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Septembre 2000

colites et spasmes

Editorial

 


 
 

 

 

Ben ! Mon Côlon !

Les spasmes du côlon sont parfois une invite à vivre autrement. Il est urgent de ralentir. Certaines médecines alternatives y aident. 

  Diarrhées et constipation alternent. Spasmes douloureux et ballonnements se disputent le terrain abdominal. Une fois éliminée l’éventualité d’une maladie organique (polypes, cancer, maladie de Crohn, rectocolite hémorragique), le diagnostic revêt des vocables variés : « côlon hyperspasmodique », « colopathie fonctionnelle », « syndrome du côlon irritable » et « colite », si la perturbation a entraîné une inflammation. Ces qualificatifs recouvrent un même mal. Les « spasmes » sont des contractions intempestives des muscles du côlon. La colopathie (affection du côlon) est « fonctionnelle », c’est-à-dire qu’elle touche le fonctionnement de cette partie de l’intestin, mais pas l’organe lui-même. Accusé : le stress. Les femmes sont les plus touchées.« Les muscles du côlon, qui conduisent la circulation des matières, ondulent normalement comme une mer calme, explique Maryse Kit, homéopathe à Paris. En cas de colite, ils ressemblent à une mer agitée. Distendu, l’intestin devient douloureux. » Sauf allergies – au lait, aux céréales –, l’hygiène de vie en général est sur la sellette. «À table, il faut être à l’acte de manger », exhorte Paule Nathan, nutritionniste à Paris. Ses patients souffrent parfois d’un rejet plus ou moins avoué de la nourriture. La médiatisation des cas de salmonellose ou de listériose – précisément plus rares, donc plus événementielles qu’autrefois – a instillé en eux une méfiance exagérée à l’encontre des aliments. Or la sérénité, voire la bonne humeur, est la meilleure garantie d’une digestion facile. «La structure traditionnelle du repas français est – était ? – bonne, ajoute le Dr Nathan. Quelles qu’elles soient, il ne s’agit surtout pas de se couper de ses racines. En France, s’il y a problème, il vient de quantités excessives. » Les crudités en entrée sont par exemple de bon aloi, mais dans de petites assiettes, pour la paix des intestins. Certains disent que compte tenu de leur acidité, il vaut mieux prendre les fruits en entrée. À chacun de connaître l’aliment qui lui nuit. 

La télévision est éteinte

Une jolie table, une feuille de basilic sur les tomates – la couleur et le parfum participent de la fête –, une chaise confortable sont aussi de bons augures pour la suite. La télévision est éteinte : « Comment peut-on manger devant une guerre ? » Calme et volupté sur ordonnance. Le Dr Maryse Kit, homéopathe en banlieue parisienne, met en garde contre l’habitude, très répandue chez quiconque s’investit beaucoup dans son métier, de laisser passer le signal de la faim pour finalement manger à contretemps. Enchaîner une réunion de travail sur un repas copieux est une autre façon de maltraiter ses viscères. « Le sang afflue dans les intestins, mais vous le sollicitez vers le cerveau : il y a conflit. » Le mal est fait. Ça gronde dans les entrailles. Le « petit régime paisible » du Dr Maurel-Arrighi, généraliste à Paris, a toutes chances de mater cette révolte en quelques jours : nouilles, compotes, yaourts, et pas trop de crudités. Paule Nathan invite tout de même ses patients à une visite chez le dentiste. « La mastication est le préambule indispensable à la digestion. » Une dent manquante en réduira l’efficacité. Une infection dentaire descendra irriter l’intestin. Mais le rôle du médecin est surtout de comprendre. Maryse Kit se refuse à décréter que Nux vomica ou Sepia remettent d’aplomb tout côlon frénétique. « Je peux travailler sur le spasme lui-même, mais je préfère enquêter : faut-il stimuler le foie, s’occuper de la tête, de l’image du corps ? » Son écoute lui vaut d’accueillir des personnes affectées d’inflammations « dures » à forte composante psychosomatique, du type maladie de Crohn ou rectocolite hémorragique, insatisfaits de la réponse allopathique. 

Alarme dans les viscères

La sophrologie a aussi une aide à proposer aux colopathes chroniques, en cassant le cercle vicieux du stress. À force d’expérience, les personnes concernées savent bien que le stress leur fait mal au ventre. Elles vivent dans la crainte de la prochaine crise. Christiane Peroni, sophrologue à Paris, les invite d’abord à accepter leur sensibilité particulière, puis à apprendre à la maîtriser. Elle les conduit à écouter leurs viscères – en apprivoisant l’angoisse que cela peut susciter. La maîtrise passe par la respiration, notamment l’expiration, qui apaise les fonctions corporelles. Le stress a une fonction d’alarme : le corps se met en état de réagir plus vite à une agression. Mais cette alarme se déclenche souvent à tort. Votre vie n’est pas vraiment en danger lorsque votre patron vous « gonfle » ou – excusez l’expression – vous « fait ch… ». N’importe : filez aux toilettes pour… mettre en pratique, à la faveur d’un isolement relatif, les techniques qui aident à prendre du recul, recommande la sophrologue. Vous éviterez peut-être une crise de colite. 

Le muscle poubelle est plein

Calmer les spasmes, l’ostéopathie en est aussi capable. Michèle Soupault, qui exerce aux Lilas, peut prodiguer par ses manipulations un effet comparable à celui de médicaments du type Imodium, qui ralentissent la motricité du côlon. Une constipation occasionnelle devrait de même répondre aux sollicitations de l’ostéopathe. « Les maux de ventre viennent souvent d’un problème de bassin, précise-t-elle : je contrôle le contenant avant d’aborder le contenu. » Les muscles psoas-iliaques, qui relient tronc et jambes, mobilisent son attention : « Le psoas est surnommé le “muscle poubelle” : il stocke les toxines du lait, notamment, que les reins n’ont pas éliminées. Il perd alors son élasticité, voire s’enflamme – ce qui conduit parfois, à tort, à des opérations de l’appendicite. » Une fois le contenant remis d’aplomb, l’ostéopathe ausculte les viscères : « Elles sont normalement toujours en mouvement, grâce à la sérosité qui les baigne. Si je rencontre une adhérence, j’essaie de l’enlever. » Quant à corriger la propension des femmes à être les premières victimes des colopathies, la tâche en incomberait à la société tout entière. Qui prend le temps qu’il faut aux toilettes, accompagné d’un journal ? Qui, le soir, court du bureau à la crèche et rentre avec les courses pour préparer le dîner ? Cherchez l’erreur. 

Monique Devauton 

 

 

 

 

 

 

Repères

Une selle moyenne pèse 200 à 300 grammes. Quant à leur fréquence, il n’y a pas de transit normal, s’accordent à dire les médecins que nous avons rencontrés. Deux selles par jour ou trois par semaine, à chacun sa norme.

 
 
 
 

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