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Remède,
aliment ou cosmétique ? Produit préventif ou curatif ? Après une
éclipse d¹un quart de siècle, le lait de jument refait surface.
Dans le Bitcherland, en plein coeur
du parc naturel régional des Vosges, paissent une centaine de
Haflingers, fringants petits chevaux alezans. Ce sont les juments
du domaine de la Voie lactée, premier lactarium français de lait
de jument bio.
En fondant il y a onze ans une ferme
et un laboratoire, William Le Petit et sa fille Dominique renouaient
avec une tradition ancienne. Au XIXe siècle, on faisait appel
au lait de jument comme lait de substitution au lait maternel.
Très digeste, il soignait aussi les adultes qui souffraient de
cirrhoses, d¹ulcères de l¹estomac, de gastralgies, d¹entéralgies
chroniques, de constipation, d¹affections diverses de la vésicule
biliaire et du pancréas. En 1893, un certain Dr Lavocat rapporte
d¹excellents résultats obtenus dans les diarrhées rebelles. On
le conseillait dans les cas de tuberculose, de coqueluche, de
bronchite chronique et d¹asthme. Vestiges de cette pratique, les
laits d¹ânesse et de jument étaient encore donnés aux nouveau-nés
de l¹hôpital Saint-Vincent-de-Paul (Paris) et dans des maternités
(Libourne, Le Mans...) jusqu¹au milieu des années cinquante. Mais
c¹est après la Seconde Guerre mondiale, dans le nord et le centre
de l¹Europe, que cette pratique renaît. Son efficacité était réputée
contre les épidémies de grippe intestinale des tout-petits. L¹université
de Charlottenbourg, à Berlin, le recommandait chez les prématurés.
En Russie, plusieurs études scientifiques récentes (1982 et 1985)
en montrent l¹intérêt. C¹est donc logiquement par l¹est que nous
revint le lait de jument... Deux rencontres déterminèrent William
Le Petit à se lancer dans l'aventure. En 1970, il visite en Forêt-Noire
la jumenterie du Dr Storch, vétérinaire allemand qui avait découvert
l¹utilisation du lait de jument pendant la guerre dans le Kazakhstan
(ex-URSS). Il se rend peu après dans le Caucase pour visiter une
jumenterie productrice de lait destiné aux sanatoriums. Dans les
deux cas, ses interlocuteurs étaient des personnes âgées pétillantes
de santé qui affirmaient tenir leur forme d¹une consommation quotidienne
de ce lait. Aussi William Le Petit décide-t-il de démarrer l'aventure
de la Voie lactée... Très vite, la clientèle, de plus en plus
nombreuse, se fidélise et un certain nombre de médecins intègrent
le lait de jument dans leur traitement. Il est encore trop tôt
pour en tirer les conclusions, mais des études sont
en cours tant du côté du CNRS que de l¹Inra et de l¹Inserm.
Lait de jument
et lait humain
Ce qui frappe en tout premier lieu,
c¹est la profonde affinité du lait de jument avec le lait humain.
Le cheval et l¹homme sont des monogastriques, leur l¹appareil
digestif est beaucoup moins développé que celui des ruminants
(bovins, caprins, ovins...) qui, eux, ont une double digestion
qui oxyde les acides gras polyinsaturés et les vitamines D. Chez
la jument, la digestion restitue les acides gras non saturés et
les vitamines du fourrage et de l¹herbe qui en sont riches. Autre
cousinage, le lait humain et celui de la jument sont pauvres en
caséines et riches en albumines, protéines qui lui assurent une
grande stabilité et digestibilité. La teneur en protéines, plus
faible que chez les ruminants, est équivalente à celle du lait
humain. On retrouve la même ressemblance pour les glucides (le
lactose contenu dans les deux laits se situe entre 55 et 65 %
de la matière sèche totale) et pour les sels minéraux (5 %). S¹il
n¹y a pas de différence quantitative entre ces deux laits en ce
qui concerne les vitamines, le lait de jument se distingue par
un taux important de vitamine C. Cette analyse de la composition
physico-chimique du lait de jument explique ses indications traditionnelles
(1).
Un produit digeste
Le lait de jument est une solution
colloïdale parfaite, c¹est-à-dire un
mélange très stable de substances en solution ou en suspension
qui ne coagule pas (et qui ne forme pas de crème comme le lait).
Il se conserve bien et il est d¹autant plus digeste que sa caséine
est formée de grosses cellules facilement attaquées par les enzymes
digestives. Sa faible teneur en protéines (20 à 30 %) le rend
intéressant pour les enfants de moins de 4 ans qui présentent
des troubles prolongés du sommeil à cause de leur foie encore
immature. Les reins des nourrissons profitent également de son
faible taux en protéines et de ses sels minéraux. Le cru du Bitcherland
est particulièrement riche en fer. Pour le Dr Sergi Rollan (1),
les protéines du lait de jument sont peu allergènes. Cela est
dû à la faiblesse de sa teneur en caséine et en bêta-lactoglobuline,
une protéine qui est surtout abondante chez les ruminants. En
revanche, le lait de jument est riche en alpha-lactalbumine, une
protéine qui joue un rôle essentiel dans l¹assimilation du lactose
et qui améliore la multiplication cellulaire. Elle est riche en
cystine, un acide aminé qui agit au niveau du foie (favorisant
la détoxification) et qui ralentit le vieillissement cellulaire.
