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juillet 2000

Métier: sorcière

Editorial




 
 

 

 

 

Au pays des guérisseurs, Edith Acédo est, comme on dit, « une figure». Grande, longue, d’aspect sévère, elle parle haut et clair, roule les « r » comme on a coutume en Berry. Guérisseuse ? La belle affaire ! elle est « tombée dedans » quand elle était petite et cela ne l’étonne plus.

  À visiter son jardin plein de fleurs et de chants d’oiseaux, à l’entendre « converser » avec tout ce petit monde, on pressent qu’Edith Acédo a bien l’âme d’une « sorcière berrichonne ». Comme ses mère et grand-mère qui pratiquaient, pour soigner, l’art des formules médico-magiques. « J’avais 7 ans quand je me suis rendu compte que je voyais des couleurs autour des animaux de la ferme. J’ai raconté cela à mes parents, ils m’ont rabrouée en me disant de ne pas raconter de bêtises. » Sa vocation de « sorcière » étouffée, Edith poursuit des études. Une atteinte de poliomyélite met un terme momentanément à son immense vitalité. Elle se marie, tient la caisse du magasin d’alimentation de son époux dans la banlieue parisienne, donne naissance à deux enfants. Jusque-là rien que de très banal ! La progéniture d’Edith Acédo grandit, en même temps que son intérêt pour les « philosophies ésotérico-alternativo-psycho-parallèles ». Cela la conduit à suivre une psychanalyse ainsi que des cours de psychorelaxologie, et à s’intéresser au magnétisme. Sa sensibilité personnelle lui fait très vite éprouver des sensations aussi diverses que multiples quand ses mains évoluent au-dessus des corps. « Elles se meuvent, se déplacent, survolent, palpent, s’orientent instinctivement au gré des vibrations qu’elles ressentent. » Elle apprend à reconnaître ces différents stimuli, leur intensité, les trajets énergétiques qu’ils empruntent et à mettre ces sensations en relation avec les maux que lui présentent les consultants. C’est ainsi qu’elle est devenue guérisseuse.« Chaque thérapeute a son propre code de conduite et de ressenti. Certains sentent le chaud, là où par exemple je sentirai du froid. Pour moi, explique-t-elle, il y a problème quand la perception n’est pas la même dans les deux mains. Mon travail consiste à remettre en ordre ce désordre jusqu’à ce que je ne ressente plus de déséquilibre. »

Ce n’est pas le geste qui compte, mais la foi

Ce qui compte pour Edith, ce n’est pas le geste pratiqué par le magnétiseur : disperser l’énergie comme ci, recharger comme ça… Mais sa qualité d’être et la foi qu’il met dans ce qu’il fait. « C’est comme les formules contre les piqûres, coupures, gerçures, brûlures, elles possèdent la force qu’y met le guérisseur. Pour ma part, continue-t-elle, j’utilise celles que m’ont transmises mes mère et grand-mère, et je leur donne tout l’amour dont je suis capable. C’est tout et c’est beaucoup ! Le reste ne dépend pas de moi, je transite les demandes mais ne sais pas qui y répond. Mais je prie, et je médite… » Installée comme relaxologue, son cabinet ne désemplit plus : de 7 h du matin à 11 h du soir, Edith soigne. Elle a finalement développé le pouvoir qu’elle s’était découvert enfant. « Quand je me mets en un certain état de conscience modifiée, je vois les couleurs qui émanent des êtres et ce qui se passe à l’intérieur d’eux », annonce-t-elle le plus simplement du monde. Son « scanner » personnel – c’est ainsi qu’elle appelle ce don – en route, elle est capable d’indiquer à une sage-femme comment se présente un bébé à naître et la façon de procéder pour le tourner in-utéro ; ou de rassurer par téléphone des jeunes parents qui craignent pour leur enfant chez lequel elle ne « voit » rien ; ou au contraire d’indiquer à cet homme qu’il doit le plus rapidement possible consulter un urologue parce qu’elle distingue sur l’un de ses reins une tâche qui ne lui dit rien de bon.Emploi du temps surchargé, toujours « overbooké », notre « sorcière » qui se sentait une force invincible finit par s’épuiser. « Ajoutée à l’excès de travail, la fréquente mise en état de conscience modifiée a fini d’utiliser mes réserves de calcium, de magnésium et de phosphore, raconte Edith Acédo. Les séquelles de polio se sont réveillées, je souffre d’une arthrose et d’une décalcification importante. Je me déplace difficilement, et je ne peux tenir debout. Depuis quatre ans, j’ai rejoint mon Berry, je me suis mise à la retraite et je ne soigne plus. » Tant mieux pour ses petites-filles qui profitent du temps libre de leur mamie quand elle a fini de répondre aux six cents lettres qu’elle reçoit encore chaque année. Sous son apparente sévérité se cache un cœur d’or, un petit côté « bonne sœur », qui continue de battre au malheur d’autrui et qui s’émerveille chaque jour des dons qu’elle a reçus ! 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 

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