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Un
paysan citoyen inculpé
Avec José Bové, Jean-Émile Sanchez
fait partie des dix paysans inculpés pour avoir démonté le McDo
de Millau, le 12 août 1999. Par cet acte symbolique, 400 manifestants
protestaient contre la surtaxation par les États-Unis de certains
produits européens (roquefort, truffes, échalotes...). Le procès
s¹est ouvert le 30 juin au tribunal de Millau.
Jean-Emile Sanchez, éleveur d¹agneaux
sans batteries, membre de la Confédération paysanne inculpé, explique
les thèmes et les enjeux de ce mouvement.
Vous êtes, avec José
Bové, l¹un des dix inculpés du démontage du McDo. Quelle peine
encourez-vous ?
Jean-Emile
Sanchez : Nous pouvons écoper de cinq ans de prison et
de 500 000 F d¹amende. Pour une action qui n¹était que symbolique
et qui n¹a pas empêché l¹ouverture du McDo à la date prévue.
Que vouliez-vous
faire comprendre par ce " démontage " ?
Les Américains frappaient le roquefort
et d¹autres produits, parce que l¹Union européenne refusait d¹importer
leur boeuf aux hormones. Des représailles visant le fruit de notre
travail peuvent survenir à tout moment et sont considérées comme
naturelles dans le cadre du commerce international. L¹OMC (Organisation
mondiale du commerce) a condamné l¹Union européenne à des sanctions
pour son refus d¹importer du boeuf aux hormones. Ce démontage
faisait partie d¹une mobilisation nationale de la Confédération
paysanne contre ce verdict de l¹Organisation mondiale du commerce.
Qu¹il s¹agisse de produire, de donner du travail, de préserver
la santé comme l¹environnement, il faut changer les règles du
jeu, si nous voulons exercer un poids sur l¹histoire et qu¹elle
ne se fasse pas sans nous.
Quels sont les enjeux
de ce procès ?
Après la vache folle, le poulet à
la dioxine, il s¹agit de répondre aux attentes des paysans comme
de la société. Ces attentes sécurité alimentaire, respect de
l¹environnement, aménagement du territoire concernent à la fois
les milieux agricole et non agricole. Nous ne savions pas comment
dire, de manière efficace, au monde économique et politique: "
Stop ! On ne joue plus à ce jeu ! " La malbouffe a fédéré
ce ras-le-bol.
Que proposez-vous
?
La qualité de notre alimentation
dépend de son système de production. Celui promu par les seuls
critères économiques actuels néglige les conséquences sur la santé.
Nous refusons qu¹une alimentation de qualité pour les uns, s¹accompagne
d¹une non-qualité pour ceux qui n¹ont pas les moyens. Vouloir
une alimentation de qualité, c¹est aussi s¹interroger sur le fait
que le smic et les minima sociaux n¹en donnent pas les moyens.
Nous voulons, pour tous, des viandes et des poissons sans antibiotiques
ni farines animales, des produits sans activateurs de croissance
ni OGM.
La mondialisation
était l¹un des deux thèmes du rassemblement du 30 juin. En quoi
McDonald¹s en reste-t-il un symbole ?
McDo représente la mondialisation
banalisée d¹un certain type de " petit boulot précaire ",
avec de mauvaises conditions de travail. Par ailleurs, McDo veut
proposer, des Philippines à l¹Aveyron, une même nourriture standardisée,
bon marché, issue de l¹agriculture industrielle.
La défense des libertés
associatives et syndicales est le second thème. Pourquoi ?
Nous avons été emprisonnés en août
1999, puis libérés contre de très fortes cautions. Elles s¹élevaient
à 525 000 F. Nous avons été convoqués le 30 juin dernier au tribunal
de Millau. Une répression syndicale aussi forte pour un démontage
symbolique n¹est pas normale. Mais celle-ci fait partie des outils
de la mondialisation. Les grands pays qui s¹apprêtaient à signer,
discrètement, un grand accord international, l¹AMI ou Accord multilatéral
sur l¹investissement, n¹ont pu le faire quand la presse en a parlé.
Mais rappelons que l¹AMI prévoyait d¹assurer la protection des
sociétés transnationales s¹implantant dans un pays face à d¹éventuels
mouvements citoyens ou sociaux.
Illégale, la destruction
de champs d¹essais d¹OGM vous semble légitime ?
Oui. Le 7 janvier 1998, nous avons
détruit un stock de maïs transgénique de la société Novartis,
à Nérac, dans le Lot-et-Garonne. Sur le retour, nous sommes passés
devant des Assedic bloquées par des chômeurs. Nous nous sommes
arrêtés pour leur témoigner notre solidarité. J¹ai été reconnu
et arrêté. Trois responsables syndicaux José Bové, René Riesel
et Francis Roux ont été condamnés à plusieurs mois de prison
avec sursis. Les OGM ne servent que les intérêts des multinationales
de la semence. Leurs effets à moyen terme sur la santé de l¹homme
et sur l¹environnement sont encore mal connus. Le prochain procès
sera celui de militants de l¹Ariège qui ont fauché un champ de
colza transgénique.
Propos
recueillis par R. B.
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Histoire
d¹une lutte devenue légende
® 1970. L¹armée décide de porter
la superficie du camp militaire du Larzac à 17 000 hectares. 103
paysans sont expulsés de leurs terres et de leurs fermes. ® 1972.
Les 103 paysans font le serment de ne jamais vendre leurs terres.
® Pâques 1973. José Bové et Alice Monier découvrent le Larzac
et Bernard Lambert, leader de " Paysans travailleurs ",
mouvement issu de mai 68 et du CNJA (Centre national des jeunes
agriculteurs). ® Août 1973. Grand rassemblement de soutien aux
paysans du Larzac, à l¹appel de Bernard Lambert et de " Paysans
travailleurs ". ® Été 1974. Deuxième rassemblement du Larzac.
® 1976. José Bové, installé au Larzac, fait partie des 22 personnes
qui investissent le camp militaire et s¹emparent des documents
attestant de la vente des terrains. Trois semaines de prison.
® 1977. José Bové est au volant de l¹un des 90 tracteurs qui pénètrent
au milieu du champ de tir avec, sur le garde-boue, un soldat contestataire
en cagoule, délégué par les comités soldats. ® 1978. Alice Monier
et José Bové fondent un Centre cantonal des jeunes agriculteurs
(CCJA), dont elle est vice-présidente. ® Février 1981. Sans prévenir,
deux syndicats agricoles (FDSEA et CDJA) s¹apprêtent à accepter
un compromis de mini-extension du camp. À l¹issue du rapport qu¹elle
présente, Alice et avec elle tout le CCJA démissionnent en plein
congrès départemental. ® 3 juin 1981. Élu, François Mitterrand
tient sa promesse de candidat et annule l¹extension du camp militaire.
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