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juillet 2000

Retour au Larzac 

Editorial




 
 

 

 

Procès de Millau  

 

Un paysan citoyen inculpé 

Avec José Bové, Jean-Émile Sanchez fait partie des dix paysans inculpés pour avoir démonté le McDo de Millau, le 12 août 1999. Par cet acte symbolique, 400 manifestants protestaient contre la surtaxation par les États-Unis de certains produits européens (roquefort, truffes, échalotes...). Le procès s¹est ouvert le 30 juin au tribunal de Millau. 

Jean-Emile Sanchez, éleveur d¹agneaux sans batteries, membre de la Confédération paysanne inculpé, explique les thèmes et les enjeux de ce mouvement. 

Vous êtes, avec José Bové, l¹un des dix inculpés du démontage du McDo. Quelle peine encourez-vous ? 

Jean-Emile Sanchez : Nous pouvons écoper de cinq ans de prison et de 500 000 F d¹amende. Pour une action qui n¹était que symbolique et qui n¹a pas empêché l¹ouverture du McDo à la date prévue. 

Que vouliez-vous faire comprendre par ce " démontage " ? 

Les Américains frappaient le roquefort et d¹autres produits, parce que l¹Union européenne refusait d¹importer leur boeuf aux hormones. Des représailles visant le fruit de notre travail peuvent survenir à tout moment et sont considérées comme naturelles dans le cadre du commerce international. L¹OMC (Organisation mondiale du commerce) a condamné l¹Union européenne à des sanctions pour son refus d¹importer du boeuf aux hormones. Ce démontage faisait partie d¹une mobilisation nationale de la Confédération paysanne contre ce verdict de l¹Organisation mondiale du commerce. Qu¹il s¹agisse de produire, de donner du travail, de préserver la santé comme l¹environnement, il faut changer les règles du jeu, si nous voulons exercer un poids sur l¹histoire et qu¹elle ne se fasse pas sans nous. 

Quels sont les enjeux de ce procès ? 

Après la vache folle, le poulet à la dioxine, il s¹agit de répondre aux attentes des paysans comme de la société. Ces attentes ­ sécurité alimentaire, respect de l¹environnement, aménagement du territoire ­ concernent à la fois les milieux agricole et non agricole. Nous ne savions pas comment dire, de manière efficace, au monde économique et politique: " Stop ! On ne joue plus à ce jeu ! " La malbouffe a fédéré ce ras-le-bol. 

Que proposez-vous ? 

La qualité de notre alimentation dépend de son système de production. Celui promu par les seuls critères économiques actuels néglige les conséquences sur la santé. Nous refusons qu¹une alimentation de qualité pour les uns, s¹accompagne d¹une non-qualité pour ceux qui n¹ont pas les moyens. Vouloir une alimentation de qualité, c¹est aussi s¹interroger sur le fait que le smic et les minima sociaux n¹en donnent pas les moyens. Nous voulons, pour tous, des viandes et des poissons sans antibiotiques ni farines animales, des produits sans activateurs de croissance ni OGM. 

La mondialisation était l¹un des deux thèmes du rassemblement du 30 juin. En quoi McDonald¹s en reste-t-il un symbole ? 

McDo représente la mondialisation banalisée d¹un certain type de " petit boulot précaire ", avec de mauvaises conditions de travail. Par ailleurs, McDo veut proposer, des Philippines à l¹Aveyron, une même nourriture standardisée, bon marché, issue de l¹agriculture industrielle. 

La défense des libertés associatives et syndicales est le second thème. Pourquoi ? 

Nous avons été emprisonnés en août 1999, puis libérés contre de très fortes cautions. Elles s¹élevaient à 525 000 F. Nous avons été convoqués le 30 juin dernier au tribunal de Millau. Une répression syndicale aussi forte pour un démontage symbolique n¹est pas normale. Mais celle-ci fait partie des outils de la mondialisation. Les grands pays qui s¹apprêtaient à signer, discrètement, un grand accord international, l¹AMI ou Accord multilatéral sur l¹investissement, n¹ont pu le faire quand la presse en a parlé. Mais rappelons que l¹AMI prévoyait d¹assurer la protection des sociétés transnationales s¹implantant dans un pays face à d¹éventuels mouvements citoyens ou sociaux. 

Illégale, la destruction de champs d¹essais d¹OGM vous semble légitime ? 

Oui. Le 7 janvier 1998, nous avons détruit un stock de maïs transgénique de la société Novartis, à Nérac, dans le Lot-et-Garonne. Sur le retour, nous sommes passés devant des Assedic bloquées par des chômeurs. Nous nous sommes arrêtés pour leur témoigner notre solidarité. J¹ai été reconnu et arrêté. Trois responsables syndicaux ­ José Bové, René Riesel et Francis Roux ­ ont été condamnés à plusieurs mois de prison avec sursis. Les OGM ne servent que les intérêts des multinationales de la semence. Leurs effets à moyen terme sur la santé de l¹homme et sur l¹environnement sont encore mal connus. Le prochain procès sera celui de militants de l¹Ariège qui ont fauché un champ de colza transgénique. 

Propos recueillis par R. B. 

 

Histoire d¹une lutte devenue légende 

® 1970. L¹armée décide de porter la superficie du camp militaire du Larzac à 17 000 hectares. 103 paysans sont expulsés de leurs terres et de leurs fermes. ® 1972. Les 103 paysans font le serment de ne jamais vendre leurs terres. ® Pâques 1973. José Bové et Alice Monier découvrent le Larzac et Bernard Lambert, leader de " Paysans travailleurs ", mouvement issu de mai 68 et du CNJA (Centre national des jeunes agriculteurs). ® Août 1973. Grand rassemblement de soutien aux paysans du Larzac, à l¹appel de Bernard Lambert et de " Paysans travailleurs ". ® Été 1974. Deuxième rassemblement du Larzac. ® 1976. José Bové, installé au Larzac, fait partie des 22 personnes qui investissent le camp militaire et s¹emparent des documents attestant de la vente des terrains. Trois semaines de prison. ® 1977. José Bové est au volant de l¹un des 90 tracteurs qui pénètrent au milieu du champ de tir avec, sur le garde-boue, un soldat contestataire en cagoule, délégué par les comités soldats. ® 1978. Alice Monier et José Bové fondent un Centre cantonal des jeunes agriculteurs (CCJA), dont elle est vice-présidente. ® Février 1981. Sans prévenir, deux syndicats agricoles (FDSEA et CDJA) s¹apprêtent à accepter un compromis de mini-extension du camp. À l¹issue du rapport qu¹elle présente, Alice et avec elle tout le CCJA démissionnent en plein congrès départemental. ® 3 juin 1981. Élu, François Mitterrand tient sa promesse de candidat et annule l¹extension du camp militaire. 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 

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