites qu’il manifeste de la colère ou de l’agacement, explique
Carl Rogers. L’écoutant doit donc s’écouter lui-même pour avoir
conscience de ses propres sentiments intérieurs. Sans congruence
ni considération positive inconditionnelle, il ne peut y avoir
d’empathie. Il doit y avoir un ajustement préalable et permanent
entre les trois attitudes, précise Jean Artaud. La réponse que
l’on donne à la personne écoutée doit refléter cette qualité d’écoute.
On distingue six grands types de réponse (lire ci-contre). Une
seule, la réponse de compréhension, témoigne toujours d’une véritable
écoute. « Vous avez le sentiment que vous deviez agir ainsi. »
Ce type de réponse utilise la technique de reformulation, à laquelle
certains réduisent parfois la méthode de Carl Rogers. La reformulation,
telle qu’il la conçoit, n’est pas séparable de l’ensemble du processus
d’écoute. Elle ne consiste pas à répéter ou à paraphraser ce que
dit l’interlocuteur, mais à refléter ses sentiments, afin de s’assurer
d’une bonne compréhension et sans jamais le critiquer, ni même
l’approuver.« Sans un travail corporel, on risque d’être uniquement
centré sur l’autre et de ne pas être vraiment à l’écoute », explique
Alain Cornély, psychothérapeute. Si vous posez la main sur l’épaule
de quelqu’un, il peut se sentir violé ou au contraire écouté.
Il y a tout un travail à faire pour développer la conscience intérieure
de l’espace juste qui fera que votre geste sera ressenti comme
un geste d’écoute ». Il développe l’attitude Cesora (centrée sur
soi, orientée vers l’autre) qu’il enseigne au sein de l’association
Croissance, écoute et vie. Cette expérience est présentée dans
un livre Qui écoute ?
Régis Pluchet
La
communication en entreprise
Ingénieur pendant une dizaine
d’années, Jean-Luc Mermet s’est reconverti dans la communication,
en créant près de Grenoble la société Reliance .« Il y a
peu de difficultés dans les entreprises qui soient liées
à des problèmes techniques, mais les personnes chargées
d’un projet ont parfois du mal à s’entendre. Notre rôle,
c’est de mettre un peu d’huile dans les rouages, en travaillant
sur l’écoute, la gestion du stress et des émotions, les
problèmes relationnels. Il s’agit avant tout de développer
un climat de confiance et d’améliorer la cohésion d’équipe.
Le travail proposé dans les stages est avant tout pratique.
Il alterne la réflexion personnelle, des exercices à deux
et avec l’ensemble du groupe. Chaque participant est invité
à représenter de manière symbolique une situation qu’il
veut clarifier. Cela permet de bien visualiser les points
de vue, les comportements, les relations, les sentiments.
Des jeux simples permettent d’apprendre à développer la
confiance en soi et en l’autre. La “marche aveugle”, par
exemple. On met la main sur l’épaule d’un guide et on le
suit les yeux fermés, pour un parcours semé d’obstacles
: un bon exercice pour apprendre à déléguer !Pour nous,
communiquer, c’est mettre en commun. En cas de conflit,
si je suis en désaccord avec un collaborateur, je peux distinguer
entre la personne et ce que je lui reproche, choisir de
le respecter totalement et ne lui faire des reproches que
sur un acte précis, sans jugement sur sa personne. En même
temps, je lui donne la possibilité de parler de ce qui le
met en difficulté et l’amène à agir ainsi. »
Propos recueillis par R. P.