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Septembre 2000

Médicaments

Editorial
 
 

 

 

 

couleurs dangereuses

Bleus, violets, verts, jaunes, rouges ou roses, les médicaments osent toutes les couleurs. Mais l’innocuité totale de ces colorants n’est pas prouvée. Comment accepter que perdure leur utilisation dans le domaine pharmaceutique ?

  On attend d’un médicament qu’il contienne une ou des substances actives. Que des substances soient utilisées pour diluer ces dernières, les dissoudre, les rendre assimilables, chacun le comprend. Que parmi celles-ci figurent des additifs destinés à colorer comprimés et gélules pour les différencier les uns des autres et les rendre plus attractifs, passe encore. À condition que ces colorants soient absolument inoffensifs, or ce n’est pas le cas.En novembre 1979, la Commission technique de pharmacovigilance rappelait que la tartrazine, colorant jaune, répertorié sous le code E 102 (numérotation CEE), comprise dans la liste des colorants autorisés pour les médicaments (Pharmacopée française, Xe édition), pouvait, chez un petit nombre de sujets présentant un asthme ou un urticaire chronique, provoquer une exacerbation de leurs troubles allergiques. Vingt ans plus tard, n’étant pas interdite, la tartrazine peut toujours figurer dans la liste des excipients (substances) de médicaments.Et qu’en est-il des autres ? Parmi la quarantaine de substances colorantes autorisées par la pharmacopée française, sept sont soupçonnées d’être allergisantes et donc à éviter chez les sujets sensibles. Il s’agit de l’amarante (E 123), de l’azorubine (E 122), du rouge-cochenille A (E 124), du jaune de quinoléine (E 104), du jaune orangé S (E 110), de l’indigotine (E 132) et du noir-brillant BN (E 151). Preuve que l’affaire est sérieuse : le E 104 est interdit en Australie et aux États-Unis. C’est pour une raison différente, parce qu’on le soupçonne d’être cancérigène, que le E 123 n’est, lui, plus utilisé aux États-Unis. En matière de risque de cancer, les craintes portent également sur le jaune orangé S (E 110), l’azorubine (E 122), le dioxyde de titane (E 171). Le Centre international de recherche sur le cancer classe ces substances parmi celles pour lesquelles l’innocuité en matière de cancérogénécité pour l’homme n’a jamais pu être établie. Alors que le jaune orangé S, pour ne citer que celui-là, provoque à fortes doses des tumeurs rénales chez l’animal.On rétorquera qu’il n’y a pas de commune mesure entre les quantités utilisées dans le cadre pharmaceutique et celles où existe une toxicité connue, voire seulement suspectée. Argument recevable, auquel il est facile de répondre. D’une part, chaque dose aussi faible soit-elle vient s’ajouter à toutes les autres provenant des autres médicaments et surtout de l’alimentation. D’autre part, les interférences entre ces différentes substances augmentent au fur et à mesure que s’accroît le nombre des additifs. Lors d’essais sur les animaux, on a constaté que l’ingestion simultanée d’indigotine (E 132) et de nitrite de sodium (E 250), un conservateur utilisé en charcuterie, sur une durée assez longue et à fortes doses, entraînait des lésions chromosomiques.L’augmentation du nombre d’allergies toutes catégories et de cancers devrait inciter à la prudence. Dans le domaine du médicament, censé apporter la guérison ou un mieux-être, l’usage des colorants est mal perçu par le consommateur. Là plus qu’ailleurs, il est nécessaire de prendre le maximum de précautions. Ce n’est actuellement pas le cas. Nous attendons une prise de position des industriels et une législation plus contraignante. 

Monig Yquel

Les informations utilisées pour cet article sont tirées du Guide des additifs alimentaires, réalisé par le groupe des Verts au Parlement européen (Maria Denil, Marie-Rose Cavalier et Paul Lannoye). Édité par le CEFE, rue Basse-Marcelle 28, 5000 Namur. Belgique.

 

Les colorants autorisés

Aluminium (E 173) ; Amarante (E 123) ; Anthyocyanes (E 163) ; Argent (E 174) ; Azorubine (E 122) ; Bleu patenté V (E 131) ; Calcium (carbonate de) (E 170) ; Caramel (E 150) ; Caroténoïdes (E 160) ; Alpha-bêta et gamma-carotènes (E 160a) ; Bixine, Nor-bixine (Roccou, Annatto) (E 160b) ; Capsantéine, Capsorubine (E 160c) ; Lycopène (E 160d) ; Apo-8’ ß-Caroténal (E 160e) ; Ester éthylique de l’acide apo-8’ß-caroténoïde (E 160f) ; Charbon végétal (E 153) ; Chlorophylles (E 140) ; Chlorophylles et chlorophyllines (complexes cuivriques des) (E 141) ; Rouge cochenille A (E 124) ; Cochenille, acide carminique (E 120) ; Curcumine (E 100) ; Erythrosine (E 127) ; Fer (oxydes et hydroxydes de fer) (E 172) ; Indigotine (carmin d’indigo) (E 132) ; Jaune orangé S (E 110) ; Jaune de quinoléine (E 104) ; Noir-brillant BN (E 151) ; or (E1 75) ; Lactoflavine (riboflavine) (E 101) ; Rouge de betterave, bétanine (E 162) ; Tartrazine (E 102) ; Titane (bioxyde de) (E 171) ; Vert acide brillant BS (vert lissamine) (E 142) ; Xanthophylles (E 161) ; Flavoxanthines (E 161a) ; Lutéine (E 161b) ; Kryptoxanthine (E 161c) ; Rubixanthine (E 161d) ; Violoxathine (E 161d) ; Rhodoxanthine (E 161f) ; Cantaxanthine (E 161g).

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 

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