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Septembre 2000

constipation : 

débloquer la situation

Editorial
 

Conseils d’Henry Miller, écrivain

« Si vos intestins refusent de fonctionner, allez consulter un herboriste chinois ! Ne lisez pas pour distraire votre esprit de l’opération en cours. Ce qu’aime le système autonome, ce à quoi il répond, c’est à une concentration profonde, que ce soit sur le fait de manger, de dormir, d’évacuer, ou de ce qu’on voudra. Si vous ne pouvez pas manger ou pas dormir, c’est parce que quelque chose vous préoccupe. Vous avez quelque chose dans la tête, autrement dit, là où il ne faudrait pas. La même chose vaut pour la selle. Débarrassez votre esprit de tout ce qui n’est pas l’affaire en cours. Quoi que vous fassiez, abordez-le avec un esprit libre et une conscience nette. »Extrait de Lire aux cabinets, éd. Allia.

 

 

 

Quand on va à la selle, on va bien. C’est aussi simple. Les causes de la constipation sont multiples, des solutions existent.

   

Karine D, chef de projet dans une agence de publicité, passe son temps à courir. Le matin pour déposer son fils à la crèche, avant de s’engouffrer dans un RER bondé pour gagner son bureau, ventre serré car elle est en retard. À l’heure du déjeuner, elle fait vite un saut dans quelques magasins ; le repas est pris à la va-vite, le plus souvent debout dans une cafétéria bondée – quand il ne s’agit pas d’un sandwich englouti en marchant –, ou assise dans son bureau, toutes sonneries de téléphones carillonnantes, avec entrée et sortie de collègues. Il lui arrive souvent de boucler un dossier tout en mangeant, en oubliant bien sûr de mastiquer. Sa constipation n’a rien d’étonnant et en venir à bout n’est pas difficile, à condition que Karine accepte de changer quelques règles de vie. Sa constipation provient essentiellement du stress. Jean. P., 50 ans, présente un caractère un peu obsessionnel. Il semble préoccupé, notamment par l’état de ses selles qu’il examine attentivement à chaque émission et dont il note les caractéristiques dans un petit carnet de bord. Jean P. est le portrait type du constipé colopathe. 

Le stress, facteur numéro un 

Anna B. est déprimée ; elle ne va plus à la selle et court les cabinets… de médecins pour trouver la solution miracle. Sa constipation n’a pas de raison apparente mais elle l’handicape réellement dans sa vie quotidienne. Les antidépresseurs y sont sans doute pour quelque chose, la solitude aussi. Certaines personnes non sujettes à la constipation le deviennent occasionnellement. C’est souvent la conséquence d’un changement de rythme que chacun peut observer en voyage, soit par effet du décalage horaire, soit par une absence des conditions sanitaires habituelles. Plutôt se retenir que de se laisser aller dans un trou infâme ! Cela peut résulter d’un choc violent comme l’annonce du décès d’un proche. Pierre M., 55 ans, est constipé depuis quelques mois. Il a perdu brutalement du poids et ses selles sont entachées de sang. On le voit bien : il n’y a pas de portrait type du constipé. En revanche, il y une tendance incontestée : elle touche plus la gente féminine que masculine. Une femme sur deux en souffrirait, contre un homme sur trois. On les dit plus émotives, plus sensibles… Et la pratique effrénée de régimes « amaigrissants » ne favorise certainement pas le transit. 

Combien de selles par semaine ? 

Le diagnostic de la constipation n’est pas aussi facile que l’on croit. Il apparaît comme évident quand une personne se plaint d’aller à la selle une à deux fois par semaine seulement. Les médecins s’accordent à poser ce diagnostic à toute personne qui y va moins d’une fois tous les trois jours. Le rythme normal varie, selon les individus, de une à trois fois par jour. Certains n’y vont que trois fois par semaine et s’en portent très bien. Il convient donc d’analyser un deuxième paramètre, la consistance : les selles d’une personne constipée sont déshydratées, c’est-à-dire dures. Dans la plupart des cas, la constipation est liée au mode de vie (mauvaise alimentation, stress, manque de sport). Elle est très fréquente pour les colopathes chez qui elle se révèle fonctionnelle, c’est-à-dire sans raison physiologique apparente. Dans les autres cas, elle peut résulter d’une prise de médicaments, d’une maladie ou, plus grave, d’une lésion d’organe. Pris sur une longue durée, certains antidépresseurs, anxiolytiques, somnifères rendent peu à peu l’intestin paresseux en bloquant le mécanisme nerveux des muscles. Les diurétiques ont un effet déshydratant. La codéine contenue dans certains antalgiques ralentit les contractions intestinales. L’hypothyroïdie, le diabète, des maladies neurologiques comme Parkinson ou Alzheimer, ou encore une maladie rénale peuvent être à la source d’une constipation. Dernière cause possible : un rétrécissement du tube digestif consécutif à une opération. Il existe en fait deux formes de constipation : la constipation dite « de progression » où les matières fécales stagnent dans le côlon et la constipation dite « terminale » où elles stagnent dans le rectum. La gêne vient alors, dans le second cas de l’évacuation. C’est la « dyschésie ano-rectale » qui amène le sujet à prolonger son séjour au petit coin et à forcer les poussées. Ceux qui pratiquent la lecture aux toilettes en sont souvent atteints ! Il peut en résulter des hémorroïdes ou des fissures anales. 

