Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
juillet
2000
éduquer Enfants:
faire autorité
Retrouver
la signification du mot « parent » permet de rétablir une communication
satisfaisante avec son enfant, dans la plupart des cas.
Un jour, c’est inévitable, l’enfant,
notre enfant que nous imaginions parfait, s’oppose et nous oblige
à entrer dans une relation conflictuelle. La communication ne
passe plus. Il a 3 ans et se roule par terre, il a 12 ans et claque
les portes. Tous les acteurs de cette banale histoire sont désorientés,
anxieux et malheureux. Que faire ?« Les parents sont déboussolés
», constate Catherine Mathelin, psychanalyste et auteure du livre
Qu’est-ce qu’on a fait à Freud pour avoir des enfants pareils
?. Et d’expliquer : « Il y a trente ans, ils venaient me consulter
avec un enfant ayant des problèmes psychologiques graves. Aujourd’hui,
ils consultent pour savoir s’ils peuvent inscrire leur enfant
en colonie de vacances…
C’est le signe d’une grande perte de confiance. Les parents doivent
absolument retrouver confiance en eux-mêmes. »La communication
n’est pas inscrite dans les gènes. La vie psychique est présente
dès le premier instant de vie, mettant en scène désirs, fantasmes,
sentiments, passions, mémoire, projets des uns et des autres sur
l’être qui vient de naître. Une histoire à plusieurs qui traverse
aussi les générations. En général, les parents démarrent la relation
avec la meilleure volonté du monde et beaucoup d’amour. « Les
mères sont suffisamment bonnes, comme le dit un célèbre psychologue
américain, poursuit Catherine Mathelin. Aujourd’hui, les parents
sont animés des meilleures intentions du monde. Ils souhaitent
mettre en place une réelle communication avec l’enfant, qui ne
repose ni sur le pouvoir du parent (schéma autoritaire) ni sur
le pouvoir de l’enfant (enfant-roi). Une communication “saine”
qui respecte les besoins de tous les acteurs de la belle histoire.
» Mais, même avec les meilleures intentions du monde, communiquer
ne va pas de soi, tout particulièrement lors de certaines phases
d’opposition normales dans le développement de l’enfant.
Redécouvrir le
métier de parents
« Il n’existe pas de pédagogie pour
éviter la névrose et l’échec scolaire, explique Catherine Mathelin
Souvenons-nous de ce que répondait Freud à une mère qui demandait
conseil : “Faites ce que vous voulez, de toute manière ce sera
mal”. Cette phrase a été retenue dans le seul sens de la culpabilité,
alors que Freud voulait mettre en lumière l’impossibilité pour
les parents de rejoindre un idéal. Les parents doivent s’autoriser
à être parents. Le métier de parent n’est pas impossible. » Les
parents parfaits n’existent pas et l’enfant parfait non plus.
Pour Freud, « Une éducation réussie est celle qui a suffisamment
de défauts pour être remise en cause à l’adolescence ! » Selon
Catherine Mathelin, il n’existe pas de solutions toutes faites,
bonnes pour tous, chaque cas est unique. Ce sont aussi des inconscients
qui communiquent. La jalousie existe et il est impossible de l’éradiquer
des familles. C’est un phénomène naturel qui structure l’individu.
Lorsqu’il y a du manque, il y a du désir. L’amour des parents
n’est pas un gâteau que l’on partage en parts égales avec la même
part pour tous, c’est une série de gâteaux obligatoirement différents.
« Communiquer ne veut pas dire se justifier en permanence, explique
Catherine Mathelin. Les enfants ne sont jamais d’accord. Communiquer,
c’est être à l’écoute, qu’est-ce que cet enfant me dit ? Essayer
de comprendre et donner une réponse, poser des limites. » Les
limites ne sont pas là pour contraindre mais pour baliser le chemin.
« Interdire, c’est verbaliser les lois des êtres humains. Attention,
chaque famille décide de son règlement intérieur, du genre : se
lever de table ou pas ; mais les grandes lois des hommes restent
les mêmes dans toutes les familles (interdit du meurtre et de
l’inceste). Ces lois, l’enfant ne s’y soumet que s’il sent que
les parents y sont soumis. » Le prix à payer est fait du risque
d’être provisoirement moins aimé par l’enfant. C’est leur propre
histoire qui empêche souvent les parents d’être parents. Les difficultés
de relation avec son enfant réveillent parfois les souffrances
de sa propre enfance.
En cas de difficulté,
où trouver de l’aide ?
Avant de « psychologiser » le problème,
on peut s’adresser à des structures intermédiaires où l’on trouvera
écoute et conseils judicieux. « Nous ne sommes pas dans le soin,
souligne Nathalie Isoré, psychologue au Café de l’école des parents,
mais dans la guidance. Nous proposons des entretiens avec des
psychologues sur rendez-vous, mais nous ne faisons pas de suivi.
Parfois, deux ou trois entretiens permettent de débroussailler
la situation et de savoir s’il y a besoin de soin. On peut alors
orienter les personnes vers les CMPP, centres médico-psycho-pédagogiques,
pris en charge par la Sécurité sociale. » Pour certains parents,
c’est un véritable soulagement de comprendre, simplement en discutant
avec d’autres, qu’il est normal de ne pas tout maîtriser et que
l’on peut être de bons parents malgré tout. « Bons oui, parfaits
non, poursuit Nathalie Isoré. Les enfants sont entraînés par l’environnement
dans un besoin effréné de consommation et les parents culpabilisent
de ne pas tout donner. Les familles ne savent plus gérer ce désir
du trop. Autrefois, la réponse était simple, l’enfant se taisait
; ce n’est plus le cas aujourd’hui. Par ailleurs, il y a une grande
obsession de la réussite scolaire. On ne laisse plus aux enfants
le temps d’être des enfants. »« Les parents naviguent en permanence
entre l’autoritarisme et la permissivité, constate Dominique Tefsian,
animatrice au réseau Gordon France, deux attitudes qui génèrent
le conflit. » La méthode Gordon est née aux Etats-Unis en réaction
à l’autoritarisme. Il s’agissait d’aider les parents à être efficaces,
tout en écoutant les besoins de leurs enfants. En quelque sorte,
le parent apprend à faire autorité et non plus à être autoritaire.
Or les parents ne savent souvent plus quoi faire et n’osent plus
se fier à leur bon sens. De plus, les rôles sont devenus flous.
« La famille n’est plus verticale, avec le père au sommet ayant
autorité sur la mère et les enfants. Aujourd’hui la famille est
horizontale et les uns ou les autres ne savent plus bien quelle
est leur place, explique Dominique Tefsian. Un parent doit signifier
la différence entre générations, on ne peut être le copain de
son enfant et à 8 ans on ne fait pas les mêmes choses qu’à l’âge
adulte. » Dans les stages parents efficaces (environ 30 heures)
à travers de nombreux jeux de rôle, Cette animatrice utilise plusieurs
outils, essentiels dans la méthode : l’écoute active, qui permet
à la fois de comprendre les besoins de l’enfant mais aussi de
savoir à qui appartient le problème (au parent ou à l’enfant),
et la différence est d’importance ; le « message, je » dans lequel
l’adulte exprime ses propres besoins ; et surtout, la négociation
des conflits sans gagnant ni perdant et la résolution du conflit
sans perdant. Une fois les besoins communiqués et écoutés, reste
à trouver une solution mutuellement acceptable permettant de résoudre
le conflit. Une solution gagnant-gagnant. La méthode Gordon n’est
pas là pour résoudre les problèmes, elle donne aux parents des
outils pour mieux communiquer, comprendre et améliorer les relations
avec l’enfant.