On explique ainsi ses effets cicatrisants et protecteurs de la
peau (psoriasis) et son action dans certaines maladies bronchiques
(asthme). Un autre acide aminé qui le compose joue un rôle essentiel
dans la migraine. Utilisé comme adjuvant dans les symptômes migraineux,
le lait de jument aurait donné de bons résultats tant sur la crise
elle-même que sur l¹espacement des crises. La carence en sérotonine
peut aussi avoir pour effet une augmentation de l¹appétit, voire
une boulimie de sucre. La prise de lait de jument corrigerait
ce déséquilibre en régulant le métabolisme des hydrates de carbone.
Et bien d¹autres
propriétés...
Avec le lysosyme, dont le lait de
jument est deux fois plus riche que le lait humain (le lait de
vache n¹en possède que des traces), nous sommes en présence d¹une
enzyme qui est un agent anti-microbien puissant (antibactérien
et antiviral). Cela explique les effets constatés du lait de jument
sur les aphtes, les infections rhinopharyngées, les rhumes à écoulement
et même la coqueluche. Pour son action de stimulation des défenses
immunitaires, il pourrait être utilisé comme adjuvant avant vaccination,
pendant une antibiothérapie et dans tous les cas de faiblesse
des défenses (personnes âgées...). Le lait de jument permet aussi
de diminuer la dose d¹insuline et a eu pour résultat un meilleur
indice de glycémie. Chez des personnes âgées, on a constaté une
meilleure tolérance au lait et une amélioration spectaculaire
des symptômes de l¹ostéoporose. Le lactose du lait de jument augmente
aussi l¹absorption dans l¹intestin du calcium présent dans ce
lait sous forme colloïdale. Les tout-petits comme les personnes
âgées profitent le plus de cet apport. Ainsi, dans certaines région
d¹Asie centrale, le lait de jument est systématiquement donné
à l¹enfant en période de croissance ainsi qu¹aux vieillards. La
matière grasse, enfin, apporte également ses bienfaits au métabolisme.
Elle contient une forte proportion d¹acides gras polyinsaturés
dans une forme directement assimilable (car non oxydée). On connaît
bien aujourd¹hui le rôle des acides gras essentiels (acides linoléiques
et linoléniques) dans la formation du cerveau et des cellules
nerveuses et en tant que précurseurs des prostaglandines, ces
aliments énergétiques de nos cellules. Agissant ainsi au coeur
du métabolisme, ce lait doit être de qualité. Naturellement, le
lait de jument n¹est presque jamais porteur de germes pathogènes
comme Salmonella ou Listeria. Après les trois premiers mois de
tétée, une partie du lait de la jument est prélevée cinq fois
par jour. Ce lait légèrement bleuâtre au goût de coco et de noisette
est congelé à très basse température ou lyophilisé immédiatement
après la collecte. Il est ensuite conditionné sous la forme d¹étuis
de 125 et 250 ml de lait cryoprécipité, de gélules ou capsules
de lait lyophilisé. Obtenu dans des conditions optimales, cet
élixir précieux a un coût de l¹ordre de 150 F le litre à comparer
au prix du lait maternel (facturé 450 F le litre par les lactariums)
! Une paille pour un remède et un adjuvant nutritionnel qui semble
être un bon antidote aux carences de l¹alimentation moderne...
Roland
Hatzenberger
(1) Nous nous fondons
sur le travail effectué par le conseiller scientifique de la Voie
lactée, le Dr Sergi Rollan, pharmacien, biologiste et nutritionniste.
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Commercialisation
La
vigilance s¹impose
S¹il existe des gélules de lait atomisé,
notre préférence va aux petits producteurs de lait frais ou surgelé
qui ont leur réseau de distribution de proximité ou qui tiennent
un stand saisonnier sur un marché. Certains d¹entre eux conditionnent
aussi leur lait sous différentes formes (surgelé, lyophilisé,
savon, produits de beauté) et sous différentes marques : Equi-Libre
en Seine-et-Marne, Jumentiel à Cherbourg, Equi-Pic dans les Pyrénées,
la laiterie du haras de Haflinger de Bourgogne (près d¹Arnay-le-Duc),
Jum-Vital en Moselle. Jum-Vital est la marque du domaine de la
Voie lactée (Eschwiller, 57720 Vollmunster. Tél. : 03 87 96 77
37). On peut aussi se procurer du lait de jument produit par la
ferme des Minismes certifiée « qualité France » à : Synphonat,
BP 25, 31380 Montatruc.
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