De l’eau et une alimentation équilibrée 

Pour prévenir la constipation :
Il faut boire un litre et demi par jour sous forme d’eau minérale, de jus de fruits, de bouillon, de thé léger ou de tisanes. « Au contact de l’eau, les fibres alimentaires vont gonfler et former des selles plus grosses, plus molles et donc plus faciles à expulser », explique Paule Nathan, nutritionniste. À chacun de choisir l’eau qui lui fait plaisir. Attention, les eaux riches en magnésium facilitent « l’exonération » (défécation rare) mais peuvent provoquer des ballonnements. Le verre d’eau froide à jeun au réveil suffit parfois à déclencher la selle. Le verre de jus d’orange, le yaourt ou une cuillerée d’huile d’olive auront le même effet. 
Adopter aussi une alimentation équilibrée riche en fibres. Où trouve-t-on les fibres ? Dans les légumes, les fruits frais ou secs, les céréales. Éviter cependant la consommation de légumes qui provoquent des ballonnements, comme le chou ou les épinards. « Sachez que, dans les pays occidentaux, nous consommons environ 15 à 20 grammes de fibres, alors que nos besoins sont de 30 grammes », précise Paule Nathan. Les aliments à consommer avec modération sont les graisses surtout cuites (elles ont tendance à ralentir le transit), les sucres (ils favorisent la fermentation), le pain frais qui favorise les ballonnements, les excitants comme le café, le thé, l’alcool ou les épices. Le riz blanc, le chocolat et la crème de marron sont bien connus pour leurs effets constipants. 
« Prendre ses repas dans le calme, installé bien confortablement » est une autre règle de base, rappelle Guy M., naturopathe. Et ne consommer que des plats appétissants. La mise en appétit accélère la salivation et donc le processus enzymatique ». La production de salive est activée par la mastication. Il faut donc prendre le temps de mastiquer. 

Respirer avant tout chose

Pratiquer une activité physique. La plus simple consiste à réintroduire la marche dans votre quotidien. Prenez le métro deux, trois stations plus loin ou laissez votre voiture quelques kilomètres avant votre point de chute. La marche active le travail musculaire des intestins. Tout comme le vélo ou la natation ou encore la pratique de quelques exercices abdominaux. 
Détendre la zone intestinale. Barattage abdominal, respiration, yoga, massage et réflexologie font aussi partie de l’arsenal des solutions. Le barattage est une sorte de gymnastique accélérée des muscles abdominaux, à pratiquer avant le petit-déjeuner. Debout, jambes écartées et à demi pliées, les mains appuyées sur les genoux, bras tendus, il faut gonfler et dégonfler le ventre à un rythme rapide. Le chant est aussi extraordinairement bénéfique : « Quand on chante, on respire par le ventre », rappelle Guy M., lui-même chanteur d’opéra. Autre remède très facile à appliquer : se masser le ventre dans le sens des aiguilles d’une montre. « Prendre soin de son corps, c’est essentiel, mais il ne faut pas oublier les caresses des mots qui font du bien au cœur, qui créent des émotions bénéfiques immédiatement retransmises par le système neurovégétatif à tous les organes du ventre. Amour, convivialité, plaisir, détente sont de bien meilleurs remèdes que les laxatifs », conclut Guy M. 

Marie-Laure Wallon

Attention aux laxatifs

Chaque année, des millions de personnes achètent des laxatifs, médicaments délivrés sans ordonnance. Dans ce domaine, l’automédication fait parfois des ravages, transformant une constipation tenace en une diarrhée irritante. « Même à base de plantes, ils ne sont pas inoffensifs. Le séné et la bourdaine, par exemple, contenus dans certains laxatifs purgatifs, provoquent à terme des irritations de la muqueuse intestinale, de fortes contractions de l’intestin, et empêchent en plus les minéraux et vitamines de se fixer », prévient Gilles Rapoport, spécialiste des maladies de l’appareil digestif. Ces purgatifs sont à bannir. On leur préférera les laxatifs doux à base d’huiles, de fibres, sons ou mucilages qui ont pour effet de réhydrater les selles et d’augmenter leur volume. Ils peuvent présenter des inconvénients : suintements anaux et ballonnements. Les huiles peuvent entraîner avec elles les vitamines A, D, E et K au rôle fondamental pour l’organisme. Il vaut mieux recourir aux laxatifs en deuxième intention après avoir modifié son hygiène de vie.

M.-L. W.

 

 

 

 

 
 
 
 

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